Contre les nouveaux apprentis sorciers

La stigmatisation de nos compatriotes d’origine extracommunautaire, arabe et musulmane en particulier, est devenue le sport favori d’une certaine représentation politique, mais voilà, les médias ne se limitent pas à nous informer sur les dérives de la nouvelle ”libre”, mais néanmoins nauséabonde, pensée ; de médiocres chroniqueurs sont engagés pour tenter d’apporter leur propre pierre à ce sombre édifice, lui décernant par la même occasion un fond de normalité. La généralisation de ces brûlots, bénéficiant d’une surprenante impunité au nom de la liberté d’expression prônée par une droite décomplexée par son inculture et sa rusticité, laisse à penser que nous sommes en présence d’une campagne bien orchestrée. La fourniture par de pseudo philosophes d’une caution ”intellectuelle” à cette curée contribue par ces temps difficiles à alourdir le climat général au sein de la société civile en accentuant sa division sur des bases communautaires.

Il est en apparence paradoxal que des personnalités d’origine juive, qui devraient se démarquer de la façon la plus nette de telles pratiques, en prennent au contraire la tête ou, au mieux, gardent un silence lourd de contenu à son égard. Quelle en est donc la raison ? Et il en faut une bonne, car qui peut croire qu’alimenter la haine de l’arabe et ou du musulman n’aurait aucune conséquence à terme, et de la même façon, sur la communauté juive. Il se trouve que cette participation active à la stigmatisation de l’”arabo-musulman” par un certain nombre de juifs coïncide avec l’effondrement sans précédent de l’image d’Israël dans l’opinion publique de notre pays et en occident. La colonisation permanente et les crimes perpétrés à l’encontre des populations civiles par Israël en sont les principales causes et ont épuisé le capital de sympathie que cet état avait réussi à se constituer au moyen d’une propagande décennale, basée sur le mythe du petit David luttant courageusement contre l’immonde Goliath, infiniment plus puissant (tu parles !) Aujourd’hui le mythe s’est liquéfié et les peuples réalisent la tromperie dont ils ont été les victimes, en témoignent les enquêtes d’opinion qui situent Israël, avec les Etats-Unis, comme le premier facteur d’insécurité, de guerre et de violence dans le monde. Il convenait donc pour les sionistes les plus radicaux de France, les plus alignés sur les positions du Likoud, de faire tout ce qui était en leur pouvoir pour rehausser cette image tout en se faisant pardonner une inconséquence rédhibitoire : celle de n’avoir jamais pu ou voulu réaliser leur alyah. Ces extrémistes essaient de nous faire gober que le naufrage de l’image d’Israël serait du non pas aux exactions et à l’arrogance de cet état qu’ils considèrent comme leur véritable mère patrie, mais à une massive présence d’immigrés qui contribuent à influencer l’opinion publique en faveur des palestiniens. Qu’importe la fausseté de l’argument, il faut convaincre cette opinion publique qu’Israël est une entité qui partage les mêmes valeurs démocratiques que l’occident, qu’il est en première ligne face à tous ces barbares, en un mot, qu’il combat pour nous et avec nous. Ce pays, en effet, ne serait-il pas exposé au fond au même danger qui nous guette ici : une islamisation et une arabisation rampantes de la société ! Mais lui sait comment il faut réagir à cela, n’a-t-il pas déjà introduit des lois visant à isoler et à écarter ces ”étrangers” que sont les arabes israéliens. En présentant grossièrement les français d’origine maghrébine, musulmane et africaine, comme les implants en France de ces peuplades violentes, hermétiques à la modernité et à la démocratie (ce n’est pas par hasard que Finkelkraut, Elisabeth Levy et consort passent sous silence le printemps arabe tandis qu’ils s’évertuent à démontrer au monde l’antidémocratisme congénital de ces gens là !) on voudrait nous faire croire que notre propre salut réside dans la dénonciation de cette cinquième colonne. De ce fait, le soutien effectif aux batailles d’Israël qui doit être perçu comme l’exemple à suivre, un allié à soutenir et à imiter, car lui sait comment s’y prendre avec ces ennemis de la liberté, quitte à fermer les yeux sur tous ses excès. Selon une logique comparable, on trouve normal qu’ un français puisse s’engager avec l'armée israélienne dans le siège de Gaza alors même qu'on dénie à un autre français qui ferait son service dans l’armée de son pays, le droit de s'appeler Mustapha ! Quel culot et quelle malhonnêteté intellectuelle. Le double standard le plus scandaleux est devenu une norme dans la pensée politique en France. Plus personne ne juge bon de rappeler que le simple fait de s’appeler Mohamed rend la recherche d’un emploi et d’un logement, similaire à un terrible parcours du combattant, et se faire appeler Cyril, quand on est un peu typé, ne résout rien, car la "sale gueule" est aussi le problème pour ces prêcheurs de haine. Pour arriver à leur fin, ces irresponsables sont prêts à assumer toutes les conséquences de leurs arguties, et tant pis si celles-ci peuvent contribuer à l’avènement d’une guerre civile en France. L’épée aux deux tranchants très effilés de cette folle entreprise ne semble pas effrayer le moins du monde nos bricoleurs de la pensée ; aveuglés par leur engagement partisan, Ils ne réalisent pas que celui qui distille la haine d’un certain Autre ne peut fixer de limite spatiotemporelle au rejet et à l’exclusion des autres. En effet, celui qui croit que le musulman, en réclamant une mosquée, en donnant un prénom différent de Paul, Pierre ou Jacques à son fils, non seulement refuse de s’intégrer mais ne pense en fait qu’à le convertir, est toujours prêt, selon les mêmes mécanismes d’un fanatisme crétinisé, à réattribuer au Juif les maux ancestraux qui ont conduit à l’horreur que l’on sait. La dimension incomparable de cette horreur ne constitue pas pour autant une garantie pour l’éternité contre la répétition future d’un scénario apocalyptique comparable. La différence entre l’islamophobie et l’antisémitisme est que la première figure en bonne place sur les ondes radio, télé et dans une certaine presse et littérature alors que l’autre est underground, mais pour combien de temps ? Déjà, dans certaines conversations privées, et off the micro, on entend que la crise mondiale, partie de Wall Street, est le fait des Lehman Brothers, des Goldman Sachs, des Maddof !! de même que les guerres récentes en Irak ou ailleurs, même les affaires Polanski et DSK sont des occasions de rappeler l’arrogance du juif dominateur, sûr de son pouvoir et de son impunité. Aujourd’hui les projecteurs sont pointés sur l’islam et l’arabe, mais qu’en sera-t-il demain ou après demain ?

Voilà pourquoi les propos incendiaires des Finkielkraut, Zemmour et consorts sont inacceptables, il faut dénoncer leur folie et combattre leurs idées de toutes nos forces.

 

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