Mais oui Maman, j'suis toujours de Gauche...

Que de fois n’ai-je entendu la vulgaire, l’infâme, l’insupportable incantation : “De nos jours le problème n’est plus d’être de Droite ou de Gauche…“ ,ou encore, de la part de certains proches, un amical mais narquois ”C’est quoi pour toi être de Gauche ?!” Le tout, accompagné du rituel énoncé des errements/tâtonnements de l’équipe Hollande/Ayrault/Valls/Cahuzac & Co. Je commence alors par ne pas perdre l’occasion de clamer fermement que Je n’ai jamais rien eu à voir avec le parti suce-les-listes (Ciuccialista comme on dit à Milan). Pour moi, il a toujours constitué la roue de secours du capitalisme le plus débridé, le plus haïssable. Dès lors que les partis de la droite traditionnelle, dépassés par les spasmes de la crise, ne pouvaient plus être garants du plus exécrable des systèmes , contribuant en plus à exalter le ras-le-bol du Peuple et le risque d’explosion, voilà qu’arrive le PS. Mais alors, c’est quoi être de Gauche en 2013 ? En fait cette appartenance a, aujourd’hui plus que jamais, énormément de sens. C’est refuser les injustices aussi scandaleuses que criardes, c’est ne pas vouloir que 0,5% de la population mondiale détienne 69000 milliards de $ alors que 68% n’en détient que 8000 milliards, c’est mettre fin à la légende de la flexibilité du travail comme cause de la crise alors même que des millions de gens, en France comme en Italie, en Espagne ou au Portugal, sont en contrat précaire permanent. La Grande Bretagne et les Etats-Unis ont des taux de chômage et de pauvreté terrifiants alors même qu’ils sont considérés comme des modèles de servitude pour les travailleurs. C’est vouloir traduire en justice la Mafia de Wall Street et d’ailleurs, celle qui a, en toute impunité, ruiné l’économie mondiale. Les auteurs de la catastrophe sont connus de tous avec noms et prénoms, non seulement rien n’a été fait pour les réduire, mais en plus on les retrouve a des postes clés pour soi-disant régler la crise en imposant une rigueur de tous les diables à des centaines de millions d’individus, comme M. Mario Draghi, ex VP Europe de Goldman Sachs, qui a aidé le gouvernement Grec à truquer ses chiffres pour intégrer l’Euro, puis qui, dans la foulée, a spéculé à fond contre l’économie de ce même pays. Et que dire de Monti, de Papadémos, des conseillers financiers d’Obama, Geithner en tête, agents des voyous de la Finance et qui ont empêché toute réforme sérieuse de ces institutions criminelles, et ce n’est certainement pas Hollande qui va s’atteler à cette tâche, il n’en n’a ni le courage, ni surtout, la volonté. Être de gauche aujourd’hui c’est aussi comprendre que la croissance à tout prix n’est pas la solution à tous nos maux. C’est refuser la personnalisation du pouvoir qu’arrive à imposer un nain culturel mais géant narcissique tel que Sarkozy, adulé par des masses en voie de beaufisation avancée et convaincues qu’avoir la Rolex avant cinquante ans et épouser un ex-mannequin milliardaire constituent le top de la réussite pour un homme. C’est aussi vouloir une régulation et des lois qui brisent les reins aux mafieux et corrompus de tout poil qu’on veut nous faire passer en plus pour des amoureux de la libre entreprise, et sans lesquels, nous dit-on, un pays serait mort. C’est refuser la cupidité comme moteur premier de la vie chez un individu, c’est d’avoir la nausée devant un Depardieu qui a ramassé le pactole grâce aux subventions publiques du cinéma français et qui détale tel un voyou en invoquant la liberté de se goinfrer et de délirer tremens. C’est vouloir une Presse libre, en mesure d’informer au lieu d’intoxiquer, de secouer au lieu d’anesthésier, de se distancier au lieu de se compromettre. Une justice pourvue des moyens nécessaires à son bon fonctionnement, totalement libérée du rapport pollué, perverti, avec l’Exécutif et qui défend le droit de tous et ceux de l’Individu. C’est exiger une classe politique, élus en premier lieu et à tous les niveaux, irréprochable, responsable, représentant les intérêts des électeurs et non des lobbies et des potentats de ce monde. Hélas, le PS n’en constitue pas un Exemple, élu par un peuple de Gauche qu’il faut bien qualifier de cocu, il conduit clairement et en tout premier lieu une politique visant à rassurer les responsables de la faillite de l’économie et de la paupérisation des masses, à savoir les Banques, les actionnaires, les patrons et les institutions internationales (FMI, BCE, CE) En prônant ouvertement une austérité sans précédent, visant à faire payer par les citoyens une crise générée par des spéculateurs cupides, sans foi ni loi, le parti au pouvoir, bien qu’élu par les citoyens, sert objectivement les intérêts des puissances d’argent responsables du chaos. Sur le plan international, être de Gauche c’est refuser l’insoutenable hégémonie militariste de la puissance décadente, mais hélas pas encore moribonde, des Etats-Unis, dont la soif de pétrole et le fol endettement, risquent de provoquer un cataclysme sans précédent, c’est être révolté par le développement des colonies en Palestine, fruit d’une spoliation en règle de tout un peuple, et sans pareil au 21ème siècle. C’est rejeter les monarques arabes bedonnants et autres marionnettes que nous aimons tant en Occident, tout en sachant qu’ils détroussent impunément leur peuple et en entretenant le degré N de la corruption, chez eux comme chez nous, c’est considérer Poutine comme le chef d’une des mafias les plus dangereuses au monde, c’est rejeter le racisme sous toutes ses formes, etc, etc. Enfin, n’oublions jamais que ceux qui affirment qu’être de Gauche ou de Droite n’a plus de sens aujourd’hui, ceux qui vous posent "amicalement" la question: ”C’est quoi pour toi être de Gauche ?!” sont toujours des gens de Droite. J’ai été et serai toujours de Gauche, mais je comprends que d’autres ne partagent pas cette vision, même si, pour justifier leur casaque, leur rachitique argumentation, la seule avouable d’ailleurs, se limite souvent au refus du prétendu archaïsme que représenterait la Gauche, comme si la justice et un minimum d’Ethique étaient des questions de mode.

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