Rien de nouveau sous le soleil pour les métiers de l’aide, majoritairement exercés par des femmes. Précarité, conditions d'exercice difficiles et charges mentales lourdes, c’est ce que vivent au quotidien les Technicien·nes de l’Intervention Sociale et Familiale (TISF). Vous n’avez jamais entendu ce sigle ? Apparemment, vous n’êtes pas les seul·es ... personne n’est sans savoir toute la reconnaissance des Politiques publiques pour les métiers du soin, notamment à domicile. Les TISF sont des personnes chargées d’intervenir au sein des environnements familiaux en difficulté, afin de soutenir et d’accompagner ces familles, notamment les mineur.es.
Cette vocation à forte utilité sociale qui semble cumuler les manques et difficultés, accumule aussi les facteurs socio-discriminants. Ce phénomène d’empilement de facteurs discriminés fut forgé et expliqué par la juriste américaine et afroféministe Kimberlé Williams Crenshaw, dans son oeuvre Cartographie des marges : intersectionnalité, politique de l’identité et violences contre les femmes de couleur. Il permet notamment de démontrer que certaines personnes subissent simultanément plusieurs formes de domination. Par exemple, une femme racisée et de classe sociale peu élevée cumule les caractéristiques discriminantes et discriminées à savoir son genre, son origine ethnique, ainsi que son appartenance sociale. La large proportion de femmes dans le métier de TISF est l’une des bases solide de cette accumulation. De plus, ce ne sont pas les salaires, élevés de 1 660 euros bruts / mois pour un·e TISF en début de carrière selon le CIDJ (Centre d’Information et de Documentation Jeunesse), qui valorisent le métier.
À la précarité des fonctions, et aux conditions d’exercice souvent difficiles, s’ajoute une absence de reconnaissance flagrante. Peu d’entre nous étions informé·es sur le métier de TISF. Pourtant, l’attention portée aux difficultés familiales dans l’accompagnement des mineur.es ne semblait pas avoir disparu de l’agenda politique. En témoigne la volonté du Premier Ministre Gabriel Attal de durcir les sanctions judiciaires pour les jeunes en situation de délinquance, exprimée le 1er mai dernier.
Pour ne pas simplifier la situation, beaucoup de familles ignorent que bénéficier de l’aide d’un·e TISF est un droit, si tenté qu’elles soient au courant de leur existence. Droit en partie financé par la Caisse d’Allocations Familiales (CAF), ou l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) si l’intervention est exigée par un·e juge. Les leviers d’aides financières dépendent donc de l’intensité des difficultés rencontrées par les familles.
Mais d’où vient cette méconnaissance d’un métier à forte utilité sociale ?
Même en 2024, il semblerait qu’être une femme et travailler dans les métiers du “care”, notamment en lien avec les tâches ménagères du quotidien, ne mérite que peu de reconnaissance. Longtemps non-considérées comme du travail rémunérable, ces tâches domestiques n’ont vraisemblablement pas une valeur d'échange (valeur monétaire, véritable unité de mesure dans un système capitaliste) aussi élevée que leur valeur d’usage (utilité). Tout autant de facteurs accumulés qui permettent de penser le métier de TISF comme un emploi à l’intersectionnalité des facteurs socio- discriminants.
Pourtant, l’aide d’un.e Technicien.ne d’Intervention Sociale et Familiale pourrait être un outil précieux pour contribuer à réduire les inégalités sociales entre mineur.es. On le sait, les situations familiales influencent directement des paramètres extérieurs tels que la scolarité, les relations sociales, ... .
400 000, ce n’est pas le salaire d’un joueur de foot, mais le nombre d’enfants dépendants de l’Aide Sociale à l’Enfance en France. Parmi elles et eux, 140 000 sont coupé.es de l’autorité parentale, rappelle Marine Tondelier, secrétaire nationale du parti Les Ecologistes dans la matinale de FranceInfo le 14 mai 2024. Si “Rien n’est fait tant qu’il reste quelque chose à faire”, tout est à faire pour valoriser ces agent.es du soutien aux familles, aux parents et aux parents de demain.
Le secteur de l’aide à domicile, parent pauvre du médical, reste en grande difficulté, comme le rappelle cet article du Monde publié le 21 mai 2024, “Dans l’Aide à domicile, deux histoires s’entremêlent : la domesticité et le médico-social”. On y trouve notamment l’interview rondement menée de François-Xavier Devetter, enseignant-chercheur en Économie à l’université de Lille. Dans son dernier ouvrage Aide à domicile : un métier en souffrance, le spécialiste parle du secteur comme d’un “château de cartes”. Fragile et presque effondré.