#MeToo dans l’UNEF aussi

Nous connaissons une libération de la parole des femmes sans précédent qui produit des ondes de choc qui touchent toutes les strates de la société. Cette libération, renverse les rapports de domination et de pouvoir. Personne n'est épargné, les organisations de jeunesse non plus. J’apporte tout mon soutien aux femmes qui prennent la parole et dénoncent les violences qu’elles ont subi.

Nous connaissons une libération de la parole des femmes sans précédent qui produit des ondes de choc qui touchent toutes les strates de la société. Cette libération, salutaire et nécessaire, renverse les rapports de domination et de pouvoir. Personne n'est épargné, les organisations de jeunesse non plus. J’apporte tout mon soutien aux femmes qui prennent la parole et dénoncent les violences qu’elles ont subi au sein de l’organisation.

Présidente de l’UNEF, je condamne toutes les violences sexistes, quelles que soient leurs formes. Pour tout dire, j’y suis moi-même confrontée. Car être une femme en responsabilité aujourd’hui dans la société, c’est subir du sexisme au quotidien. Se voir couper la parole en permanence lors de réunions institutionnelles, des remarques quotidiennes sur son physique, des attaques permanentes qui ne reposent pas sur le fond, des procès en instrumentalisation et en incompétence, c’est vivre la remise en cause de son action à cause de son sexe. Une femme, jeune qui plus est, ne serait pas capable de penser par elle-même. Être une femme en responsabilité, c’est entendre dire que l’on réagit à l’affect. Être une femme en responsabilité c’est devoir « serrer les dents » pour pouvoir avancer.

Mais être une femme en responsabilité, c’est aussi mener des combats, pour faire reculer les inégalités. Voilà mon engagement en tant que présidente de l’UNEF.

L’UNEF est une organisation féministe qui a toujours dénoncé et combattu les différentes formes de sexisme qui existent dans l’ensemble de la société. Nous nous battons pour favoriser l’émancipation de femmes et d’hommes dans une société qui nous pousse chaque jour à reproduire des comportements intolérables. L’UNEF est une organisation féministe car elle combat sur les universités le bizutage, ou encore certains « rites » qui sont de réelles agressions sexuelles lors des soirées étudiantes. Elle combat le mépris de la parole des femmes dans les instances des universités... Elle combat les écarts de salaires, le plafond de verre qui empêche les évolutions de carrière… Elle combat sans rougir pour ce qu’elle considère être une nécessité absolue : l’enseignement supérieur, et la société entière doivent évoluer pour mettre fin à ces systèmes de domination.

Mais ce discours féministe était loin d’être mis en application en interne du syndicat. L’UNEF n’est pas imperméable à la société : nous savons que les mécanismes de domination ont été et sont encore reproduits en son sein. Au-delà du constat, nous travaillons à y mettre fin.

En seize ans, nous n’avons eu que deux femmes à la présidence du syndicat. Je suis bien placée pour savoir que pendant de longues années, l’UNEF a été structurée sur une culture viriliste, appuyée sur une répartition  genrée des rôles : aux hommes (blancs, et dotés de capital culturel) l'idéologie, aux femmes les tâches d’organisation. Les modalités du militantisme étudiant, rapide et intense, créent des liens de solidarité très forts entre les militant∙e∙s les plus investi∙e∙s qui passent de nombreuses heures ensemble, mais peuvent aussi se prêter au pire. C'est ce climat sexiste omniprésent qui a entrainé la banalisation des agressions sexuelles. D'autant que l'attachement au collectif, à l'organisation, rend plus compliqué l'expression des victimes.

La parole se libère, c’est une bonne chose !

Depuis plusieurs années, les militant∙e∙s de l’UNEF ont entamé un travail sur cette question, bien conscient∙e∙s de la gravité des faits. Pour faire reculer les violences dans notre organisation nous nous sommes doté∙e∙s d’outils. Des réunions non mixtes ont été mises en place afin de libérer la parole au sein de l’organisation. Ces réunions permettent aux militantes de se retrouver pour transformer le vécu individuel en conscience collective. Conscience collective partagée à toute l’organisation dans des cadres mixtes afin de fixer des objectifs, réunions après réunions, pour faire avancer l’égalité et déconstruire les rapports de domination. Incomprise par certains anciens ou décriée par des journalistes, c'est cette pratique qui nous permet d’avancer. En tant que femme de cette organisation, militante et dirigeante, je l’affirme, le sexisme est présent partout, à tous les niveaux de responsabilité et ces cadres m’ont permis, comme à tant d’autres camarades de prendre conscience de ce que je subis au quotidien.

L’UNEF, dans son ensemble, a pris la question de l'égalité femmes-hommes à bras-le-corps. Nous n’organisons plus un cadre collectif sans revenir sur la question du consentement ou sans rappeler l’existence de « personnes de confiance » mandatées par l’organisation pour permettre à d’éventuelles victimes de pouvoir se confier et de pouvoir être accompagnées.

Avec la mise en place de ces outils, l’UNEF a connu des évolutions importantes sur ce sujet ces dernières années. Militante depuis plus de 6 ans dans l’organisation, j’ai vu ces changements profonds qui ont donné les outils aux femmes permettant la libération de la parole et l’accession  aux plus hauts niveaux de responsabilités.

La prise de conscience collective générée par #MeToo doit nous permettre d'aller encore plus loin. En interne de notre organisation déjà, car tous les outils mis en place sont évidemment imparfaits. L’UNEF n’est pas une bulle progressiste déconnectée de la société. Au contraire. A ce titre, ces outils continueront à évoluer pour permettre une meilleure protection des femmes de l’organisation. Nous devons continuellement remettre en question les stéréotypes sexistes qui structurent les membres de notre organisation pour les faire disparaître, accentuer les formations de nos militant∙e∙s pour venir en aide aux victimes.

Cette bataille doit se prolonger au-delà des murs de notre organisation, car lutter contre les violences sexuelles et sexistes, c'est changer en profondeur les fondements de notre société, dans le domaine de la justice, de l’éducation et dans le monde du travail. C’est par l’éducation dès le plus jeune âge jusque dans l’Enseignement supérieur que nous devons agir pour lutter contre le sexisme et les violences faites aux femmes. C’est par une grande campagne de prévention dans l’ensemble de la société à ce sujet que nous pourrons avancer et faire reculer ces agressions subies au quotidien par des milliers de femmes.

C’est une bataille de chaque instant, où nous avons tou∙te∙s notre part de responsabilité à chaque niveau de la société.

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