Moi français d'origine étrangère....

Comme des millions de français d’origine étrangère, de première, de seconde, voire de troisième générations, employés, ouvriers, artisans, enseignants, cadres supérieurs, journalistes, médecins, chercheurs, entrepreneurs, artistes, fonctionnaires, sportifs, travailleurs sociaux, chômeurs, je veux exprimer ici mon rejet de l’amalgame, officialisé par les plus hautes instances dirigeantes de notre pays, et qui vise à entretenir l’idée aussi scandaleuse qu’inacceptable, qu’il existe un lien organique entre délinquance et origine étrangère. Cette affirmation absurde stigmatise de fait, non seulement des millions de nos concitoyens, mais aussi bon nombre d’étrangers qui vivent en toute quiétude en France. J’affirme mon indéfectible attachement aux fondements et aux valeurs de notre République, et c’est précisément au nom de ces mêmes valeurs, que je réfute avec la plus grande fermeté, les menaces de remise en cause de notre citoyenneté, au gré des angoisses ou des incompétences du pouvoir exécutif. Il est évident que cette initiative n’aura, si elle venait à se concrétiser, aucun impact sur une baisse de la criminalité, pas plus que la peine de mort n’est dissuasive à l’endroit des criminels, dans les pays où elle est appliquée. Nul doute que nos gouvernants en sont conscients, on peut donc en conclure que ces propositions de lois ne servent qu’à alimenter l’hypothétique espoir, pour ceux qui les promeuvent, d’obtenir quelque salutaire avantage (en voix) lors de prochaines élections qui s’annoncent bien difficiles. La seule certitude toutefois, et des plus inquiétantes, à propos de cette entreprise purement électoraliste, est qu’elle aggravera les tensions entre des citoyens catégorisés à l’emporte pièce avec, comme pour le fromage ou le vin, une Appellation d'Origine Rigoureusement Contrôlée et traçage du produit!

Il eut été autrement plus courageux, plus digne, et surtout plus juste, pour un gouvernement soucieux d’œuvrer pour le futur de la nation, d’admettre le manque d’engagement sérieux de plusieurs générations de dirigeants, en faveur d’une réelle politique d’intégration. Cette dernière, constamment claironnée, n’a en réalité, jamais vu le jour. Cela dit, il n’est pas trop tard pour lutter résolument et effectivement contre les discriminations à l’emploi et au logement, véritables plaies de notre société, et dont sont victimes nos concitoyens d’origine étrangère, maghrébins et africains en particulier, depuis des décennies. Elles constituent, avec leur extrême rareté dans la représentation politique du pays, les ferments principaux d’un profond et légitime sentiment d’exclusion qui n’est pas sans conséquence sur l’harmonie et l’équilibre de la société civile. Il faut aussi que cessent les déclarations offensantes faites à l’encontre de telle ou telle communauté et qui contribuent à la dégradation des rapports entre citoyens. La condamnation des écarts de langage et particulièrement de propos ouvertement racistes, de la part de personnages ayant des responsabilités gouvernementales ou politiques, doit être sans appel. Je crois enfin, qu’il serait urgent de redéfinir en France, un demi siècle après la fin de la colonisation, une nouvelle vision et un nouvel espace de réflexion et d’action, plus conformes aux exigences d’une société moderne

 

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