Corse. Cadrage institutionnel et chemin vers une solution politique globale.

2 mars 2017: le Pd de la République en Corse. La puissance du cadrage institutionnel et politique des élus insulaires, leur vision de la géopolitique en Méditerranée et le chemin jusqu’à une solution politique globale entre Corse et Etat français. L'île est désormais la seule région disposant de la clause de compétence générale…

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De l’Assemblée de Corse à Ajaccio à la cérémonie d’inhumation des cendres de Michel Rocard à Monticellu, jusqu’aux constats in situ d’un réseau routier fragilisé à cause des intempéries en Haute-Corse (Patrimoniu et Furiani) : le Président de la République a annoncé des aides supplémentaires de la solidarité nationale, dédiées aux catastrophes climatiques. Au terme de cette journée marathon en hélicoptère,
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 on reste surpris par la puissance du cadrage institutionnel et politique des élus insulaires, incluant leur vision de la géopolitique en Méditerranée et incluant aussi le chemin à parcourir jusqu’à la négociation d’une solution politique globale entre la Corse et l’Etat français.
Une journée et des discours à sélectionner comme des cas d’école pour les étudiants de l’Ena, censés être appelés à gouverner. 

Le coeur du récit national corse. « Nous n’entendons pas être pardonnés d’avoir fait ce que nous avons fait de mieux, à savoir refuser l’injustice. » : citant André Malraux, le Président de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, a prononcé un discours historique face à François Hollande, accompagné dans l’hémicycle d’Ajaccio de 3 ministres ( Mme Najat Vallaud Belkacem,  Mme Annick Girardin, M Jean Michel Baylet). Puis le leader de Corsica Libera a enchaîné sur le récit national corse et la destinée « d’un petit peuple face à des forces disproportionnées qui tendaient à le faire disparaître ». Des mots qui, en touchant l’âme des Corses et celle des démocrates du monde, sont en phase avec l’histoire des gouvernements socialistes successifs et leurs très nombreuses avancées cruciales consenties à l’île (Statut Joxe, Statut Particulier de 2002, Collectivité unique de 2018). Un hommage appuyé et ému à Michel Rocard, l’ancien premier ministre décentralisateur et anticolonialiste ( 1988-1991), dont on célèbre aujourd’hui même en Balagne, la cérémonie des cendres dans le cimetière de Monticellu, face à la Méditerranée. 

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Dans le droit fil d’une décentralisation véritable, en opposition aux réflexes pavloviens du jacobinisme parisien,
 Jean-Guy Talamoni poursuit :« le testament politique de Michel Rocard existe, il est très clair. Sur les sujets importants Michel Rocard a parlé, écrit, agi. Dans sa Lettre aux générations futures de 2015, il pourfend la théorie du monétarisme dans sa course effrénée au profit. Michel Rocard rappelle l’ancienneté et la permanence de son engagement anticolonialiste. ». En effet en 1988 devant l’Assemblée Nationale ce premier ministre iconoclaste avait osé déclarer : « (...) une oppression particulière a gravement affaibli l’économie corse.
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Lorsque l’Histoire a un tel visage, il faut soit beaucoup d’inconscience, soit beaucoup d’indécence, pour dire seulement aux Corses : Soyez calmes et respectez les lois de la République. Vous bénéficierez alors de leur générosité ».
Il ajoute M. Rocard avait voulu «  que le peuple corse soit reconnu, le Parlement français l’avait suivi - vous aviez, Mr le Président de la République, voté cette reconnaissance en tant que député – et c’est le Conseil constitutionnel, organe dépourvu de légitimité démocratique qui en a décidé autrement. »  Simu felici d’accoglie vi qui, ind’è iss’Assemblea, ind ‘è a nostra casa cumuna, chì hè quella di u populu corsu. La longue histoire de la colonisation française en Corse aboutit aujourd’hui à la revendication politique d’un statut d’autonomie interne. C’est tout le sens de l’allocution de Gilles Simeoni qui accueille le Président Hollande dans cet, hémicycle à Ajaccio, qui est dit-il « le coeur battant de la démocratie insulaire ». 

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En effet, le Président du Conseil Exécutif de Corse a tâclé exactement là où les phrases politiques sont parfois vides de sens ou pleines de vide… selon que les actes politiques qui les suivent (ou pas?). Analysant mot à mot un discours-programme de François Mitterrand prononcé à Ajaccio le 13 juin 1983 : « la Corse doit être elle-même, et dans une démocratie, quel est le meilleur moyen de s’affirmer soi-même sinon un peuple, des élections, des élus, des compétences, des pouvoirs ?», Gilles Simeoni souligne : « ces paroles avaient, à l’époque, la force de l’évidence. Les sujets qui nous préoccupent aujourd’hui étaient évoqués, en des termes qui restent d’une troublante actualité. L’identité, la culture, et la langue, identifiées dans le discours présidentiel comme les marqueurs de « ce qui fait la continuité des générations, ce qui lie l’homme et sa terre, ce qui fait qu’il y a la Corse, puisqu’il y a les Corses ». La mise en oeuvre d’une négociation vers une solution politique globale pour la Corse ? Elle n’est pas encore d’actualité à Paris mais elle progresse en Corse. Alors, le Président Gilles Simeoni a témoigné de la méthode et du travail titanesque accomplit par les fonctionnaires et les élus du Conseil Exécutif depuis 15 mois : « nous avons mené un travail important de remise en ordre : fonctionnement et organisation de l’administration territoriale, retour à l’équité et à la transparence, redressement budgétaire et financier (…). Parallèlement à ces chantiers essentiels, nous avons mené un travail de fond sur des dossiers structurants : collectivité unique, fiscalité du patrimoine, transports, formation et éducation, langue corse, schéma de développement de la montagne, économie, agriculture, tourisme, environnement, énergie (…). Ce travail a conduit à des avancées significatives, y compris en termes d’évolutions législatives : loi sur la collectivité unique, loi sur la fiscalité du patrimoine, inscription dans la loi du concept d’île-montagne, amendements au projet de loi de finances : diminution de la contribution de la Corse au redressement général des finances publiques, déspécialisation partielle de la dotation de continuité territoriale. » Parenthèse : on est situé dans cet exposé, à des années-lumières du travail législatif moyen accomplit par les députés continentaux surtout s’il s’appelle François Fillon…
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La logique d'apaisement et d'écoute réciproque. La logique d’apaisement et l’exemplarité de l’île sont ici au coeur du processus politique actuel conduit par Gilles Siméoni : « la recherche permanente de ce point d’équilibre sous-tend la logique d’écoute réciproque, de respect, d’estime mutuels autour de laquelle s’organise désormais la vie publique de l’île. Je rends hommage aux élus de notre Assemblée pour la qualité du dialogue que nous conduisons en permanence. Cette logique d’apaisement est un bien précieux. Car comment, passer sous silence un autre fait politique majeur, qui a contribué de façon décisive à l’émergence de la nouvelle donne politique corse : la décision du FLNC de mette un terme définitif à son action clandestine. »  Outre les avancées acquises en 2016 dont la qualité d’île-montagne, un statut d’autonomie interne supposerait une solution politique globale: « le contexte est à l’évidence historique ajoute G. Simeoni. Jamais la situation n’est apparue aussi favorable à la formalisation et à la mise en oeuvre d‘une solution politique globale, permettant de tourner définitivement la page d’un demi-siècle de conflit pour la période contemporaine. La redéfinition des rapports entre la Corse et l’Etat fait également sens dans le contexte d’une Europe qui doit réinventer son identité politique, condition sine qua non de sa force et de sa cohésion, et dans celui d’une situation internationale marquée par la montée des risques et des périls, où la France et l’Europe ont besoin d’une Méditerranée innovante, développée, et solidaire. »  Chaque paragraphe des discours des deux présidents corses pourraient donner matière à la publication de cours complets de science politique à l’échelle européenne. G. Simeoni a aussi mentionné les risques de crispation et de radicalisation : « en l’absence de toute avancée sur la question extrêmement sensible aux plans politique et humain des prisonniers politiques. Elle pourrait faire l’objet d’avancées significatives par simple application du droit. « Summum jus, summa injuria. » 

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Une solution politique globale s’appuierait sur l’existence du peuple corse (d’adoption ou d’origine), sur un statut d’autonomie avec le pouvoir législatif, l’inscription de la Corse dans la Constitution, le statut de résident, la co-officialité linguistique, un statut fiscal et social de la Corse etc… L'île, désormais la seule région disposant de la clause de compétence générale. A Ajaccio, le Président de la République, s’est félicité de la mise en place de la Collectivité unique de Corse au 1er janvier 2018 : « le débat public a supplanté les actes de violences. Le contexte a profondément changé en Corse ». Il a précisé: « ce serait la seule collectivité de niveau régional à conserver la clause de compétence générale. Avec ce nouveau statut, la Corse disposera d'une représentation institutionnelle forte unifiée avec des pouvoirs largement supérieurs aux autres régions, puisque reprenant également les compétences des deux départements ». D’autres attentes perdurent : le principe d’une révision constitutionnelle qui officialiserait l’île de Corse en tant qu’entité politique distincte mais reliée à la communauté nationale française. Toutefois la révision de l’Article 72, nécessiterait une majorité des 2/3 au Congrès. Les observateurs ont remarqué que si  le Président Hollande a cité trois fois « le peuple corse »,  il n’a jamais évoqué une prochaine la
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« co-officialité de la langue corse avec le français ou d'instauration d'un statut de résident pour maîtriser la spéculation foncière et immobilière. ». Non plus que « le rapprochement des détenus corses rappelant que l’Etat ne devait pas intervenir dans les procédures. Dans le respect de la séparation des pouvoirs, dès que c’est possible les détenus originaires de corse peuvent être transférés en Corse, à partir d'une appréciation au cas par cas et décidé par la justice ». François Hollande a largement salué les réalisations de son quinquennat dont la création du Parc naturel marin du Cap Corse (2016), les Conventions d’appui financier aux 8 territoires à énergie positive, tout en annonçant des aides exceptionnelles aux collectivités locales suite aux inondations de novembre 2016.

 

 

LV

 

« Et s’il vous fallait un dernier argument qui ne soit tiré ni de l’histoire, ni

du droit, ni de l’exigence d’équité, de justice et de dignité, acceptez de voir

dans les hasards du calendrier un signe du destin.

C’est le 2 mars 1982 qu’était votée la loi sur le statut particulier de la

Corse, première promesse faite au peuple corse qu’il pourrait être lui-même.

35 ans après cette date, le 2 mars 2017, après une longue route de conflits,

de drames, de prisons, de deuils, de sacrifices, de combats, – tamanta strada –

faites que cette promesse trouve enfin à s’accomplir. »

Gilles SIMEONI,

Président du Conseil Exécutif de Corse

 

 

 

 

 

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