Fake News, Hoaxes, complotisme, la faute à qui ?

L’hypothétique offensive du gouvernement pour tenter de maintenir la « plèbe » immergée dans la bonne parole, a été puissamment relayée par la plupart des médias.

L’hypothétique offensive du gouvernement pour tenter de maintenir la « plèbe » immergée dans la bonne parole, a été puissamment relayée par la plupart des médias. Pratiquement toutes les télés, toutes les radios, tous les journaux, y ont été de leur pesant soutien, oubliant au passage de pratiquer la moindre auto-critique, et ne cherchant nullement à comprendre les raisons de l’explosion de l’information ou de la désinformation sur tous les réseaux sociaux jusqu’ici hors de leur contrôle.

Il serait grand temps pour ce joli monde qui prétend nous river sur les voies de La « Vérité », si tant est qu’on puisse admettre qu’il n’y en a qu’une, de revenir à une pratique des métiers de l’info intégrant les valeurs qu’impose un journalisme digne de ce nom. Hélas, celles-ci semblent avoir été oubliées dans les casiers des écoles de la profession.

Que peut-on, en effet, attendre du mélange des genres, si propre à notre bon vieux pays? Au lieu de se limiter à un contact strictement Professionnel avec les politiciens, les personnalités du grand business et de la finance, le gratin de la haute administration, beaucoup trop de journalistes, en particulier les pseudo-gourous qui squattent les chaînes d'infos, en voulant poursuivre leur quête du scoop à tout prix, se sont perdus dans les déjeuners ou les dîners compromettants. Certains ont même fini par prolonger les soirées ou passer les weekends dans une intimité plus que discutable avec leurs interlocuteurs, oubliant que leur métier oblige. D'autres encore ont été jusqu’à se retrouver avec la cible ou la source devant monsieur le maire sans pour autant renoncer au métier.

Que croire, que penser de la parole et des écrits engendrés dans de telles circonstances ?

Plus récemment, la prédation par une poignée de milliardaires d’un nombre aussi impressionnant qu’inquiétant de médias, a aggravé ultérieurement la situation. Quoi qu’on en dise, cette réalité a contribué à sonner le glas d’une information honnête, soucieuse de porter les Faits à la connaissance des citoyens et de contribuer ainsi activement à la vie démocratique du pays. La ridicule chansonnette assénée à l’envi par ces propriétaires repus, soutenant qu'ils n’interfèrent jamais dans les lignes éditoriales de leur joujou, a quelque chose d’insupportable pour notre intelligence. Quel journaliste des Echos entreprendrait une enquête minutieuse, sans complaisance, sur l’empire de Bernard Arnault ? Ce serait une espèce de kamikaze plumé, car… il faut bien manger, assurer un avenir à ses enfants, ne pas perdre un boulot très difficilement remplaçable vu l’état actuel de la presse.  Nul besoin en effet de menaces ou de censure, l’auto-censure « salvatrice » se pratique allègrement ! Avez-vous entendu des propos approfondis, instructifs, de la part des journalistes de BFM sur l’état de décrépitude de la maison Drahi ? Et j’arrête là les exemples, ils sont légion. Le chantage au tarissement de la pub fait le reste.

Les journalistes des chaînes et des radios publiques ne sont pas en reste, ici ce sont essentiellement les carrières et la longévité au poste qui sont autant de rappels à l’adhésion/soumission à la bonne parole, celle de ce qu’il faut bien appeler la doxa, pratiquement identique à celle défendue par les privés.

Les quelques rares publications qui ont pu éviter le désastre ne parviennent pas à elles-seules, malgré un bon boulot mais une diffusion encore trop limitée, à combler ce vide angoissant. Il ne faut donc point s’étonner de la crue du torrent qui submerge le paysage de l’information. Cette déroute sans précédent arrive même à faire d’un certain complotisme, son enfant naturel.

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