Corse. Biodiversité ou villas de luxe avec vue mer? U Levante enquête...

En Corse, la biodiversité est une richesse économique collective… sauf si l’immobilier de luxe accapare la vue sur la mer, et ce, dans l’éventualité que des plans d’urbanisme redessinés le permettent. Rien n’est moins sûr.

En Corse, la biodiversité est une richesse économique collective… sauf si l’immobilier de luxe accapare la vue sur la mer, et ce, dans l’éventualité que des plans d’urbanisme redessinés le permettent. Rien n’est moins sûr. Car selon le Collectif Loi Littoral et l’association U Levante, certains projet immobiliers d’envergure, seraient en infraction avec le Schéma d’Aménagement de 1992, réactualisé par le plan d’aménagement durable ( PADDUC) discuté prochainement à l’Assemblée de Corse. Un texte qui prévoit, en priorité, la préservation des terres agricoles. Au centre des préoccupations d'une trentaine d’associations écologistes insulaires : les « ZNIEFF ». Certaines de ces Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique, Faunistique, Floristique, risquant de passer du statut « d’espace remarquable » à celui de « zone constructible ».  
L’écologie en Corse comment ça marche ? Outre les mobilisations et les poursuites judiciaires  : les militants écologistes insulaires assure une veille permanente, mènent des enquêtes de terrain et des investigations pointues sur des documents publics et des projets privés top secret, incluant les arcanes des montages financiers et les profils des investisseurs.
Ces recherches et ces convictions produisent des révélations et des publications, pour tenter de convaincre les élus (es) insulaires qui voteront prochainement la nouvelle cartographie, très attendue, du développement de l’île. Pour les protecteurs de l’environnement en Corse, cela signifie souvent aller à contre-courant des idées reçues sur le tout-tourisme et l'économie "résidentielle"; laquelle finalement prive de la Corse, les familles à faible revenus.
 Cela signifie prendre des risques et être parfois menacés. Cela signifie aussi favoriser la préservation, la performance économique à long terme plutôt que de « pharaoniques projets », certes alléchants sur le papier, mais aléatoires en regard de la croissance durable. Avis aux investisseurs pressés de recycler des fonds dont l’origine reste parfois obscure ! 
Le " lanceur d'alerte"  de l'écologie en Corse existe : c'est le site U Levante.  
« Rendre constructibles des zones riches de biodiversité, permettant à la Corse de rester un bijou de la Méditerranée, et remettre en question le statut de ZNIEFF, porterait atteinte à ces sources de richesses économiques, essentielles  à la vie de l’île »
déclare
Michele Rivasi eurodéputée EELV qui soutient le mouvement en faveur des Znieff ( Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique Floristique. ). Soit plus de 30 associations écologistes insulaires dont U Levante, réunies dans le Collectif Loi Littoral, et qui demandent à la Collectivité Territoriale de Corse de garder le statut d’inconstructibilité totale des ZNIEFF de Type 1 littorales. 
Espêces endémiques contre villas de luxe avec vue mer ? En Corse, la biodiversité comme le libre accès aux plages publiques et aux sentiers littoraux, demeure un souci politique majeur et le Conservatoire du Littoral gère et protège 20% du linéaire côtier. Mme Ségolène Royal, Ministre de l’ Ecologie, vient d’annoncer le classement de la Conca d'Oro et du vignoble de Patrimonio (Hte-Corse). La France compte 2700 sites classés soit 1,6 % du territoire. Ici en Corse, coexistent aussi les Réserves Naturelles, les Arrêtés de Biotope, les sites classés, le parc Naturel régional, les Parcs Marins, les zones Natura 2000,  les Aires marines Protégées, les Zones humides Ramsar etc… Pourtant selon le Collectif Loi Littoral (U Levante http://levante.fr ): « cette inconstructibilité  de certaines Znieff est aujourd’hui menacée par des projets immobiliers de grande ampleur. Les sites emblématiques convoités ? La Testa Ventilegne à Figari, le site Arone à Piana, le littoral de Verghja avec l’ancien pénitencier de Coti Chjavari au coeur d’un vaste projet immobilier de137 ha avec villas de 400 m2 et golf 18 trous.
Des espèces rares voire endémiques sont menacées pour permettre à certains de bénéficier de résidences secondaires de grand luxe avec vue sur mer  ! »
« Paillotes de luxe à étages » , PLUs annulés, « sentier littoral pour les égouts », permis illégal sur espace remarquable, "Arrêt de Cour d’Appel : pas de quartier résidentiel sur zone agricole ! », fumées polluantes des ferries, qualité de l’air » :  ces informations sensibles et "telex" sont à lire de toute urgence si on veut entrer dans la dynamique de la protection de mère Nature, notre seul patrimoine. Alors, intense activité militante, vérifications au millimètre, sur documents PLU et cartes communales (toutes années ! ) plus investigations financières : on apprend que sur la commune de Figari : 20 hectares changeraient de typologies et pourraient passer, soudainement et par un simple jeu d’écriture, de zones d’espaces remarquables à zones constructibles.  

Le Collectif Loi Littoral () lance une pétition. Projets sur plans, pistes déjà déboisées et autres préparatifs : U Levante offre à tous, les résultats de ses investigations via des photos, des images satellites plus en prime les détails des montages financiers et jusqu’aux profils des investisseurs. Dans l’extrême-sud de l’île, des dizaines d’hectares pourtant " inconstructibles" changeraient de catégories. Pour devenir des " complexes hôteliers avec marinas bordées de commerces, des plage avec solariums et piscines privées, des villas de luxe, des ports artificiels". Soit exactement le cauchemar des écologistes de Corse, mobilisés depuis des décennies, en faveur des accès publics aux plages et aux littoraux, et des zones à vocation agricole.
Et ce quelque soit les indéniables valeurs commerciales de ces sites mais disent-ils : « dans le cadre de l’élaboration du Plan d’Aménagement et de Développement Durable de la Corse, une poignée d’élus corses souhaitent déclasser les ZNIEFF pour rendre les terrains constructibles, et répondre aux appétits immobiliers de quelques uns… au détriment du bien commun environnemental de tous ! »  
La résidentialisation de la Corse ? Pour des gens fortunés mais pas pour M ou Mme Tout le monde .
Michèle Rivasi qui défend ce patrimoine naturel s’oppose « à ces constructions qui resteront vides 10 mois sur 12, ne génèrent aucune économie de fond et constitue des charges et des nuisances pour les corses. L’attrait de la Corse et donc le développement du tourisme résident dans la biodiversité et la sauvegarde de son patrimoine. »  
Les ZNIEFF, secteurs de grand intérêt biologique, répondent à la définition des espaces remarquables. Le 3 eme volet du PADDUC et notamment sa cartographie précise des zonages seront discutés et votés en septembre par l’Assemblée de Corse. Le Collectif Loi Littoral  ajoute : « La Collectivité Territoriale doit impérativement réaliser un Padduc dans l’intérêt de toute la Corse et non pas sacrifier nos plus beaux et nos plus rares espaces au seul bénéfice de quelques privilégiés. Nous devons agir rapidement car le vote du Padduc est prévu cet automne. Signez cette pétition urgente maintenant — nous la remettrons à l’exécutif de la Collectivité territoriale de Corse. ». Et puis un soutien considérable et qui fait du bien ! Le Directeur de l’environnement en Corse dit OUI au maintien de l’inconstructibilité des ZNIEFF : « C’est une joie pour moi de signer la pétition de 2014 qui tend à pérenniser ce que j’ai voulu en 1990-1991 et obtenu en 1992 mais je vois bien la menace… Bon courage dans votre combat infini. ». C’est en ces termes que Eric Binet, Directeur régional de l’architecture et de l’environnement en Corse (DRAE, ex-service de l’Etat), rédacteur du SAC (schéma d’aménagement de 92), qui vaut toujours actuellement directive territoriale d’aménagement (DTA), a signé la pétition qui demande que les ZNIEFF 1 restent inconstructibles”.
U Levante  ( http://levante.fr ) précise : « De la DRAE de 1992 à la DREAL de 2014, le virage à 180 degrés de l’Etat et de son service environnement : aujourd’hui l’Etat, le Préfet et la DREAL ainsi que le président du Conseil Scientifique Régional du patrimoine naturel de la Corse (nommé par l’Etat) ne veulent pas reprendre cette protection. Officiellement les znieff ne sont que des inventaires sans conséquences. Mais alors à quoi bon ces inventaires? A payer des bureaux d’étude avec l’argent du contribuable puis à laisser construire et tuer tout le vivant qui caractérise la znieff ? Position absurde mais extrêmement efficace quand le but – non avoué mais constaté chaque jour – est de poursuivre encore et toujours la résidentialisation de la Corse. Pour des gens très fortunés précisons-le. Car qui habite, par exemple, les villas construites sur la colline de Piantarella, znieff de type 1? Surement pas Monsieur tout le monde! »

 

Liliane Vittori.

La petition :  :   http://www.avaaz.org/fr/petition/Collectivite_Territoriale_de_Corse_Sauvons_la_biodiversite_des_ZNIEFF_1_en_Corse_des_appetits_immobiliers/?txVbjbb

 

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