Jean-Luc Mélenchon "cité" par Libération et Le Canard Enchaîné ou la rigueur journalistique ordinaire

 

 

Sur France Info, vendredi 4 avril, après la crise créée par l’affaire Cahuzac, Jean-Luc Mélenchon dit  ceci : « On ne peut accepter que le peuple français humilié (...) ne s'en mêle pas. C'est pourquoi je veux faire la proposition que l'on manifeste le jour anniversaire du deuxième tour de la présidentielle, le 5 mai prochain, que l'on fasse une marche citoyenne pour la VIe République, pour que le peuple s'empare,, par une Constituante, du grand coup de balai qu'il faut donner pour purifier cette atmosphère politique absolument insupportable ».

Libération (5 avril, 22h36), titre à la une :

«Affaire Cahuzac:  Mélenchon pour la «purification» éthique».

Deux remarques avant même de lire le corps de l’article de Lilian Alemagna : en mettant entre guillemets le mot «purification», tout lecteur de Libération comprend que le mot est de Jean-Luc Mélenchon. Il pense aussi que le mot «éthique» n’est pas de lui, il est donc d’Alemagna, qui, se dit toujours le lecteur avisé, a fait un «jeu» avec un mot de Mélenchon et un mot qu’il a trouvé dans la référence historique de sinistre mémoire à la «purification ethnique». Le lecteur avisé ne s’y laissera pas prendre et éprouvera la nausée, mais le lecteur rapide, qui aura lu (ou vu connoter) «ethnique», songeant aux infâmes rumeurs qui ont couru sur Mélenchon il y a quelques jours, trouvera ce rapprochement drôle et pertinent : quelle belle trouvaille sous la plume de cet Alemagna!

Transformer «un grand coup de balai pour purifier...», en un appel à la «purification» est déjà une imposture. Les connotations du verbe «purifier» n’ont rien à voir avec celles du nom «purification».  Premier procédé nauséeux. Le deuxième a consisté tout simplement à ajouter «éthique», au lieu de «morale» par exemple. 

Je renvoie sur le fond de l'article au blog de Christian Salmon, "Abus de Libération", du 7 avril. Il montre la manipulation des propos qu'il a tenus lors de son interview par le journal.

Mais ce n’est pas tout.

Le Canard enchaîné  du 10 avril 2013, sous le titre «L’incompris», en page 8, écrit:

 «Pauvre Mélenchon! Quoi qu’il dise, ça lui revient dans la figure. Qu’il réclame «un grand coup de balai», pour nettoyer les pourris et on lui balance une vieille manif des rexistes belges des années 30 ; qu’il parle de «purification éthique» et le Vert Noël Mamère lui renvoie «des mots qui font peur».

Cet article n’est pas signé, même pas d’initiales. Inutile de commenter : de glissement en glissement, Le Canard fait prononcer par Mélenchon une expression insupportable ... qu’il n’a jamais prononcée. Il rend Mélenchon coupable de la formulation déjà scandaleuse de Libé. Ils s’y sont mis à deux pour enfumer le lecteur et délivrer un message clair, au service du PS, osons le dire : il faut abattre Mélenchon. Grâce au Canard, Libé a démultiplié la réussite de son coup : tout le monde s’y laissera embrouiller? Seulement les pourfendeurs de Mélenchon qui s’offusquent de mots crus et drus (avouez que «coup de balai» comme injure, ça va très loin, c’est limite, c’est indigne!!!), mais sont beaucoup plus indulgents pour la malhonnêteté intellectuelle, pour le mensonge en politique (je ne parle pas de celui de Cahuzac, qui fait l’unanimité, mais de ceux du gouvernement qui a accumulé des promesses électorales non tenues que j’appelle des mensonges). 

 

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