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Billet de blog 19 janv. 2022

Si vous n'aimez pas la tortue...

...n'en dégoûtez pas les autres.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Cher journal indépendant, cher journal de gauche, Madame Pauline Graulle

je trouve ça dommage, les guillemets et le choix de termes dénigrants, à l’heure où une partie très importante des militant·e·s de l’équité sociale et de l’urgence écologique a rallié le programme de l’Avenir en commun.

Je trouve ça dommage de contribuer encore et toujours au clivage des forces de gauche en jetant comme ça mine de rien des petits graviers dans l’article pour tripatouiller l’opinion avec des formulettes qui descendent sans dire qu’elles descendent. « Monsieur modernité » par ci, « effets spéciaux » par là. « En définitive, pas d’atterrissage de l’Insoumis en vaisseau spatial sur la scène du palais des expositions » écrivez-vous, Madame Graulle. Oui, oui, je vous le confirme, ce n’était pas un concert de Johnny. Juste un meeting politique « un discours classique de candidat à la présidentielle » vous plaît-il d’écrire (je trouve le "tout juste" de votre plume un peu tendancieux).

La vie est dure pour la citoyenne que je suis.

Il faut voir clair dans l’épais brouillard médiatique et réussir à entendre les rares voix qui n’exterminent pas l’espoir dans l’œuf. Dès lors, deux postures s’offrent à moi : soit, je renonce au collectif et je me replie définitivement sur mes petits intérêts privés. Soit je mets mon optimisme et mon espoir dans un mouvement qui me paraît juste et je conserve cette énergie qui fait qu’on peut « faire peuple » même quand tout nous individualise.

Pardon, mais quand le boycott électoral en vient à être brandi comme une stratégie pour changer la donne à moins de 3 mois d’une échéance présidentielle, ça me paraît suicidaire (cf. l’article de votre consœur ici même https://www.mediapart.fr/journal/france/170122/le-boycott-ou-l-abstention-par-le-versant-politique). Même en prenant appui sur l’exemple chilien et l’élaboration de sa constitution en amont de sa présidentielle, ça me donne juste envie de retourner m’enfouir dans mon trou. Oui, l’exemple chilien est grand et magnifique ! Mais la tortue électorale pour qui j’ai choisi de voter ne préconise-t-elle pas une 6e constitution sur laquelle les citoyens et les citoyennes devront plancher sitôt l’élection présidentielle passée ? Peut-on comparer notre histoire et celle du peuple chilien à si peu de jours du rendez-vous électoral majeur en France ? S’en inspirer, oui, naturellement ! les pays d’Amérique du Sud ont développé des trésors d’inventivité politique envers et contre les [op]pressions libérales et/ou états-uniennes. Mais cela ne peut se faire en France, au jour où je vous écris, qu’à la sauce de notre calendrier électoral !

Or, quand on ne vote pas, en France, tout le monde s’en fout. Tout le monde, c’est-à-dire le pouvoir. Alors c’est tapis rouge pour les oligarques. Et tant pis pour la majorité silencieuse. Tant pis pour les un·e·s, tapis pour les autres.

Et quand on vote, on élit un grand Manitou qui ensuite nous confisque ledit pouvoir une fois terminée la danse nuptiale préélectorale. (L’un des pires scenarios aujourd’hui consiste à voter pour de petits Manitou·te·s mignon·ne·s comme tout qui vont faire qu’à la fin, ce sera toujours le grand Manitou qui reviendra, celui qu’on n’a pas choisi et pour qui on va voter pour « faire barrage ». Oh ! La moche expression en démocratie ! Voter pour « faire barrage » ! On dirait un geste barrière pour pandémie politique, ne trouvez-vous pas ?)

Oui. C’est ça, la monarchie présidentielle qui est l’enfant légitime de la 5ème République, dont la réalité s’augmente aujourd’hui des mesures d’exception que la syndémie en cours nous a fait accepter, et où l’on reconnaît tout le processus dont parle Naomi Klein dans « La stratégie du choc ».

Oui. La règle du jeu c’est celle-là. Et, pas de bol. C’est nous les pions sur l’échiquier.

Et moi toute seule, je ne peux pas renverser la table. Ni avec des candidats sympathiques, certes, mais très très à la marge des intentions de vote, et très très modéré·e·s quant aux mesures gigantesques qu’il va falloir mettre en œuvre toutes et tous ensemble et de toute urgence pour tirer le signal d’arrêt du train fou qui emporte nos enfants dans le mur. À 250 à l’heure, alors que le terminus est déjà annoncé. Depuis plusieurs gares déjà. Et nous le savons. Nul·le n’est censé·e l’ignorer : on n’a qu’à peine la distance de freinage nécessaire pour un arrêt en catastrophe avant le grand crash final. Si on freine TOUT DE SUITE.

Alors, puisqu’il se trouve un candidat derrière lequel se rallient déjà un parlement (dès à présent et pour l’avenir), des parlementaires (plus qu’actifs et actives depuis bientôt 5 ans dans l’hémicycle, mille mercis à eux, à elles, pour leur pugnacité, leur diversité et leur fougue), des maires, des citoyen·ne·s lassé·e·s des discours défaitistes et ronchons, des personnes éminemment conscientes qu’on n’a plus de temps, pas une minute, pas une seconde à perdre contre le crime capitaliste climatique qui s’opère chaque jour sous nos yeux avec la bénédiction des média ou leurs dénonciations proprettes, leur relais des pieuses promesses comparables aux nobles intentions des COP qui se succèdent et ne font que conforter l’annonce des dérèglement promis, vagues politico-médiatiques rituelles s’échouant immanquablement dans le désert insondable des engagements et des actes attendus de la part des états...Puisqu’il se trouve un candidat en faveur duquel des millions de françaises et de français ont déjà voté, une tortue, qui depuis des années se mobilise pour faire équipe, et bien, je n’ai plus une minute à perdre. Je soutiens, je milite, je tente de convaincre.

La tortue, elle rassemble. Et ce n’est pas choquant si elle innove. À grands coups de nouvelles technologies. L’empreinte carbone du meeting, ouais, elle n’est sans doute pas top, mais vas-y, quand on découvre qui pollue la planète (cf. chez vos confrères de Blast https://www.youtube.com/watch?v=o7QM8cSr_yg&t=944s), comment s’envoient en l’air les milliardaires grâce à la pandémie et à l’argent public qui est en principe notre argent à toutes et tous (toujours sur Blast https://www.youtube.com/watch?v=SCYMx75Ao8A ), je pense que convaincre en passant par un plafond de Leds (mais pas de verre), des images à 360°, l’investissement dans des masques FFP2 pour autoriser QUAND MÊME un rassemblement de plusieurs milliers de personnes tout en étant responsables mais pas discriminants à l’entrée du meeting, et bien, y a pire, comme outil de persuasion au XXIe siècle ! Offrir du show, ça devrait pas être péjoratif sous votre plume. Offrir du show en faisant de l’espace ou de la mer un spectacle, et bien c’est cadeau, et perso, moi je prends. Ne le moquez pas, ce serait un coup bas. Saluez la performance, plutôt. Ne nous trompons plus de lutte, siouplé. On n’a vraiment plus de temps à perdre avec ces conneries. Nos enfants vont mourir ou s’entre-tuer. Vous avez compris cela ? Alors, avec « les pudeurs de gazelle », comme dit l’outrecuidant, l’impudent, le méditerranéen, l’effronté, l’insoumis, aujourd’hui, avec les pudeurs, j’en ai fini.

Avec l’Avenir en commun, l’objectif est clair, et le parcours au long cours du candidat-tortue Mélenchon plaide en sa faveur. Rassembler. Mettre en œuvre la démocratie à tous les étages des prises de décision. Y compris dans le choix de se présenter – ou non – à nouveau aux élections présidentielles. Sans le concours du capital. En ne comptant que sur la force et les moyens des militant·e·s. Réussir (tout de même!) le tour de force de passer à si peu de voix du second tour en 2017 ! Ratant d’un millipoil l’objectif à cause des guéguerres intestines - ou des stratégies - qui dispersent l’électorat vers une gauche « plus présentable », celle qui ne se met pas en colère en public ni devant les caméras mal intentionnées les jours de perquisition (parce qu'elle ne subit pas de perquisitions, elle, la gauche présentable), celle qui sait parler au capital et cherche des compromis libéraux tout en revendiquant plus d’équité, celle qu’on peut qualifier de « progressiste ». La gauche, peut-être, dont parle François Bégaudeau dans « Histoire de ta bêtise ». Cette gauche qui n’a de gauche que de s’enorgueillir dans les salons d’avoir défendu le mariage pour tous. Ce ne serait pas ça, « ta » gauche, quand même, cher média indépendant, où tant de chouettes journalistes œuvrent pour notre information claire et non manipulée ? Cher média indépendant par qui éclatent les scandales des coulisses du pouvoir que d’autres nous cachent (merci au passage pour votre travail de fourmis et de titans que je reconnais à sa juste valeur) ? Ce ne serait quand même pas ça, « ta » gauche ? Un alignement moralement satisfaisant de bien-pensées progressistes et écologiques qui ne passeraient pas par le renversement pur et simple de la table du capitalisme mortifère ? Ce que propose l’Avenir en commun, ce n’est pas un virage en souplesse et sans secousses à la mesure du poids modéré de quelques centaines de milliers d’électeurs et électrices, (qui n’infléchiront en aucune façon la trajectoire, l’histoire nous le montre depuis les années 80), soient-ils bienveillant·e·s et animé·e·s des plus humanistes et sincères intentions ! Ce propose l’Avenir en commun c’est un renversement de la table à coups de millions d’électeurs et d’électrices ! Une reconquête de sa souveraineté par le peuple ! (et, ‘tention, je te vois venir, la débauche du vocable « populiste » a fait long feu, va falloir inventer autre chose de sémantiquement plus solide pour nous ternir l’enjeu!)

Alors vois-tu, cher journal indépendant, en qui je crois, à qui je confie ma soif d’authenticité, de clairvoyance, d’esprit critique, de professionnalisme, de goût pour le débat démocratique sain et constructif, mon envie d’idées à construire plutôt que toutes faites, cher média indépendant, à si peu de jours de l’élection présidentielle, moi, j’ai peur. Peur que l’endémique dispersion des postures de la gauche divisée ne nous prive, une fois de plus, d’un poids électoral indispensable pour contrecarrer la montée de la marée de la droite radicale et pour contrecarrer le « confortisme » débonnaire de toutes celles et ceux qui finiront par penser qu’avec le président Macron, finalement, c’est pas si pire.

Pas étonnant qu’il y ait tant de candidat·e·s ! Nous vivons dans un monde du culte des personnalités. Nul ne sait plus faire sans son petit ego ni son petit drapeau ses ptis selfies sa ptite visio son pti rézo. Ma tortue préférée n’échappe peut-être pas à l’écueil. Mais au moins est-elle en mesure de montrer que derrière elle, nous sommes foule. Foule sans conflit d’intérêt, foule sans pactes médiatiques, foule libre de diverger dans nos avis, nos opinions, nos prises de parole, foule libre aux mains disponibles pour saisir celles des camarades, foule libre de ne pas rallier l’Insoumission et pourtant de rallier le programme de l’Avenir en commun. Foule capable de montrer, justement, et « avant les effets spéciaux », qu’on est cap de faire une chorégraphie avec toute une équipe militante. Que toute la lutte politique ne repose pas seulement sur « le tribun », comme vous vous plaisez à le désigner. Oui, Mélenchon sait parler aux foules ! Il aurait bien tort de s’en priver à l’heure où nous avons besoin de toutes et tous !

Alors, flûte, si on ne peut pas compter sur un média comme le vôtre pour contribuer à souffler un peu dans les voiles d’un programme engagé et ambitieux, au lieu de descendre insidieusement sa figure de proue, je vais finir par avoir de sérieux problèmes de radars ! Pourquoi vous perdez-vous à parler des personnalités (que vous avez dans le nez) ?

Si vous n’aimez pas la Tortue, n’en dégoûtez pas les autres, et dans ce moment de gravité extrême que traverse l’humanité, en chemin pour disparaître avec toutes les autres espèces vivantes qu’elle extermine mais dont elle dépend, au moins, soyez neutres, n’attisez pas les vents de la dispersion ! Faites œil du cyclone, espace dépassionné et apaisant, espace d’information de confiance (même si l’information n’est pas rassurante).

Sivouplé. Merci.

(et votez Mélenchon ;-)

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