E. Macron à Versailles: la Corse dans le non-dit présidentiel sur « les territoires »

«Territoires », « centralisme jacobin »: E. Macron a évoqué la décentralisation et l’Outre-mer ... sans jamais citer la Corse. L' île-montagne, pourtant seule Région différenciée exerçant la clause de compétence générale, évolue dans le non-dit présidentiel. A Versailles : lecture nuancée de Jean-Felix Acquaviva, député autonomiste insulaire, qui prépare un groupe parlementaire régionaliste.

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La Corse,  île-montagne, seule Région française différenciée, dotée de la clause de compétence générale et d’une Collectivité unique, évolue dans le non-dit présidentiel. Jean-Felix Acquaviva député autonomiste insulaire de la Haute-Corse a assisté au discours du Congrès de Versailles, il s’exprime sur la situation hors catégorie de l’île et sur le projet de création d’un groupe parlementaire régionaliste. Lors de son splendide discours philosophique de politique générale, le Président Emmanuel Macron a évoqué « les territoires » allant même jusqu’à stigmatiser à la tribune le « centralisme jacobin qui s’apparente à la peur de perdre une part de pouvoir ». Inouï ! C’est du jamais vu. On peut en déduire que la décentralisation ou les « services déconcentrés de l’Etat » restent les priorités d’un président du « En même temps ». Néanmoins, entre un Etat technocratique et des Régions créatives pour leur survie: il est tenu de réaliser une quadrature du cercle et sans doute son projet politique sera dévoilé lors de la prochaine Conférence des Territoires. Simplement pour avancer, il faudrait accepter de transférer vers les Régions, une minuscule petite part locale du sacro-saint pouvoir législatif et fiscal détenu par Paris. Cette bataille, les élu-es insulaires nationalistes et autonomistes, tétus et opiniâtres, l'ont menée depuis 4 décenies. Ils ont justement été mandatés pour réussir  (enfin) la relance économique insulaire.
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Dans la salle des Quatre colonnes et dans les couloirs du Congrès de Versailles, J.-F. Acquaviva a noué des contacts informels et des échanges prometteurs. Notamment avec les jeunes et nouveaux députés LREM et avec des élu-es enracinés alsaciens et bretons de toutes sensibilités politiques : « on se retrouve sur les thèmes de la langue, de la diversité des territoires, du futur des institutions. Ils ont une excellente approche de la Corse, pas de défiance et nous avons bon espoir de créer de bonnes relations de travail avec eux. »
Concernant les territoires J.-F. Acquaviva note la mise en concurrence par le Président Macron d’un « pacte girondin » face au « jacobinisme centralisateur ». S’agit-il d’un véritable programme ou d’une incantation suivie en général de reculades de la part d’un Etat qui n’a jamais renoncé à la technocratie à la française ?
Le député de la Haute-Corse constate l’affichage d’un pacte girondin et une possible décentralisation des pouvoirs vers l’échelon local assortie, il insiste, d’un « droit à l’expérimentation » capable de tout bloquer… J.-F. Acquaviva : « pour la Corse, des pouvoirs déconcentrés de l’Etat ont été mis en route par Raffarin en 2002 et 2003 assortis d’un droit à l’expérimentation. Il faut comprendre que les pouvoirs déconcentrés des services de l’Etat sont différents de la décentralisation des pouvoirs politiques vers l’échelon local. Ainsi en Corse, depuis le Statut de 2002, on a assisté à un effet entonnoir. Nos quarante propositions d’adaptations locales sur la fiscalité notamment, avancées par les élus insulaires de la CTC, sont toutes passées par le filtre du gouvernement. Résultat ? 95% ont été suivies de non-réponses et 5% d’un refus ! Donc une certaine volonté de déconcentration existe déjà, mais le centralisme technocratique n’applique pas l’esprit de la loi. ». 
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Elu nationaliste en décembre 2015 le Conseiller Exécutif de Corse,  J.-F. Acquaviva, a accomplit un travail de titan notamment sur les droits de la Corse maintenant dotée d’un statut d’île-montagne et d’un Comité Massif opérationnel (qu’il a quasiment réssuscité après 30 ans de sommeil ! ). En quelques mois, ce Président de l’Office des Transports de Corse de 42 ans a mis en place des coopérations en Méditerranée sur les transports et crée une SEM dédiée à la compagnie régionale maritime. Certains élus de Corse sont-ils dotés d’une « conscience politique augmentée »? On peut tenter l’expression. L’île avec son Monte Cintu à 2700 m, ses 1000 km de côtes, ses 50 AOP et IGP, ses concepts innovants, son foncier en voie de restructuration est la seule région française dotée de la clause de compétences générale.
Les élus-es de la majorité territoriale ( coachée et présidée par Gilles Simeoni), explorent, dépoussièrent, traitent et réorganisent des dossiers complexes et ultra-délicats tous domaines, des déchets à la ressource hydraulique, de l'environnement à la transition énergétique jusqu’à la politique linguistique et culturelle. Sans oublier la diplomatie en Méditerranée et les accords de coopérations attenants. Les objectifs politiques des trois parlementaires autonomistes ? Le député de la Haute-Corse précise : « Il faut franchir un cap, obtenir un pouvoir décisionnel direct, c’est la différence entre autonomie et décentralisation à la française. Pourquoi pas des lois et des rêglementations adaptées aux territoires avec une extension des pouvoirs législatifs directs? »
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Le Pd E. Macron a évoqué la possibilité « d’adapter les politiques aux realités locales » . J.-F. Acquaviva : « c’est mieux qu’il le dise mais on a déjà entendu cela chez J.-P. Raffarin et N. Sarkozy. En restant positif, rien ne dit qu’on ne puisse pas accoucher d’une clarification au niveau des pouvoirs politiques et économiques conférés à la Corse et à d’autres territoires, avec notamment une autonomie fiscale. Le Président Macron a fait référence, c’est une forte affirmation, à l’unicité du peuple français contrebalancé par un certain girondisme. Il existe donc un espace de dialogue mais on constate que les territoires ultra marins ont été cités mais pas la Corse. »
Le Pd Macron a soufflé le chaud et le froid avec la réaffirmation de l’unicité républicaine sans avoir à aucun moment évoqué la diversité culturelle et linguistique. J.-F. Acquaviva : « le Président E. Macron veut rassembler large autour de sa personne, nous verrons le contenu de ce girondisme. Mais il ne faudrait, ni une auberge espagnole, ni que la montagne accouchât d’une souris. De notre côté, nous savons clairement ce que nous voulons. La majorité territoriale plus l’Assemblée de Corse, qui a délibéré et voté, sont en faveur d’une autonomisation. Le Président Macron dispose de toute la légitimité pour réengager un dialogue constructif avec la Corse comme pour relancer un esprit des reformes partout. Il a les coudéees franches. Nous allons oeuvrer en faveur des relations entre la Corse et Paris, pour une paix durable et la compréhension mutuelle. »
Concernant la future Conférence des Territoires annoncée à Versailles, le député de la Corse admet que la situation particulière de l’île avec sa Collectivité Unique en 2018, introduit une difficulté supplémentaire: « c’est le verre à moitié plein ou à moitié vide. E. Macron a développé sur la moralisation de la vie publique mais il est passé très vite sur les territoires. Nous attendons le disco
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urs d’Edouard Philippe demain. Il ne faudrait pas que la Corse, qui exerce déjà sa clause de compétence générale, soit tirée vers le bas. C’est une ile-montagne doté
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d’un statut particulier qui nécessite une vraie spécialisation des relations politiques. »

Jean-Felix Acquaviva, Michel Castellani, Paul-André Colombani François Puponni, Jean Lassale et des députés polynésiens, et guadeloupéens envisagent de lancer,  tous ensemble,  un groupe parlementaire régionaliste dans les prochaines semaines,  incluant aussi les problèmatiques des banlieues. Une formation qui serait le porte-parole de la diversité des territoires au-delà de la Corse.

 

 

LV

 

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