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Billet de blog 1 déc. 2021

Israël: tournée diplomatique en Corse.

Un ambassadeur d’Israël en visite officielle à la Collectivité de Corse ? Une première historique de la "start up nation" pour tisser des liens de coopération, imaginer des partenariats sur l’agriculture et le tourisme.

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  "Faire fleurir le désert" : la stratégie utopique de David Ben Gourion a triomphé et assuré, d’abord la survie alimentaire et politique, puis la fondation et la pérénnité du jeune Etat d’Israël crée en 1949. Visionnaire et pragmatique, le premier président d’Israël avait écrit en 1956 : « si l’Etat ne met pas fin au désert, c’est le désert qui mettra fin à l’Etat ».

Aujourd’hui, sur ces sols arides, on cultive et avec une productivité phénoménale, des melons, des tomates-cerises, des fraises , des grenadiers et des bananiers quasiment tous les végétaux de la Création. Ici poussent aussi des start up qui diffusent des solutions AgriTech dans le contexte des futurs dérèglements climatiques majeurs. Israël laboratoire du monde ? Alors, quand un ambassadeur israélien honore la Corse de sa visite ( 24 et 25 nov. 21) et participe à un colloque Corse-Israël, c’est un évènement symbolique plein de promesses pour l’île-montagne. Une première historique pour la « start up nation »

et son agriculture high tech, venue, selon Daniel Halevy-Goetschel Conseiller politique et économique « pour tisser des liens de coopération et imaginer des partenariats sur l’agriculture et sur le tourisme, secteurs à fort potentiel pour les deux pays. ».

Après les accueils à Ajaccio « chaleureux » de la présidente Marie-Antoinette Maupertuis (Assemblée de Corse) et de Gilles Simeoni Président du Conseil Exécutif de Corse : l’ambassadeur a rencontré les maires Laurent Marcangeli à Ajaccio et  Pierre Savelli à Bastia. Puis au coeur de l'événement : la délégation israélienne a participé à un exceptionnel colloque Corse-Israël, en visioconférence et présentiel, animé par José Colombani Président de la Chambre d’Agriculture 2B  (Vescovato en Casinca).

La dynamique de ces journées ? Très heureux de ces premiers contacts, J. Colombani note: « il y a la dimension symbolique d’un pays comme la Corse qui rencontre un pays souverain comme Israël, pour nous c’est une fierté, c’est très positif ! Le choix d’Israël, de rencontrer des professionnels de l’agriculture insulaire, c’est pour nous, une reconnaissance ! Notre île est une terre agricole et pas seulement une villégiature. Les Israéliens sont pionniers dans l’innovation, ces contacts signifient un démarrage, on va explorer leurs besoins, leurs attentes. Et exprimer les nôtres et voir comment ça peut matcher et déboucher sur du concret. »

Et pourquoi pas, la perspective d’assurer enfin la souveraineté alimentaire de la Corse, qui a donné, pour la troisième fois consécutive,
une majorité électorale écrasante aux équipes de Pe a Corsica parti autonomiste du Pd de l’Exécutif de Corse Gilles Simeoni.


Cet accueil généreux des élus de Corse a révélé un sentiment « de fierté et d’honneur » ressentis par les interlocuteurs insulaires de Daniel Halevy-Goetschel . Toute l'opération a été initié par Terra Eretz Corsica Israël (présidée par Fréderic-Joseph Bianchi) et organisée avec l'ambassade d'Israël. Objectifs de cette diplomatie dans l’île-montagne ? Créer des partenariats entre entreprises et exploitations des deux pays. 

Le secteur agricole en Israël se développe sur un objectif prioritaire : une agriculture prospère, pour nourrir sa population et se projeter dans le futur avec des technologies de précision, de robotisation, de veille,

de fertilisation, de micro-irrigation,

d’imagerie satellite, de recherches en génétique, et ce via des centaines de start-up qui positionnent Israël à l’avant garde mondiale du secteur de l’AgriTech.

Blé, sorgho, maïs, coton et de forts tonnages d’agrumes, fruits et légumes (avocat, kiwi, goyave, mangue, datte, pomme, poire, cerise, auxquelles s’ajoutent fleurs,concombres, poivrons, courgettes, prunes, nectarines, figues de Barbarie, kakis, nèfles, raisins. Dans le contexte concurrentiel des avancées liées à l’intelligence artificielle, le secteur agricole israélien attire des investissements internationaux dynamiques en regard des risques et enjeux climatiques de la planète.

Côté Corse? De l’eau (parfois) en abondance (mais des réseaux vétustes), des savoirs-faire millénaires, des exploitations géantes en plaine orientale pour les fruits et les agrumes, des productions de niche à forte valeur ajoutée gustative et identitaire, des filière d’excellence ( viticulture, élevages, plantes aromatiques et médicinales), une cinquantaine d’appellations prestigieuses reconnues, exportées partout en Europe,

et qui hissent la Corse en leader européen pour ses Aoc , Aop, Igp, labels et HVE (haute valeur environnementale) pour les fruits , les agrumes, la viticulture, la noisette, la farine de châtaigne, le miel, les vins, la bière, la charcuterie, l’huile d’olive, le fromage...

La comparaison entre ces deux territoires agricoles est complexe et paradoxale, alors les échanges futurs pourraient s’avérer surprenant.

Ainsi, dans le domaine littoral et marin: l’ingénièrie écologique corse se distingue internationalement avec la plate forme scientifique Stella Mare (Sustainable TEchnologies for LittoraL Aquaculture and MArine REsearch-CNRS- l’Università di Corsica), une communication magistralement présentée à Vescovato par l’ingénieur d’Etudes Stella Mare Jean-José Filippi. Ces deux territoires agricoles peuvent-ils dialoguer, échanger des technologies dont le minimum seraient de sauver un monde confronté à un dérèglement climatique majeur ? Lors du colloque Corse-Israël animé par Marie-Hélène Beretti (Directrice de la Chambre Agri2B) : le public insulaire a approché la puissance d’innovation et l’exploit quotidien de l’AgriTech, qui avec le cyber-défense font d’Israël une seconde Silicon Valley. Alors, photos, graphiques, diagrammes, keynote, vidéos on en a eu plein les yeux.

Le stress hydrique mondial dès 2025 et les solutions israéliennes. Depuis son bureau en Israël, on a entendu et vu, Itzhak Ben-David consultant multicarte auprès du Ministère de l’agriculture, de la Fondation France-Israël, et du Mashav. Il a évoqué le coeur de métier de sa multinationale Hazera Seeds-Limagrain. A savoir la prospective en lien constant avec les producteurs: « notre philosophie ? Cultiver le progrès, la recherche combinant la science moderne avec les méthodes de sélection traditionnelles des semences. ». Au centre névralgique des préoccupations sur tous les continents: la gestion de l’eau en pénurie, car 65% des terres de la planète seront en stress hydrique et précarité totale dès 2025. Un constat alarmant face auquel Israël a déjà anticipé, testant puis commercialisant des systèmes partout dans le monde, confirmant ainsi son statut de pays visionnaire « laboratoire du monde ».

En Israël , de nombreuses entreprises travaillent sur la gestion intégrée et durable des ressources en eau. A Vescovato, en visio depuis le Volcani Institute (Tel-Aviv): l’immense savant Schmuel Assouline ( Institute of Soil, Water and Environmental Sciences, Agricultural Research Organization A.R.O., Hebrew University of Jerusalem.) a précisé les problèmatiques de l’eau en Israël ( fraîche ou industrielle c’est à dire provenant du recyclage ou de la dessalinisation). L’A.R.O., campus, banque génétique, centre et et stations de recherche, comprend six instituts: sciences végétales, animales, protection des plantes, sciences du sol, de l'eau et de l'environnement, du génie agricole, post-récolte et alimentation. Focalisant en particulier sur l'agriculture des zones arides, Israël atteint la productivité agricole la plus élevée au monde et entretient des liens avec ses homologues en Europe via des fonds binationaux. Ces technologies sont exportées dans les pays frappés par des risques climatiques en accélération constante.  L’agriTech en Israël une communauté de professionnels en réseau « Your Gateway to the israeli agritech Community. » Danar Kedar directrice de GrowingIL, a évoqué la communauté mondiale et les réseaux de « l’éco-système »

AgriTech : « GrowingIL remodele l'agriculture israélienne, répond aux besoins alimentaires mondiaux émergents grâce à la mise en œuvre de technologies révolutionnaires. Les partenaires ? Les entrepreneurs, les académies, les gouvernements, l’agro-industrie… pour créer des évènements et des outils d'innovation ouverte ».

Autre moment spectaculaire : « l’agriculture de précision en Israël » via la communication Erez Fait Pdg et fondateur de Agrinoze Ltd . Image hyperspectrale des champs de coton ou satellite remote sensing , monitoring et analysing. Vous avez toujours voulu savoir comment on augmente de 300% le rendement des bananeraies dans le Neguev? Comment on cultive du riz…quasiment sans eau? Ou comment gérer à distance les troupeaux de bovins (baptisés «live stock »)? Petite parenthèse certaines chèvres en Corse, de race rustique locale et multimillénaires …sont déjà dotées de Gps. Toutefois, côté israélien, ces technologies futuristes sont appliquées à l’ensemble du secteur agricole.

Est-il possible de booster les productions insulaires en adoptant ces innovations? Les images satellite et « hyperspectrale » associées à une gestion informatisée de l’eau agricole en Corse, pourraient-elles libérer les exploitants insulaires d’un souci permanent, et relancer leurs chiffres d’affaires et leurs surfaces cultivées ? Les avancées en génétique marine et en aquaculture de Stella Mare vont-elles générer des partenariats avec l’industrie de la pêche en Israël ? Côté Israël, peut-on imaginer à Jerusalem ou Tel-Aviv, un évènement professionnel, public et gastronomique autour des produits de Corse (puisque le Salon du Chocolat de Bastia le 2 eme en France après Paris, a prévu de s’exporter aussi à Shanghaï ?  Et côté île-montagne, que dire d’inviter les Israéliens, scientifiques et producteurs et viticulteurs, à parcourir La Strada de i Sensi-La Route des Sens authentiques ? C’est à dire apprécier les produits corses dans leur paysage et leur bain nourricier : les surfaces dédiées à l’élevage, les bergers et leurs filières caprines, ovines, bovines. Et les villages de montagne et tout le patrimoine historique et monumental de la ruralité corse?

LV

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