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Billet de blog 11 avr. 2022

Monsieur

Poème de campagne

Liette
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

10 avril 2022, 19h.

Monsieur,

Le champagne est au frais.

Il fait un drôle de suspense à couper au couteau.

Pourtant, quoiqu’il arrive, aujourd’hui est un surlendemain.

Avant-hier a agité sous notre nez incrédule les prémices des exactitudes du GIEC.

Atlantique rugissant, vagues sans crêtes et sans bleu, désordre incalculable, le printemps s’est fait ravir sans préavis ses premières pousses et nous avons été impuissants.

Le noir dans 50 000 foyers.

Un galop d’essai pour les pénuries à suivre.

Mais hier s’en remettait déjà.

Brindilles orphelines enchevêtrées au noir mouillé de l’asphalte.

Vert tendre livré aux outrages du vent en bordure des chemins.

Dénombrer le gel, relever les serres, compter les pertes, constater les nids tombés, les oisillons morts, rassembler les espoirs et serrer les coudes. Imaginer ce que la récolte aura de moins.

Un printemps tout à recommencer.

Mais se voir vivant. Tempétueusement vivants.

Pourtant, déjà, hier, on devait vous taire, et déjà, hier, vous nous manquiez.

Un ouragan, s’en remettre. Vous n’étiez pas là.

Un silence assourdissant.

Et puis un monde ardu, sans complaisance, de défis et de travail s’érigeait sous nos yeux : métaphore et période d’essai des tempêtes à venir. Diego nous parlait déjà du futur au présent sur toile de fond de votre absence. De l’effet d’une éclipse de jour dans un monde sombre.

Mais vous voyez, aujourd’hui est un surlendemain.

Le suspense est à couper au couteau. C’est vrai.

Mais on a lu les lignes de la main du ciel, invoqué les ancêtres, exploré l’est, étudié l’alignement des étoiles

Rousseau, Louise Michel, Jean Jaurès.

Bernard Stiegler, aussi.

On s’est souvenu du blé et de l’engrain.

De l'envie, de l'insolence et de l'entrain.

Des constellations.

Des phares, des bifurcations.

Nous vivants.

Et nos enfants.

Regardez,

même Pauline Graulle vous fait des tendresses dans Médiapart, en ce dimanche d’élection où peut-être il eût fallu qu’elle vous taise.

Cyril Dion se mord la langue pour ne pas vous dire, au micro de France Inter.

Il y a soudain comme un monde à sauver, et ça n’a jamais été plus urgent. Ça n’a jamais été dit plus crûment.

Ce n’est plus un dessin sur une affiche. Ce n’est plus une vague rumeur qui fait se vendre les fictions qui érigent la peur en délice.

Il y a un monde à regarder dans les yeux.

Des morts à dévisager juste de l’autre côté de la rue.

Des exilés à la boue de Calais.

La sixième extinction.

La détresse des abeilles.

Des oisillons, des nids, des tempêtes, des missiles, des civils, des famines, la fin des énergies, la réalité d’une gueule de bois sévère après une cuite échevelée d’une cinquantaine d’années.

Le mythe de Pâques refait île de notre planète entière, et nous, idiots, regarderions Jeff Bezos s’envoyer en l’air. La nouvelle Star’ac serait née, et nous serions tous des aspirants.

Et soudain les clivages craquent, digues obsolètes héritées du temps où l’on croyait avoir le temps.

Un sauve-qui-peut se peut encore.

C’est ce que nous disent les ralliés de l’avant-dernière heure.

C’est le bon-sens-bien-sûr qui nous saute au visage avant le prochain carnage.

Inanité des chapelles quand l’avenir est commun dans une unique maison-monde.

C’est le réveil soudain, c’est un surlendemain de tempête, l’évidence de ce que l’on peut bâtir si l’on s’y met tous ensemble maintenant.

Et soudain c’est fête.

L’heure est grave, mais c’est fête ! Tout ce qu’on a à faire ! En conscience ! Fête. Grave fête.

On s’est essayé à votre absence intermittente. On a eu une tempête pour le faire.

Et sachez : s’il fait noir, nous serons prêts.

S’il nous faut apprendre à naviguer sans votre sillage, nous serons prêts.

Le programme, l’équipe, les jeunes, les militants.

Il y aura des phares, des balises.

Vous avez déposé ça et là des outils et laissé des torches allumées dans de vieilles armoires fourbues de livres.

Il y a des camarades, et non, ceci n’est pas une désuétude.

Ceci n’est pas une peau de chagrin passée de mode après le tamis Qr-codé de la pseudo-démocratie qui nous a enjoints à nous abandonner les uns les autres sous le fallacieux prétexte d’une solidarité orwellienne bien nudgée aux frais de la princesse.

Il y a des camarades

et il y a le refus d’obtempérer.

Nous tous, à nos silences publics, nous vous pensons si fort. (Écoutez. Ça fait un boucan d’enfer).

Vous avez réussi le tour de force d'être le leader d'une foule qui se passe de chef.

Voyez, même moi, vieille chouette des chansons douces, j’ai enfin pris du cuir au tendre de la peau jamais encore trop usée par le labeur pénible. J’ai déposé le poème à terre comme on rend une arme dérisoire et j’ai enfourché le cheval vrai de la lutte. Je n’abandonnerai plus.

Elle n’est pas prévue à l’agenda de la République, l’extinction de l'étincelle.

L’extinction de la généreuse, frondeuse, ingénieuse énergie de l’insoumission.

S’il fait noir à nouveau, nous serons prêts.

Mais il ne fera pas noir.

Voyez :

nous sommes en bras de chemise

nous sommes bien chaussés ou nous sommes pieds nus

quelque chose comme une ferveur que quelqu’un·e parmi nous aurait déposée au seuil de l'intelligence de chacun·e au cas où quelqu’un·e se pencherait pour l’y ramasser.

Il fait un drôle de suspense à couper au couteau.

Il y a le feu de l’attente

des braises comme un relais

un foyer potentiel

une chaleur où poser son espoir cinq minutes pour qu'il se repose un peu

le champagne est au frais.

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