Nous étudions ensemble, nous militons ensemble!

Réponse à toutes celles et ceux qui remettent en cause l’engagement d’une syndicaliste parce qu’elle porte le voile. Réponse à toutes celles et ceux qui « s’interrogent » et à toutes celles et ceux qui s’« inquiètent » des valeurs que porte l’UNEF, par Lilâ le Bas, présidente de l'UNEF.

Réponse à toutes celles et ceux qui remettent en cause l’engagement d’une syndicaliste parce qu’elle porte le voile. Réponse à toutes celles et ceux qui « s’interrogent » et à toutes celles et ceux qui s’« inquiètent » des valeurs que porte l’UNEF.

Rappelons les faits : en 2018, une jeune femme, responsable syndicale, musulmane faisant le choix de porter le voile, s’exprime sur une chaîne télévisée pour faire part de ses revendications contre la mise en place de la sélection à l’entrée de l’université. S’en suit un torrent d’insultes et d’appels à la haine sur les réseaux sociaux d’une rare violence, allant même jusqu’à la divulgation de son numéro de téléphone personnel.

Face à une telle situation, nous aurions pu nous attendre à une dénonciation unanime du lynchage et du harcèlement que cette jeune militante endure sur les réseaux sociaux, pourtant non ! Nombreux.ses sont celles et ceux qui se sont étonné∙e∙s, offusqué∙e∙s, qu’une femme musulmane faisant le choix de porter le voile puisse prendre la parole au nom d’une organisation syndicale comme l’UNEF. Nombreux.ses sont celles et ceux qui se sont interrogé∙e∙s sur ses convictions, les ont remises en cause jusqu’à sous-entendre les pires inepties. Nous aurions pu imaginer qu’une fois qu’elle se serait exprimée, en réaffirmant son combat pour le progrès social, la polémique se serait apaisée. Toujours pas. Comme si ses propos n’étaient pas parfaitement clairs. Mesdames, Messieurs les Ministres, les personnalités publiques et politiques, au lieu d’attiser la haine, écoutez cette militante qui vous parle de ses combats. Ecoutez-nous !

Vous êtes nombreux∙ses à vous « inquiéter » des valeurs de l’UNEF, de ses combats. L’UNEF serait devenue communautariste, clientéliste vis-à-vis de certain∙e∙s, simplement parce qu’elle permet à une femme voilée de prendre la parole pour porter le projet et les revendications de l’organisation. Certes, le ridicule ne tue pas mais la désinformation et le mensonge n’est pas digne de ceux et celles qui assument des responsabilités dans notre pays. Pire, n’est-ce pas une islamophobie rampante qui se cache derrière ces polémiques touchant les femmes voilées qui osent prendre la parole dans notre société ? Pour une femme musulmane portant le voile en France, il semble qu’il n’existe que trois alternatives : rester hors de la vie publique et être considérée comme « soumise » et « communautariste », ou bien y participer, s’engager et s’entendre dire qu’on n’a pas le droit de le faire, et de surcroît être soupçonnée de faire la promotion de l’islam politique ou bien encore se voir obliger d’ôter son voile pour faire entendre ses revendications. Soutenir notre militante, c’est ainsi soutenir le droit de toutes les femmes à prendre la parole au sein de notre organisation et au sein de la société face aux injonctions au silence.

 Face à celles et ceux qui manipulent la laïcité pour la rendre plus exigeante avec certaines croyances, face à celles et ceux qui veulent multiplier les interdits face à une loi de liberté, l’UNEF ne cédera pas. Nous ne céderons pas face à celles et ceux qui disent que l’islam serait par nature incompatible avec le cadre républicain et la laïcité. Nous résistons car nous sommes une organisation laïque. Nous défendons les valeurs de la laïcité qui repose pour nous sur plusieurs principes : la liberté de conscience, la neutralité de l’Etat et l’égalité de toutes et tous face à la loi. Aucun d’entre eux n’est remis en cause par le fait qu’une femme faisant le choix de porter le voile prenne la parole pour une organisation syndicale comme l’UNEF. Parce qu’elle porte le voile, porte-t-elle atteinte à la liberté de conscience des autres ? Fait-elle du prosélytisme ? Non. Ce sont les comportements qui s’opposent au cadre républicain qu’il faut sanctionner et non un habit. Le deuxième principe est la séparation des Eglises et de l’Etat qui est garantie par la loi. Il s’accompagne de la neutralité des agents de l’Etat et donc des services publics. Enfin, le troisième est celui de l’égalité de toutes et tous face à la loi, garantissant ainsi l’accès de toutes et tous aux services publics.

Selon nos détracteurs, l’UNEF dénaturerait la laïcité en permettant à une jeune femme voilée de prendre des responsabilités en son sein. Je réfute cette accusation. Celles et Ceux qui dénaturent la laïcité ce sont celles et ceux qui en font un outil antireligieux, antimusulman. Ce sont celles et ceux qui veulent imposer que l’espace public soit complètement neutre, comme si avoir des opinions et des croyances serait intolérable. Pourtant, nulle part la Constitution n’exige une neutralité de la société civile, des représentant∙e∙s associatif∙ve∙s ou syndicaux.ales au nom de la laïcité. La République est laïque et démocratique et c’est pour cela que la société civile constitue le lieu de libre confrontation publique des différentes convictions.

Si je ne peux que constater le sursaut féministe de certains quand il s’agit du port de signes religieux associés à l’islam, pour l’UNEF le féminisme n’est pas un combat à géométrie variable. Nous soutenons toutes les femmes qui luttent pour revendiquer l’égalité. Nous nous réjouissons quand le peuple irlandais choisit de légaliser l’avortement tout comme nous soutenons les femmes iraniennes qui luttent contre l’obligation de porter le voile. L’UNEF s’oppose à toutes les formes de domination patriarcale.  Imposer aux femmes de se vêtir de telle ou telle manière fait partie de ces outils de domination, que ce soit à travers les publicités sexistes, les incitations à se dévêtir ou à cacher une partie de son corps... Plusieurs outils de domination existent, le voile ne fait donc pas exception et nous pouvons légitimement débattre de son caractère sexiste et oppressant quand il est imposé aux femmes. Nous refusons la régression qui consiste à imposer aux femmes une norme vestimentaire. Ainsi je combats l’ensemble de ces stratégies de domination mais je refuse de le faire en stigmatisant certaines femmes.

Alors que certain∙e∙s mettent à mal le service public de l’enseignement supérieur, remettant en cause sa démocratisation en instaurant un tri sélectif à l’entrée de l’université, nous réaffirmons notre bataille pour garantir à chaque jeune l’accès aux études de son choix. Nous nous battons pour une université émancipatrice et démocratique permettant de développer son esprit critique, ouverte à toutes et tous, quelles que soient son origine ou ses croyances. Ainsi, nous sommes convaincu∙e∙s que notre organisation doit être à l’image de l’université que nous défendons. Chacun∙e y a sa place, chacun∙e est libre de croire ou de ne pas croire, et doit avoir les outils à disposition pour progresser et prendre des responsabilités. L’UNEF est une organisation laïque et féministe. Ainsi, nous refusons de mettre en place des plafonds de verre pour certain∙e∙s et c’est pour cela que nous sommes farouchement engagé∙e∙s contre l’ensemble des discriminations en interne de notre organisation comme en externe. L’UNEF est plus que jamais la maison commune de tou∙te∙s les étudiant∙e∙s.

 

 

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