Motions de censure: «Peu importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape la souris!»

Malheureusement pour le peuple, l’issue du jeu de rôle de mardi et mercredi est la ratification de la loi honnie, qui l’affaiblira dans son face à face avec l’employeur, détricotera les 35 heures et facilitera les licenciements.

Comme un symbole, le jour anniversaire de la victoire de celui qui dénonça le caractère anti-démocratique de la cinquième République, les héritiers de François Mitterrand décidaient d’user de l’article 49-3, bras armé du coup d’Etat permanent, pour imposer une loi rejetée par la majorité des Français !

Pour des raisons différentes, une majorité des membres des deux bords de la représentation nationale avait de bonnes raisons de rejeter ce texte. Pour les uns, il n’est pas assez libéral. Pour les autres, il l’est à l’excès. Tous souhaitaient un débat parlementaire, bienvenu à l’heure où sévit la crise de confiance de nos concitoyens envers les institutions. En démocrates, ils auraient pu se mettre d’accord sur une motion de censure motivée par le plus petit dénominateur commun : le refus du passage en force d’un texte aussi sensible, sans débat parlementaire.

Tel ne fut pas le cas. La droite proposa une motion très à droite et les « frondeurs » échouèrent à rassembler les 58 députés nécessaires pour le dépôt d’une motion « de gauche ». Ils jetteront la pierre à leurs collègues socialistes ayant manqué de courage en leur donnant rendez-vous au prochain congrès, en jouant Hollande perdant en 2017. Mais ils ne voteront pas la motion de censure déposée par le camp d’en face. C’était entendu, la droite ne recueillera pas les voix nécessaires pour faire tomber le gouvernement, mais se satisfera, en silence, que le « sale boulot » ait été fait par d’autres. Une fois revenue aux affaires, elle n’aurait plus qu’à enfoncer, l’un après l’autre, les clous plantés par François, Manuel, Emmanuel, Myriam et les autres…

Malheureusement pour le peuple, l’issue de ce jeu de rôle est la ratification de la loi honnie, qui l’affaiblira dans son face à face avec l’employeur, détricotera les 35 heures et facilitera les licenciements.

Les députés « frondeurs » avaient la possibilité d’infliger une défaite décisive à la ligne économique  imposée par l’exécutif, plus que jamais discrédité aux yeux de toutes celles et ceux qui l’ont investi en 2012. Le meilleur service qu’ils pouvaient rendre à leur camp aurait été, malgré les cris d’Orfraie de ceux qui n’ont de cesse de dire que les clivages droite-gauche sont dépassés, de voter la seule motion de censure restante, au grand dam de la droite elle-même. Celle-ci aurait été la première embarrassée par le rejet d’un texte qu’elle adoube et… par le bouleversement éventuel du calendrier électoral, auquel elle n’est pas préparée. 

Une nouvelle fois, les frondeurs feront malheureusement le choix de rester au milieu du gué.

« Peu importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape la souris ! » S’ils avaient endossé ce vieux dicton, ils seraient sortis grandis de cette crise. Ceux d’entre eux qui n’ont de cesse d’afficher leurs ambitions présidentielles auraient fait montre de leur aptitude à affronter le feu du front et à graver leur nom sur une page d’histoire. Ils auraient ouvert une perspective politique immédiate au mouvement social qui a commencé à se remettre en marche. Ils ont malheureusement choisi de rester sous la tente…

Liêm Hoang Ngoc (Fondateur de la Nouvelle Gauche Socialiste)

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