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Billet de blog 12 sept. 2016

A mes ex-camarades «frondeurs», Arnaud, Benoît, Gérard, Marie-Noëlle et les autres…

Il n’appartient qu’à vous de rejoindre le camp de la raison. Vous y êtes les bienvenus.

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Mes chers camarades,

Nous nous sommes séparés voici plus d’un an à Poitiers, après avoir une nouvelle fois échoué à changer le Parti socialiste. Je vous invitais à l’époque à en tirer les conclusions : sans changement de cap jusqu’en 2017, le PS sera absent du second tour de l’élection présidentielle et se relèvera difficilement du désastre prévisible à la prochaine législative. Je suggérais à nombre d’entre vous, parlementaires et dépositaires d’une légitimité issue du suffrage universel, de poser un acte collectif fort et de quitter le PS pour ouvrir le dialogue avec tous les progressistes opposés aux virages néo-conservateurs de l’exécutif, assumant désormais au grand jour l’abandon du socialisme par la social-démocratie française. Cela justifiait à mes yeux la tenue d’un nouveau congrès de Tours. Il n’eut malheureusement pas lieu à Poitiers.

Avec de faibles moyens et l’engagement courageux de militants, de responsables nationaux, fédéraux et locaux, nous décidions pour notre part de prendre nos responsabilités en lançant un appel aux déçus du PS. Nous entamions le dialogue avec nos partenaires écologistes et du Front de gauche pour constituer des listes de rassemblements citoyens aux élections régionales, dans les territoires où ce type d’initiative pouvait mûrir. Vous choisissiez de rester au chaud et de négocier la présence des vôtres sur les listes du PS. Le parti décida de les retirer dans trois régions (Grand-Est, Hauts de France et PACA) au profit de la droite. Ailleurs, les élus de ces listes défendent des projets controversés (en matière ferroviaire) dans l’exécutif de régions où vous occupez des postes-clés (Nouvelle Aquitaine et Occitanie).

Au cours de ce quinquennat, vous avez tenté de vous opposer avec vos armes parlementaires à la loi travail. Malheureusement, vous n’avez pas osé la censurer. Vous avez dénoncé l’autoritarisme du Premier ministre, condamné son orientation libérale-sécuritaire et réclamé l’amorce d’une réforme fiscale. Malheureusement, Arnaud et Benoît furent les principaux artisans de la nomination de Manuel Valls au poste de Premier ministre et les commanditaires du limogeage de Jean-Marc Ayrault, au moment où ce dernier réclamait la réforme de la CSG que vous défendez.

Voilà qu’aujourd’hui vous appelez toute la gauche à converger dans une primaire que vous espérez gagner contre le président sortant, tout en acceptant de faire sa campagne s’il en sortait vainqueur. Mais alors, puisque vous défendez tous le même programme, pourquoi ne montrez-vous pas la voie en vous rassemblant vous-mêmes autour d’un(e) seul(e) candidat(e) pour maximiser vos chances ? Dès lors, la multiplication des candidatures frondeuses ne met-elle pas en musique, en vérité, le bal des egos dont vos candidat(e)s sont les cavalier(e)s ?

En admettant que les poètes de l’appareil du PS ne puisse empêcher l’un(e) d’entre vous de l’emporter, pensez-vous sincèrement qu’un candidat estampillé PS puisse franchir le premier tour ? Dans l’hypothèse de son investiture, le meilleur d’entre vous, Arnaud, est actuellement crédité de 6% dans les sondages, soit la moitié du score de François Hollande, qui finira par devenir le candidat des sondages, généralement choisi par les participants aux primaires. L’électeur lambda ne perçoit plus la différence entre un « frondeur » et un « social-libéral », a fortiori lorsque tous choisissent de cohabiter dans un même groupe parlementaire au sein duquel, au-delà des postures, la répartition de vos votes a été à chaque fois organisée pour assurer au Premier ministre la confiance du Parlement, éviter la censure, ou entériner les lois de finance. Cet électeur connaît-il le nom de la motion B « A gauche pour gagner », ou encore la sensibilité « Un monde d’avance » ? Pour les Français, le PS paiera cher et en bloc en 2017.

Si vous aviez été conséquents et cohérents, vous auriez quitté le PS et désigné un porte-parole qui serait immédiatement devenu le candidat le mieux placé pour représenter l’alternative au social-libéralisme. En posant cet acte dès juin 2015, ce candidat issu de vos rangs aurait été tout aussi légitime qu’un Henri Emmanuelli, si celui-ci avait voulu représenter le camp du « Non de gauche » à la présidentielle de 2007, après le référendum du 29 mai 2005 sur le traité constitutionnel européen. Pas plus qu’à l’époque, vous n’avez osé écrire cette page d’histoire, par excès de légitimisme. Du coup, le candidat incarnant ce combat peut difficilement émerger de vos rangs.

En raisons des actes qu’il a posé après 2005, parce qu’il a rassemblé 4 millions de voix en 2012, le candidat qui incarne désormais l’insoumission progressiste à l’air du temps est Jean-Luc Mélenchon. Vous vous êtes couverts, d’emblée, derrière ses prétendus traits de caractère pour refuser d’œuvrer ensemble au rassemblement du peuple de gauche hors du PS. Mais vous oubliez que nombre d’entre vous sont bien plus grandiloquents, sans compter ceux qui prétendent renouveler les pratiques mais qui dirigent leur courant de la pire des façon, en torpillant en 2014 (lors des investitures électorales) leurs propres parlementaires européens sortants, partis au front contre la Troïka.

Si la raison l’avait emporté, elle vous aurait d’emblée indiqué de travailler avec ce candidat progressiste le mieux placé pour accéder au second tour. C’est ainsi qu’en 1981, le peuple de gauche s’est massivement rassemblé autour de François Mitterrand, malgré la division orchestrée par l’appareil du PCF, à l’époque bien plus fort qu’aujourd’hui. Lorsque ce même peuple se rendra compte que la candidature à même d’accéder au second tour n’est pas celle issue du PS, il considèrera probablement que le vrai vote utile pour éviter un duel droite-FN au second tour est celui en faveur du mieux placé dans notre camp, Jean-Luc Mélenchon. Nombre de militants et sympathisants annoncent d’ores et déjà qu’ils ne voteront pas socialiste lors de ce premier tour. Il est probable que nombre d’entre vous en fasse de même, dans le secret de l’isoloir. Au cours de cette campagne, la France insoumise pourrait rassembler en dehors du cadre des appareils traditionnels de nouveaux citoyens actifs et devenir le théâtre de l’émergence d’une force nouvelle force politique progressiste incarnant nos combats communs en faveur du socialisme, de la sixième République et de la transition écologique. Et si la dynamique est forte, nous serons tous au second tour, pour gagner. Il n’appartient qu’à vous de rejoindre le camp de la raison. Vous y êtes les bienvenus.

Liêm HOANG NGOC (fondateur de la Nouvelle Gauche Socialiste, conseiller régional, ancien député européen « frondeur »)

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