Aléria 2 et 3 février 19 : la ruralité corse et son message universel.

Aléria 2-3 février 19 : Ruralité entre production et protection. La Confrérie Santissimu Crucifissiu, l’assoc. San Marcellu, le Festival de la Ruralité proposent des célébrations dédiées à l’ancrage territorial.

 

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L’évènement « Marcellu in Oriente : U locu he Identita le rural entre production et protection » s’inscrit radicalement hors de la saison touristique et traduit parfaitement les ambitions et les attentes des acteurs de terrain et des militants engagés dans le sauvetage du patrimoine culturel, historique, agricole (St-Marcel est le patron des semenciers grainetiers). Les conférences du samedi sont éloquentes, on parlera architecture et société rurale : « De la maison individuelle à la maison commune », de « Emprise et déprise une société en son territoire » et de la « Via Sancti Martini projet du XXIème siècle pour la Corse ». Quel est le message universel de la ruralité corse ? Question stupéfiante pour les non-résidents insulaires… qui traduit pourtant ici dans l'île, une solide conscientisation des enjeux et atouts d’une ruralité heureuse, viable en regard du risque global climat-alimentation-eau incluant les migrations, les déshumanisations, la confiscation des ressources terrestres. 

Que signifie la survie et la relance du rural en Corse ( et ailleurs dans le monde )?

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Pour comprendre cette notion fondamentale, il faut la vivre in situ à Aleria ce week end. Dès le samedi sur le parvis de l’église d’Aléria, Christian Andreani ( Président du réseau européen Via Sancti Martini) et les musiciens  du « Culletivitu di musicanti »  proposent un concert basé sur les répertoires et
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les instruments anciens de Méditerranée. Certains existaient déjà au néolithique ( « la pisana » en corne de chèvre) ou la « pirula » flûte en roseau connue dans l’Egypte ancienne. On entendra aussi le violon traditionnel,  l’accordéon diatonique, la mandoline, la guitare, la cetera, la sistra corse a cordes, la cialamalella (clarinette pastorale) et la guimbarde. Les Balli et Quadriliu seront  présents,  les danseurs « I Ballerini di a Penta », « A Ceppa » le tout  Piazza a u Forte à Aléria. 
Cristianu Andreani : « Relier des villages désertifiés,  entretenir les liens humains et la cohésion sociale afin de résoudre la fracture ? C’est un modèle culturel et pas du prosélytisme religieux, on continue à rendre au territoire ce qu’il nous a donné !
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Depuis des siècles le patrimoine au sens latin du terme, signifie la notion de transmission de bien commun, d’héritage. Cela se caractérise par le bâti référent et des trésors matrimoniaux, qui qualifient et qui font la Corse: églises romanes et baroques, la peinture et la statuaire, les sites fortifiés,  qui sont des marqueurs d’une culture forgée au cours des siècles. Si on n’entretient pas la mémoire du territoire on abouti à un processus schizophrénique! »

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Un évènement rural à Aléria en phase avec la mission du réseau européen Via Sancti Martini ? « oui dans le Poitou la semaine dernière, j’ai traversé des villages fantômes ! Or j’affirme d’un peuple doit vivre et entretenir ses référents culturels, ils aident à vivre, ce sont des sources d’inspirations pour le développement . » La Confrérie Santissimu Crucifissiu, San Marcellu développe sa présence sur la micro région Vallée de la Bravona (Aleria, Talonne, Zalana, Zulani, Pianellu etc…). Elle fait partie du mouvement dit de la « résurrection des Confréries » explique Eva Mattei pour Paroles de Corse : « Apparues à la fin du Moyen Âge, supprimées sous la Révolution, ré-autorisées sous l’Empire, les confréries de Corse, incarnations de l’esprit de saint François d’Assise ayant pour idéal l’imitation du Christ, se multiplient. Elles s’ouvrent, s’assignent d’autres missions. Une renaissance propre à la Corse:
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33 confréries se sont créées ou recréées en Corse entre 2000 et 2009, le rythme actuel est de deux nouvelles par an. Avec celles plus récentes de la Plaine orientale, de l’Alta Rocca et de Biguglia, on a  dépassé les 70 confréries selon Cécile Liberatore-Ruggieri,  guide -conférencière missionnée par le Musée de la Corse pour un état des lieux des confréries insulaires.
(Eva Mattei-Paroles de Corse)».

Ces Confréries laïques ou religieuses composées d’hommes mais aussi de femmes se retrouvent dans des salles de mairie ou de presbytères elles « animent les temps forts du calendrier religieux, dont l’incontournable Semaine sainte, ainsi que les fêtes patronales (…). » La Confrérie San Marcellu est une communauté rattachée à une logique de territoire elle est « dépositaire d’une mémoire collective ». Pourquoi fêter un saint catholique autour des notions de ruralité et de survie des territoires ?

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Jean-Charles Adami co-organisateur avec les associations et les bénévoles , de l’évènement San Marcellu à Aléria : « l’engagement confraternel et religieux n’empêche pas de developper des synergies avec d’autres personnes qui n’ont pas les mêmes options religieuses et philosophique que nous." 

La vie et la mission des Confrèries comme celle de Santissimu Crucifissiu? J.-C. Adami : "L’idée ici n’est pas de convertir mais de rapprocher. En France la question religieuse est évoquée souvent comme un fait social dramatique. Ce n’est pas le cas ici. La ruralité ce n’est pas seulement vivre à la campagne, c’est aussi un fait culturel et pas une donnée uniquement topographique topographique. Le monde évolue et en Corse aussi il se péri-urbanise. Si notre vérité à nous, semble un peu plus archaïque, non pas dans un sens péjoratif, c’est une réalité plus ancienne qui survit parmi nous. Voici un exemple: en français on dit « je suis propriétaire ». En Corse nous disons «  so’ nant’à me ». Traduction littérale « je suis sur moi ». C’est intéressant en regard de la réalité du monde et des questions environnementales . Si la planète ne parvient pas à subvenir aux besoins alimentaires des humains, elle est menacée c’est une évidence ! Donc il faudra y répondre positivement et donc humainement . Ceci implique une culture de vie indispensable, la ruralité aboutit à des réponse positives et satisfaisantes. L’homme et la Terre sont consubstantiels. Donc l’archaïsme qui est le notre, nous donne tout cela en héritage, et le crois profondément, on est dans une démarche ultra moderne ». 

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Le dimanche 3 février sont prévus la procession  avec les cavaliers et a Cunfraternita di a Serra, une bénédiction des cavaliers et des semences, des animations dédiés avec U Cursinu, Sumeru corsu, Cavallu corsu. Après les Vèpres chantées de samedi, sont prévues dimanche la messe et bénédictions des semences, des chevaux et des cavaliers et à 17h le salut au St Sacrement à l'église San Marcellu.

 

LV

 

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