Non à la sélection !

Il ne fait aucun doute qu’une réforme d’ampleur de l’Enseignement Supérieur est nécessaire pour notre pays. Pourtant, la réforme présentée par le Premier Ministre le 30 octobre, ne répond ni aux besoins des universités, confrontées depuis des années à un défi démographique sans précédent, ni aux aspirations des jeunes à la formation, à l’autonomie et à une insertion professionnelle durable.

Il ne fait aucun doute qu’une réforme d’ampleur de l’Enseignement Supérieur est nécessaire pour notre pays. Pourtant, la réforme présentée par le Premier Ministre le 30 octobre, ne répond ni aux besoins des universités, confrontées depuis des années à un défi démographique sans précédent, ni aux aspirations des jeunes à la formation, à l’autonomie et à une insertion professionnelle durable. Bref, à leur volonté de maîtriser leur avenir et à leur refus de la précarité.

Le constat de la crise universitaire est pourtant connu. Inadaptées et sans moyens suffisants, nos universités ne parviennent plus à démocratiser l’accès aux savoirs et aux qualifications. L’ascenseur social y est en panne. Les enfants d’ouvrier.e.s sont sous-représenté.e.s parmi les bachelier.e.s et quasiment absent.e.s des effectifs en master. Les élites se reproduisent au sein des filières sélectives et des grandes écoles qui fonctionnent en autarcie et dans lesquelles l’État n’a cessé d’investir. A l’université, les enseignant.e.s-chercheur.euse.s continuent de n’être recruté.e.s et évalué.e.s que sur leurs travaux de recherche, alors que l’évolution du public étudiant exige de leur part un engagement dans leurs activités d’enseignement qui n’est pas reconnu et auquel ils.elles ne sont pas formé.e.s. L’offre de formation est illisible, notamment pour celles et ceux qui ne disposent pas du réseau pour s’y orienter. La précarité conduit toujours plus d’étudiant.e.s à travailler pour financer leurs études, au détriment de leur réussite. Les difficultés des universités ne proviennent pas d’une trop grande présence de l’État mais plutôt des renoncements successifs de celui-ci. L’Université ne souffre pas d’un manque de sélection, mais au contraire des conséquences de la sélection par l’échec organisée au sein des premiers cycles, dont sont victimes en priorité les étudiant.e.s issu.e.s des milieux populaires.

Ces réformes ambitieuses, organisationnelles et pédagogiques, au service de la réussite des étudiant.e.s, nous les attendons depuis trop longtemps. Elles supposent une ambition : celle de réussir la démocratisation des études en donnant à tou.te.s les jeunes le droit de se former. C’est l’intérêt même du pays d’élever son niveau de qualification. Pourtant, la massification n'a pas été correctement accompagnée ni même anticipée. Alors que les effectifs étudiants augmentent suite au boom démographique des années 2000, le financement de l’Enseignement Supérieur a connu une diminution de 10% par étudiant.e en 10 ans.

La seule réponse du gouvernement, c’est de faire des étudiant.e.s la variable d’ajustement d’un système défaillant. Pour pallier à son désengagement financier, il fait le choix d’instaurer une nouvelle cotisation, augmentant ainsi les frais d’inscription en allant chercher dans la poche des étudiant.e.s l’argent qu’il ne veut pas investir. Considérant que nous sommes les seul.e.s responsables de l’échec en premier cycle, le gouvernement fait le choix de la sélection pour pouvoir gérer « les flux ». Ce qu’il oublie, c’est que derrière ces « flux », ce sont des avenirs brisés sur l'autel de l'offre et de la demande. Sélectionner à l’entrée de l’Université n’est pas une réforme courageuse. C’est une solution de facilité, le meilleur moyen de ne rien changer. L’orientation imposée, résultat de la sélection, aura le même résultat que l’orientation par défaut : le renoncement et la démotivation, qui conduisent bien souvent à l’échec.

En surfant sur le scandale du tirage au sort, que nous avons dénoncé et qui ne s'explique que par un manque de moyens chronique, le gouvernement a pensé convaincre l’opinion du bien-fondé de sa réforme. Mais en instaurant la sélection, il généralise de fait les conséquences injustes de l’aléa et de l’arbitraire. Plutôt que d’ouvrir le champ des possibles, ce sont les portes de l’Université qui vont se refermer tout au long du processus d’orientation. Plutôt que d’accompagner, cette réforme vise à décourager les lycéen.e.s, sous l’effet des « recommandations » du Conseil de classe et de « l’avis » de l’Université. Si cela ne suffit pas, la loi prévoit même la possibilité de refuser tout simplement l’inscription « dans les filières où les demandes excèdent le nombre de places ». Le baccalauréat, diplôme national, ne sera plus la garantie pour pouvoir accéder à la filière universitaire de son choix. En leur donnant la capacité de définir leurs propres critères de recrutement, et en supprimant l’obligation pour chaque université d’accueillir les étudiant.e.s originaires de la même académie, cette réforme va créer une compétition entre chaque établissement, défavorisant les plus petits, renforçant un peu plus les inégalités.

Sans l’assumer, le gouvernement choisit cyniquement de tourner le dos à la démocratisation des études supérieures. La généralisation de la sélection à l’entrée de l’Université va empêcher toute une partie de notre génération de poursuivre ses études, notamment celles et ceux issu.e.s des milieux populaires, les bachelier.e.s sans mention, les bachelier.e.s technologiques et professionnels. Plutôt que d’organiser la démocratisation des études supérieures, le gouvernement organise son reflux en encourageant un repli conservateur et élitiste des universités, obsédées par la compétition entre elles et la course aux classements internationaux. Au final, cette réforme ne résoudra aucune des difficultés auxquelles elle prétend s’attaquer.

Depuis de nombreuses années, nous entendons dire qu’il faudrait faire tomber certains tabous : la sélection, l’augmentation des frais d’inscription… Étonnement ce sont toujours les mêmes tabous qui tombent. A l’inverse, les tabous que nous voulons faire sauter, ce sont ceux du refus permanent de notre autonomie. Ce sont ceux des étudiant.e.s qui échouent car ils travaillent pour financer leurs études.

Que demandons-nous ? Pouvoir décider par nous-mêmes de notre avenir. Nous refusons que des président.e.s d'université ou des enseignant.e.s fassent des choix à notre place. Nous refusons ce procès en irresponsabilité. Nous refusons qu’on nous impose notre orientation à 17 ans, que ce soit la filière dans laquelle nous devrions étudier ou même le nombre d’années d’étude que nous devrions faire. Nous refusons enfin ce projet adéquationniste où nous devenons une variable entre l'Entreprise et l'Université.

Nous pensons que c’est à l’université de favoriser la réussite en révolutionnant sa pédagogie et en mettant les moyens dans les premiers cycles. C’est à elle d’être un rempart solide contre les inégalités et d’offrir à chacun.e une formation de qualité sur l’ensemble du territoire. C’est à l’Université de former des futur.e.s travailleurs et travailleuses qualifié.e.s, libres de leurs choix de vie, en mettant en place des cursus pluridisciplinaires. C’est enfin à l’Université de former des futur.e.s citoyen.ne.s éclairé.e.s en mettant le savoir et la connaissance à portée de toutes et tous.

Réformer l’université, c’est donc proposer un choix de société. Il est urgent de refaire des étudiant.e.s la raison d’être de l’Enseignement Supérieur. La jeunesse refuse que la reproduction sociale soit la règle. Elle demande que ses aspirations ne soient plus méprisées. Il est tant que la République tienne ses promesses d’égalité entre tou.te.s les citoyen.ne.s. Il est temps que l’Université redevienne le levier de cette égalité, contre toutes les formes d’exclusion et de domination. Avec cette réforme, l’occasion est encore manquée. Le Gouvernement fait le choix de réformer sans nous, et même contre nous. En nous privant du choix de notre avenir, il méprise notre aspiration à maîtriser notre destin. Le pari est risqué…

Par cette offensive sans précédent, le Gouvernement fait délibérément le choix de l’affrontement avec les jeunes. Il devrait savoir que tourner le dos à sa jeunesse en s’attaquant à nos droits et en ignorant nos aspirations ne saurait tenir lieu de politique pour l’avenir.

Pour refuser ce projet de loi, pour une réforme ambitieuse, l’UNEF appelle les étudiant.e.s à se faire entendre, à s’organiser sur leurs universités et à se mobiliser en participant à la manifestation du 16 novembre.

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