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Billet de blog 12 mars 2022

PRINTEMPS DES POWÈTES

Poème de campagne

Liette
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Aujourd’hui,

il paraît,

c’est le Printemps des poètes.

Alors ça frémit dans les salons

les anthologies tortillent du battement de cil sur l’éphémère des gondoles

on est tous un peu powètes quelque part

toutes un peu powètes aussi

(je voudrais « powète » comme « artiste », un et une

dans le même coffret de lettres tressées qui lui sert d’écrin)

Aujourd’hui,

il paraît,

c’est le Printemps des poètes.

Ceci est une pipe.

Mais tout le monde sait bien que ceci n’est pas une pipe. Même sans la légende, Magritte arrête ton char, on a compris. On n'a pas besoin de stabilo. On n'est pas des crétins.

Ça n’est pas vraiment ça, « une pipe ».

Je nous laisse ricaner.

Depuis nos natures mortes.

Nos indécences notoires.

Notre pornographie confiscatoire

de plaisir.

Nos selfies de pipe arrière-plans floutés.

Nos powèmes tête de gondoles

vernissages et musées

morts avant que d’être nés.

Ceci est un printemps.

Mais ce n’est pas un printemps.

Ceci est un powème.

Mais ce n’est pas un powème.

Ça n’est pas vraiment ça, « un powème ».

On en a plein la bouche.

Ça saigne la métaphore comme la guerre est jolie.

On a cadenassé Mahmoud Darwich dans les livres.

On a fait taire Ferlinghetti en lui donnant de l’éloge funèbre.

Les belles dissidences sont des tulipes en soliflore.

Fadwa Souleimane est morte.

Léo Ferré ruisselle de cheveux blancs sur nos âmes empapaoutées de morgue et d’ennui

Pourtant on sait

c’est de notoriété publique :

On devient poussière quand on quitte la gueuloire.

La grande gueuloire où il ferait bon s’envoyer des vers à la figure

et des verres au comptoir

sans attendre un retour de notoriété

sans se draper d’écharpes rimbaldiennes

sans remettre ses chaussures après la performance inspirée qui fait genre « elle a pas de chaussures »

sauf que c’est seulement « genre »

en vrai, des chaussures, elle en a

pas comme les gosses de Mada

« dis, pourquoi ils ont pas de chaussures ? »

« c’est parce que c’est le printemps des poètes, petit »

La grande gueuloire s’est QR codée la gueule : veuillez présenter votre passe-porte et vous déchausser à l’entrée. Seul·e·s les powètes agréé·e·s seront habilité·e·s. Veuillez présenter votre convocation. Les petits fours ont été au préalable plexiglacés et hydrogélifiés. Servez-vous. Nos hôtes et hôtesses sous casque circulent et veillent à votre approvisionnement. Le public est hygiénique et à usage unique. Vous pouvez le jeter après usage.

Je les ai vu·e·s faire la queue

dans le rang

devant la gueuloire sympathique

les powètes

se congratulant et check le poing pour un coin de table partagé

ô l’anthologie

ô je signe mon ouvrage

ô que la guerre est jolie

tandis qu’Ashraf Fayad

attend l’ouverture de sa cage

(peut-être en 2023 ? quelqu’un a des nouvelles ?)

gentiment

avec pourtant

ses instructions à l’intérieur

pour si jamais

on apprenait à lire dans l’intervalle

Aujourd’hui,

il paraît,

c’est le printemps des poètes.

Alors je vais boycotter

les salons,

les chaussures,

les passe-portes,

les églises de la générosité qui transpirent le don miel putride échappé de l’abcès trop énorme de nos retenues assassines

- Calais crève dans nos franges dans des toiles éventrées

mais le powème est à nos portes qui répare -

dit-on

- la poésie sauvera le monde -

dit-on

Alors aujourd’hui

je vais faire des paquets

de powèmes tout petits

et je vais les envoyer par la poste

pour des gens

cadeau

même pas des réfugiés

ou si peut-être des réfugiés

même pas des sans papiers

ou si peut-être des sans papiers

même pas des sans-maisons

ou si peut-être des sans-maisons

je n’enverrai pas de produits de première nécessité

pardon

la première nécessité

ce serait

peut-être

parfois

un peu de dignité comme un cautère sur langue de bois

un peu de silence

pour trinquer aux blessures du monde

qui se remettra de notre sauvagerie

et à la santé de tes trente ans

fillette

j’aurais voulu t’offrir

peut-être

autre chose

le jour où je t’ai mise au monde

mais aujourd’hui,

tu vois

c’est silence

et powème pour tout le monde

je t’aime

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