Cahuzac ne voit pas la lutte des classes !! Qu'il lise Gallino pour s'instruire

0,5% de la population mondiale détient 69000 milliards de $ alors que 68% n’en détient que 8000 milliards !!!

 L'ouvrage de L. Gallino

Luciano Gallino, quatre vingt cinq printemps superbement portés, professeur émérite à l’université de Turin, sociologue érudit et président du conseil des sages de l’AIS (Association Italienne de Sociologie,) s’attaque avec une rare rigueur à ces sophismes, à ces mensonges du néolibéralisme qui ont tant contaminé tous les secteurs de la pensée économique, sociale et politique.

Dans un ouvrage très documenté, paru il y a quelques mois, il analyse avec clairvoyance les faits et les chiffres produits par des organismes que l’on ne saurait soupçonner de complaisance à l’égard des idées progressistes. C’est ainsi que l’OCDE, la London School of Economics, KPMG, le World Economic Forum et j’en passe, fournissent eux-mêmes les éléments dont Gallino se saisit pour démonter les contre-vérités concernant les pseudo freins que constitueraient les acquis que les classes laborieuses, au prix de dizaines d’années de luttes acharnées, ont réussi à arracher au capitalisme industriel du siècle dernier.

Les délires de The Economist et des Think tanks aux moyens millionnaires, qui visent à culpabiliser des millions d’individus rendus responsables de la sacro-sainte faiblesse de la productivité, sont démontés un par un et chiffres à l’appui par l’acuité impressionnante de Luciano Gallino. C’est ainsi qu’il fait voler en éclat la scandaleuse affirmation, très souvent reprise par des hommes politiques qui se disent de gauche,  et selon laquelle l’absence de flexibilité sur le marché du travail nuit à l’emploi. Gallino souligne comment, alors que l’Italie (comme la France d’ailleurs) est citée comme le pays ayant la législation sur le travail la plus rigide, les entreprises de toutes tailles exploitent à loisir des millions de "stagiaires", de saisonniers, de travailleurs à temps partiel, avec des salaires de misère et sans aucun type de contrat digne de ce nom, sans oublier ceux qui vendent leur force de travail au noir. Aucune preuve sérieuse n’est apportée par ceux qui corrèlent flexibilité du travail et meilleur niveau de l’emploi. Le chômage et la précarité ne font-ils pas des ravages dans des pays comme l’Angleterre où les Etats-Unis où licencier sans indemnité et sans préavis est simple formalité ?  Rien ne justifierait donc les attaques du gouvernement de Mario Monti contre le droit du travail en Italie, dont le fameux Articole 18 constitue le pilier.

Cette lamentable offensive vise seulement à légaliser la précarité pour des travailleurs qui seraient ainsi contraints de subir encore plus la volonté des employeurs, grâce à une réserve accrue de bras et de cerveaux.Gallino remet à l’ordre du jour avec une réactualisation salutaire, la lutte des classes, celle-ci, loin d’avoir disparue comme veut-nous faire croire l’insipide pensée politique contemporaine, est au contraire en pleine éruption. Mais contrairement au siècle dernier, où il était alors sur la défensive, c’est le capitalisme le plus accumulateur et le plus agressif de l’histoire, qui conduit l’attaque contre les travailleurs. Son objectif n’étant rien moins que de regagner une par une chaque concession arrachée par la classe ouvrière aux cours des dernières décennies. Au-delà des faits, importants pour démonter les sophismes des tenants de la société ultra libérale, dont Cahuzac s'avère clairement un des tenants, Gallino illustre parfaitement, en rappelant la thèse plus que jamais contemporaine de Gramsci sur l’hégémonie culturelle de la classe dominante, comment le pouvoir capitaliste exerce par les moyens les plus légaux son incroyable et insolente domination.

La représentation politique est, au mieux, exercée par une social-démocratie en perdition et qui, comme en Grèce ou en Espagne, n’hésite pas à détruire en quelques semaines des acquis obtenus au cours de décennies de luttes. Les divisions et les luttes intestines ont décrédibilisé la représentation syndicale laissant le champ libre aux pires excès et accroissant le désarroi et la peur au sein des classes laborieuses.

Cet ouvrage qui n’est malheureusement pas encore traduit en français, fournit les réponses les plus édifiantes à tous ceux qui sentent parfaitement les injustices scandaleuses qui frappent les pauvres et les classes moyennes, mais qui ne savent pas toujours répondre aux arguments des perroquets de l’ultralibéralisme, dont les contrevérités   ressassées jusqu’à la nausée, finissent par revêtir l’aspect d’un insupportable dogme. Gallino nous aide ici à nous doter d’arguments de poids pour élaborer et diffuser la contreculture nécessaire au renversement de ce cycle infernal.

Bien entendu, la bataille politique ne se gagnera qu’avec des partis représentant les intérêts de cette majorité qui paye, qui plus est en la subissant de façon dévastatrice, la cupidité d’une ultra minorité. Pour y arriver, il faut impérativement convaincre les millions de citoyens fourvoyés par le discours dominant, que la réalité a un tout autre aspect, ce que l’ouvrage vulgarisateur de Luciano Gallino nous aide à appréhender efficacement.Il ne reste plus qu’à espérer, pour ceux qui ne lisent pas l’Italien, une traduction prochaine de ce remarquable ouvrage.

       

La lotta di classe dopo la lotta di classe

de Luciano Gallino

Chez Laterza (Rome)

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