Le Cas Benzema, illustration emblématique de l’altérité à la Française.

Karim Benzema, tel le bouchon flotteur du pêcheur en eaux agitées, est le repère qui rassure tous les pleutres de la politique sur leur bon positionnement par rapport à la xénophobie triomphante.

Un joueur de football, maladroit dans sa communication, auteur d’une ou deux déclarations malheureuses, est en train de devenir le symbole d’un pays qui s’enfonce dans un populisme irrespirable, alimenté en premier lieu par des autorités et des institutions pusillanimes, chevauchant par lâcheté et par opportunisme les vents mauvais de l’injustice et de l’exclusion. Peu leur importe d’attiser les feux ravageurs des réseaux sociaux et de nombre de médias institutionnels, ils se laissent guider par les sondages confirmant la montée irrésistible, non pas des « islamo-gauchistes », mais bien d’extrêmes-droites aussi variées qu'intolérantes. Karim Benzema est tel le bouchon flotteur du pêcheur en eaux agitées, il est le repère qui rassure tous les pleutres de la politique sur leur bon positionnement par rapport à une xénophobie déferlante, celle visant en particulier nos concitoyens d’origine Arabe, kabyle (ne nous y trompons pas !) sub-sahariens et autres musulmans.

Les acteurs de ce Waterloo républicain sont nombreux, et, hélas, sans opposants de poids.

Au départ de cette saga, un premier ministre teigneux, devenu militant nationaliste, chauvin, n’hésitant pourtant pas une seconde, après une mémorable raclée au sein de son propre parti, à déserter l’arène politique française pour une hypothétique résurrection catalane. Cette dernière se transformera en fait pour lui en une piteuse, et espérons-le, définitive déroute politique.

Avec lui, comme second couteau, mais boutefeu de circonstance, Il convient de ne pas oublier son insignifiant ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.

Comme caisse de résonance, un Président de Fédération au comportement de girouette, propice à virevolter au gré des pires tempêtes, soucieux de complaire à des politiciens épouvantés par l'éviction certaine d’un des pires gouvernements de la Vème  République, et pour lesquels la tentation des sirènes xénophobes pouvait constituer une planche de salut.

En gardien de ce qu’il faut bien appeler un temple, un entraîneur obtus, orgueilleux à l’envi, vexable comme un pou et dont le système de jeu ultra défensif et peu spectaculaire reflète une mentalité à la Fort Chabrol. Une alliance de circonstance avec les deux premiers larrons dont je pense toutefois qu’il ne partage pas le sectarisme, mais qui lui permet de mener Sa bataille contre celui qu’il considère à tort responsable du lamentable graffiti tagué sur un mur de sa résidence secondaire. Pour faire payer jusqu'à la lie à Benzema ce qu’il considère comme une attaque à sa famille, il opère, ignare des sérieux dommages collatéraux qu’il peut occasionner, en utilisant à une fin somme toute personnelle, l'institution commune à tous les Français qu’est l’Équipe de France de football.

Tout commence en juin 2015 quand éclate l’affaire de la Video-tape de Matthieu Valbuena dans laquelle sera impliqué Benzema. Presqu’au même moment et dans le même environnement politique et social, le 10 juillet 2015, le tribunal de Montpellier reconnaît coupable d'escroquerie plusieurs joueurs de Hand-Ball de Montpellier dont Nikola Karabatic, considéré comme le meilleur joueur du monde, pilier de l’équipe de France pluri championne du monde, d’Europe et olympique. Karabatic est condamné à une amende de 10 000 euros. Le 1er février 2017, la cour d'appel de Montpellier confirmera et aggravera le jugement : il est alors condamné à deux mois de prison avec sursis pour paris truqués, peine qui s’ajoutera aux 10 000 euros d'amende du premier jugement.

Benzema, lui, fût mis en examen début novembre 2015 pour complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs, il est bien entendu présumé innocent.

Dès le 10 novembre 2015, Patrick Kanner ministre des Sports déclare ne pas être favorable à la sélection de Benzema malgré la présomption d’innocence clamée par tous mais qui ne semble réservée qu’aux comparses politiques.

Puis c’est autour de Valls, lequel affirme le 1er décembre : « Un grand sportif doit être exemplaire ou il n'a pas sa place chez les Bleus », une noble envolée pourrions-nous être tentés de penser même si le premier ministre de ce gouvernement à la peine avait alors bien d’autres chats à fouetter.

Le Hic, c’est que pas un seul instant ne vint à l’idée de ces deux représentants de l’état de suggérer l’application de ce principe à Nikola Karabatic, pourtant condamné, ainsi ce dernier a continué à porter le maillot des Bleus sans interruption, avec les honneurs dus à son talent.

En février 2017, après que Nikola Karabatic a renoncé au pourvoi en cassation de la décision, rendant sa condamnation définitive, la Ligue nationale de handball et la Fédération française, considérant (je cite) qu'il s'était rendu coupable d'un comportement non conforme aux principes et aux règles déontologiques applicables à la pratique du Handball, ont décidé de le suspendre de toute compétition nationale (championnat et coupes) pour 6 matchs dont deux aménageables en travaux d'intérêt général. Aucune exclusion de la sélection nationale ne fût envisagée.  

Karabatic, Serbo-Croate de naissance, puis immigré en France, comme les parents de Benzema né lui à Lyon. Deux Français, magnifiques athlètes, les meilleurs dans leur domaine. Nikola considère la Serbie comme son deuxième pays, Karim dit : « l’Algérie, voilà… C’est le pays de mes parents, c’est dans le cœur ». Pour Nikola son attachement au pays de ses parents ne pose aucun problème, pour Karim, ses propos, tronqués, ne passent pas et c’est la crucifixion (Le Monde du 02 juin 2016 : « Les citations déformées de Karim Benzema sur l’équipe de France et l’Algérie »). Eh oui, Nikola et Karim, deux Français certes, mais auxquels ne s’appliquent visiblement pas les mêmes règles, pas la même mansuétude, pas les mêmes égards.

Benzema est l’unique international littéralement étrillé pour ne pas chanter la Marseillaise, peu importe pour les distributeurs de bons points tricolores que bien d’autres porteurs de la tunique bleue ne la chantent pas, de Platini à Barthez en passant par Laurent Blanc dont le patronyme semble constituer pour les idiots utiles de l’exclusion choisie un blanc-seing à toute épreuve, sans oublier Emilie Fer, médaillée d’or aux J.O de Londres 2012 en Kayak K1, laquelle sur le podium n’a pas pipé parole, Pierre-Ambroise Bosse, champion du monde du 800 mètres en 2017 à Londres a, lui, adapté les paroles du chant devenu sacré à ses états d’âme du moment.

Les plus acharnés des détracteurs de Benzema voient même en lui le meneur du mouvement de grève de Knysna en 2010 en Afrique du Sud, alors qu’il n’était même pas sélectionné et absent du pays, un comble.

Le dommage moral autant que financier occasionné à cet homme est considérable, la punition disproportionnée infligée à un présumé innocent, écarté  depuis plus de cinq ans de la sélection nationale par un abus de pouvoir invraisemblable, alors qu’aucun jugement n’a été prononcé jusqu'ici à son encontre, s’apparente aux innombrables injustices dont notre pays est hélas coutumier à l’encontre de certains compatriotes, souvent les mêmes.

En outre, cette incroyable affaire prive tous les amateurs de football d’un joueur magnifique, au palmarès impressionnant, peut-être le meilleur de notre pays depuis une bonne dizaine d’années et qui fait les beaux jours d’un des plus grands clubs mondiaux. Au passage, dans sa longue carrière Benzema n'a jamais eu le moindre carton rouge et tous ses coéquipiers louent son esprit d'équipe.

Malheureusement, vu le contexte politique ambiant, on voit mal qui, parmi nos élus, les dirigeants sportifs, les médias, osera s’élever contre cet acharnement absurde, dommageable pour la justice, l’honneur et l’image de notre pays.

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