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Billet de blog 5 juin 2017

Conca d'Oru : St-Martin-de-Tours partage son manteau et revitalise une micro-région.

La Conca d'Or rejoint l'itinéraire culturel et cultuel européen de St-Martin. Un saint, une confrérie insulaire, un patrimoine religieux phénoménal, des vignerons et du vin, du tourisme durable : toute une revitalisation, un projet de vie, inspirés par San Martinu, qui au 4è siècle, traverse l'Europe pour promouvoir les valeurs du partage.

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Via Sancti Martini. Sommet du Pignu : inauguration de la borne St-Martin le 3 juin 2017. Une entrée méditerranéenne et corse sur cet itinéraire culturel qui, sur 2500 km, traverse 12 pays et célèbre la mémoire, la parole, les actes accomplis par St-Martin au 4ème siècle. " Les valeurs du partage" ont été évoquées au Pignu à 900 mètres, sur la ligne de crête de Teghime qui indique le partage des eaux, entre la mer Tyrénnienne et Bastia à l’est, et à l’ouest la Conca d’Oru et St-Florent. Gilles Simeoni président de l’Exécutif a salué  les « infatigables promoteurs » de l’itinéraire culturel européen de Saint-Martin-de-Tours. 

La borne San Martinu, inaugurée ce samedi 3 juin indique maintenant l’entrée corse de cette « bande verte citoyenne », labelisée et confirmée par le Conseil de L’Europe comme l'a annoncé Antoine Selosse directeur du projet. Cette Via Sancti Martini qui symbolise ici une synergie locale et territoriale qui revitalise toute la Conca d’Oru. L’émotion a gagné les participants, particulièrement ceux qui ont démarré, seuls et contre le doute il y a dix ans, ce rêve en forme de projet de vie et de vision d'avenir pour toute une micro-région, devenus aujourd’hui une réalité. Sont présents aux côtés de Gilles Simeoni : Cristianu Andreani, historien, concepteur, accoucheur de cette création de l’esprit, co-construite à partir de l’histoire religieuse martinienne insulaire, et des atouts naturels du territoire de la Conca d’Or, Jean-Baptiste Arena, vigneron et premier adjoint à Patrimoniu, les Confrères de San Martinu, Serge Babary maire de Tours, José Poggioli maire de Patrimoniu, Antoine Selosse directeur du projet St-Martin-de-Tours ainsi que des élu-es, dont pour Bastia, Mattea Lacave (Culture)et Philippe Peretti ( Patrimoine) et François Orlandi Pd du Conseil départemental de la Hte-Corse.

Preuve de l’amitié profonde qui lie la Corse à toute l'histoire de St-Martin-de-Tours : Gilles Simeoni avait déjà conduit une délégation insulaire en 2016 lors des commémorations des 1700 ans de la naissance du saint, suivie au Canal St-Martin à Paris d’une visite solennelle.

St-Martin,  personnalité religieuse hors du commun, qui semble être le premier fondateur de l’Europe chrétienne. Né en Hongrie dans une famille de légionnaires romains, il parcours tout le continent, fondant au passage des dizaines de lieux de culte et de mémoire qui marquent à jamais la foi et la toponymie européenne. Villes et cathédrales, abbayes, statues et peintures, sentiers et routes, chapelles et villages, communautés et confréries, monts et pierres sacrées : on ne compte plus les sites dédiés à St-Martin en Europe.  En Corse, le patrimoine martinien est phénoménal. De la pointe du Cap Corse jusqu’à l’extrême sud à Bonifacio, on compte près de 60 chapelles et églises San Martinu (Patrimoniu, Bastia, Vescovato, Evisa, Lingiozetta, Méria, Taglio Isolaccia, Erbajolo etc.) plus des vitraux, des fresques, des peintures et des statues.

San Martinu, omniprésent dans la Conca d’Oru qui dit-on, fût bénie, et peut-être baptisée, par le saint homme, qui effectua en 350, une visite ici depuis la Ligurie. Une micro-région exemplaire, maintenant la porte d’entrée d’un itinéraire européen, et aussi lieu de naissance de U Centru culturale San Martinu. Cette Conca d’Oru, creuset d’énergies et d’initiatives insulaires (dont le Festival de la Ruralité en automne), vit depuis quelques années, un développement raisonné remarquable. Devenant en 1968 AOC viticole de Corse, en 2000 Route des Vins, en 2017 Grand site de France. Avec notamment des agricultrices et des agriculteurs investis dans des opérations menées en coopérations, et liées à des exploitations viticoles en biodynamie, à de la permaculture et à des solutions pionnières pour recréer des sols cultivables en altitude dans le contexte du réchauffement climatiqueSoyez infiniment remercié de la patience, de l’abnégation, et de la détermination que vous avez montré pour que ce projet puisse s’accomplir ». Au sommet du Pignu, Gilles Simoni a fait référence à la puissance de l’Histoire : « à l’occasion de la célébration des 1700 ans de la disparition d’un saint, on a mesuré à quel point, un projet politique au sens noble du terme, ne peut exister que s’il s’enracine dans le temps long ! Cette volonté fait écho à celle qui s’exprime ici, au confluant du profane et du sacré. Le profane, la construction culturelle, économique, sociale, ne peut se réaliser qu’inscrit dans une perspective plus haute. La présence des Confrèries rappelle, combien le profane et le sacré sont, chez nous, indissociables. Ici, incontestablement il y a une dimension spirituelle forte dans le geste que nous accomplissons ensemble. Et aussi un cri de joie et de foi dans l’avenir. Pour Patrimoniu, le Nebbiu, la Conca d’Oru, Bastia, le Cap Corse : ce projet montre combien cette unité territoriale fait sens, dans sa dimension globale. Il y a l’histoire, la culture, la langue, le chant, la relation sociale, la volonté et la joie de vivre ensemble. Il y a le projet économique, il y a les vignerons, le tourisme durable. Et Bastia grand port qui a vocation à jouer ce rôle en faveur d’une Corse qui n’est pas isolée. Soyez infiniment remercié de la patience, de l’abnégation, et de la détermination que vous avez montré pour que ce projet puisse s’accomplir. » Le maire de Tours a évoqué ses liens amicaux tres forts avec la Conca d’Oru : « nous partageons ensemble sur un personnage symbolique européen, connu mondialement pour son geste fameux du partage du manteau.  En Hongrie la semaine dernière, dans le village natal de St-Martin, on a eu le sentiment de la puissance de la personnalité de celui qui nous rassemble. Nous avons crée une communauté de de pensée autour d’un tres grand personnage, au rayonnement mondial. »

" Le monde de demain ne peut exister qu’avec des cohésions, des relations apaisées entre les gens". Cristianu Andreani précise la philosophie qui guide la croissance de ce projet  : « ce projet, nous essayons de lui donner une vie en Corse, sur tout notre territoire, dans ses légendes, dans son fond historique, et il y a ici de nombreuses traces de cette présence de San Martinu. On essaie de bâtir ce projet en respectant la vie des territoires, en grandissant tout doucement. Le monde de demain ne peut exister qu’avec des cohésions, des relations apaisées entre les gens. Nous ne devons pas oublier ce qu’est notre histoire insulaire, elle est particulière. A sa façon, elle est la somme des différences qui font l’unité de ce projet qui s’appuie sur le tourisme durable et la ruralité. »

Pour Jean-Baptiste Arena vigneron militant et premier Adjoint à la Mairie de Patrimoniu il s’agit dit-il « d’une apogée de 20 ans de travail  avec la pose de cette borne de manière officielle, pour un itinéraire allant de Patrimoniu à Bastia, qui se prolongera jusqu’à Centuri sur la dorsale du CapCorse. » St-Martin présent dans 300 communes de Corse sur 360, inspire cet exceptionnel travail configuré comme un tryptique : « le volet économique, ce sont en grande partie les vignerons, le cultuel c’est la Confrèrie religieuse de San Martinu, le culturel c’est la dynamique associative Conca d’Oru et Cap Corse. Nous espérons que ce balisage va contribuer à développer toutes les saisons touristiques l’Hiver, l’Automne, le Printemps ce qui nous intéresse depuis toujours avec en toile fond, le partage citoyen au XXIème siècle, à l’heure de la mondialisation pour les échanges entre les cultures et les peuples. San Martinu a partagé son manteau et embrassé un lépreux. La Corse n’a pas le monopole du partage sur la planète mais nous contribuons à mettre en avant, malgré certaines circonstances et structures économiques et politiques héritées du passé, l’idée que l’on peut produire et partager. Cette valeur essentielle de partage existe en phase avec la liberté économique et l’émancipation. » Antoine Selosse,  directeur du projet St-Martin-de-Tours,  très heureux a annoncé la reconduite jusqu’à 2020 du label Conseil de l’Europe et rappelé le voyage Hongrie-France effectué par deux jeunes européens qui ont parcouru les 2500 km de la Via Sancti Martini à pied et à vélo. Après la bénédiction et les chants de la Confrérie San Martinu, Cristianu nous a proposé un moment de cinéma quand St-Martin a surgit de la montagne…

LV

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