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Le vent, c’est celui de la Bretagne. Celui de la mer, des embruns, de la bruyère. Mais c’est aussi celui de la poésie, car Xavier Grall est un poète, un journaliste breton. C’est aussi le vent de la révolte, une révolte contre la guerre d’Algérie, contre la guerre tout court.
Car, au fil des lignes de Patrick Pécherot, on croise l’objection de conscience, l’insoumission. L’insoumission à une guerre d’Algérie où la torture, l’humiliation dans le Djebel, la mort a été le lot de beaucoup d’appelés. Xavier Grall a fait cette guerre. Cela le torture, lui aussi. Mais tout le monde ne peut pas être insoumis, déserteur, objecteur comme Yvon dans ce livre.
Alors qu’un fellah est torturé sous ses yeux, Xavier répète, hébété : « Je n’ai rien tenté pour arrêter le supplice. » Désarroi, impuissance. En lisant ces lignes, j’ai pensé à un de nos amis, dans un petit village du Morvan, qui nous a confié, lors d’une douce soirée d’été, sa grande tristesse face à un évènement similaire. Ce n’était pas un paysan d’Algérie, c’était un jeune adolescent qui a été tué, avons-nous compris.
La soirée était belle, l’air était doux. Ce n’était pas la Bretagne, il n’y avait pas l’odeur de la mer. C’était le Morvan, il y avait l’odeur des sapins. Et, une quarantaine d’années plus tard, cette odeur de guerre collait toujours à la peau de notre ami Camille, toujours pas apaisé.
En Ukraine, à Gaza, au Soudan, souffle encore ce vent mauvais. Xavier Grall et Françoise, sa mouette adorée, ont choisi d’être « déserteurs de la France ». Bretons, donc, avant tout.
« Viens,
Nous bâtirons la république libertaire
Des baladins et des aèdes »
écrit Xavier Grall. J’en serai.
En Bretagne, en Morvan ou ailleurs.
Pour lire tranquillement les lignes de Patrick Pécherot, les poèmes de Xavier Grall, par une douce soirée d’été.