Le PS se meurt, le vent de l’insoumission se lève

La campagne présidentielle du PS résonne désormais comme le chant d’un cygne agonisant. Hiérarques et oligarques quittent, un par un, un pédalo sans capitaine.

Par Liêm Hoang Ngoc (Orateur national de la France insoumise, ancien député européen socialiste, dernier ouvrage paru : Un insoumis devrait dire ça…,  éditions du cerf)   

Le Parti socialiste se meurt. Bâti à Epinay en 1971 pour rompre avec le capitalisme, il avait commencé à appliquer en 1981 un programme commun censé étendre les îlots de socialisme que le programme du Conseil National de la Résistance avait fait émerger à la Libération. A partir de 1983, il commença à dénigrer ce modèle, puis à faire l’apologie d’une construction européenne ordo-libérale. A chaque campagne, le PS faisait vibrer sa fibre socialiste, pour mieux la contredire une fois les élections passées. En 2012, François Hollande nous fit ainsi « le coup du Bourget », en désignant un adversaire qu’il ne combattra jamais. Dès son élection, comme pour expurger une fois pour toutes le pêché originel (croquer à gauche pour gouverner à droite), l’ancien premier secrétaire assumait au grand jour sa foi en la politique de l’offre, ouvrant la voie à Manuel Valls, doublé depuis par Emanuel Macron. Le quinquennat Hollande, que le Parti socialiste fut condamné à accompagner, aura été marqué du sceau de la rupture avec le socialisme, malgré la résistance des frondeurs. 

La campagne présidentielle du PS résonne désormais comme le chant d’un cygne agonisant. Hiérarques et oligarques quittent, un par un, un pédalo sans capitaine. Ils fonderont probablement un parti démocrate à l’italienne. Quant aux derniers gardiens du temple, leur déroute annoncée les affaiblit déjà dans la phase de recomposition qui s’annonce. La candidature de Benoît Hamon devient d’autant plus inutile que Jean-Luc Mélenchon capte désormais les intentions de vote d’un nombre croissant de déçus du PS. Il a su, avec la France insoumise, renouveler profondément le paysage et les pratiques politiques. Lors de la campagne du « non » au traité constitutionnel de 2005, les salles faisaient le plein de militants organisés. Lors de l’actuelle campagne, les salles regorgent de citoyens venant pour la première fois à la politique, s’organisant spontanément et horizontalement dans des groupes d’appui, simplement coordonnés par un site internet, sans qu’aucune bureaucratie ne vienne confisquer leur volonté. L’expression sur la chaîne You Tube confère au mouvement une portée bien plus grande que l’apparition contrainte dans les médias traditionnels.

La dynamique est clairement du côté de la France insoumise, qui incarne la nouveauté de cette campagne. Celle-ci est non seulement illustrée par des formes d’action inédites, elle tient également dans la manière interactive par laquelle le programme a été élaboré, en partant des contributions des insoumis rassemblées sur le site internet. Est-il étonnant que le programme soit, dès lors, adapté aux urgences sociale, environnementale et démocratique du moment ? Le chiffrage du programme lui-même n’a été fait que dans un dernier temps, une fois identifiées les priorités retenues par la méthode interactive. Ce programme organise la transition écologique et la redistribution des richesses. Il est totalement réaliste, dans le cadre de l’euro ou en dehors, au cas où.

La France insoumise intéresse une partie croissante de la population qui s’était résignée à chaque élection à l’abstention, lasse d’observer que rien ne change au gré des alternances. Le score potentiel de son porte-drapeau le place en position centrale pour incarner le Bernie Sanders que les Français sauront investir au premier tour. Au second tour, Mélenchon, qui sait parler au peuple, est bien mieux armé que Macron, le candidat du système (symbolisée lors du dernier scrutin américain par Hilary Clinton), pour battre la French Trump vers qui la droite dure traditionnelle lorgne déjà. Pour les citoyens désireux de fonder la prochaine République, le vent se lève enfin.

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