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Billet de blog 8 oct. 2021

La Corse en kayak : un défi sportif et personnel pour Olivier Delpech

En kayak, en solitaire, en été : tour de Corse d'Olivier Delpech à la rencontre d’une île dit-il « quasiment vierge », ses falaises monumentales, ses plages secrêtes, ses rencontres avec des Corses et de nouveaux amoureux de l’Île de Beauté.

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Un bidon étanche pour les papiers d’identité, le pass sanitaire, la checklist, le carnet de bord, le téléphone.
Plus une réserve d’eau bien arrimée et un gros sac d’amandes, plus une cagoule et un protège-nez.

Et des nuits en catimini sur les plages, plus des photos extraordinaires donnant à entendre le silence et la splendeur d’une île vierge comme hors du temps.

Et des rencontres: un renard, une tortue, un cochon sauvage, des dauphins, des étudiants, un généalogiste de Christophe Colomb et enfin au San Pellegrino : deux cousines intriguées et ultra sympathiques. « Vous résidez à l’Hôtel San Pellegrino ? Non mon kayak est là garé sur la plage, je fais le tour de Corse ! »
Voici l’histoire du raid d’Olivier Delpech de Ajaccio à Ajaccio, passant par Bonifacio, Porto-Vecchio, Le San Pellegrino (Folelli), Bastia, le Cap Corse et la Balagne. Soit 23 jours de navigation (8 au 30 juillet), à pagayer 6 heures 20 par jour, soit 602 km et 136 heures de trajet. Pourquoi ce tour de corse en solitaire? Pour le risque, l’exploit, l’effort, l’imprévu, l'estime de soi?
Olivier Delpech : « il y a tous les paramètres inconnus d’un tel voyage, qu’on apprend au fur et à mesure. Au début on est sur la défensive, méfiant à cause de tout et attentif et vigilant face à cet environnement inhabituel. Il y a la mer, les vents thermiques, et les préjugés sur les habitants et sur les codes qui régissent leur île. Il y a une période d'acclimatation à ce nouvel environnement naturel, physique, humain. Mais ensuite on lâche la pression, on prend confiance aidé par des conditions météo estivales stables et les rencontres sympathiques et agréables avec les Corses. Je n'ai croisé que des locaux accessibles, avenants et curieux. La patrouille du Parc Marin International du Cap Corse, s'est montrée extrêmement compréhensive et pleine de tolérance, concernant les bivouacs interdits sur les zones protégées. On apprend à mieux connaître les fondamentaux d'un tel voyage, les rencontres comme les conditions et aléas d’une traversée en solitaire. Le camping sauvage étant interdit sur les plages, je cachais ma tente tous les soirs.
 Les

Tour genoise Cap Corse © Olivier Delpech

Corses, et les nouveaux habitants de l’île non Corses d’origine, ont tous été très sympathiques et accueillants .

bastia © Olivier Delpech

J’ai été invité à partager des repas chez l'habitant, dans des maisons, des bateaux, au café, au restaurant."

Olivier Delpech précise : "dans ce type de voyage il faut absolument  faire confiance. Ne pas combattre les éléments mais les apprivoiser. A un moment du raid, tu as l’impression de faire corps avec tout cet environnement. Il y a les douleurs musculaires qui arrivent et puis qui disparaissent car tu sais comment les maîtriser, c'est à dire réduire d'abord les sessions pour les augmenter ensuite. J’ai eu une tendinite à l’avant-bras , imaginez tant de rotation par coup de rame, c'est à dire un quart de tour est nécessaire  pour un rendement maximum de la pagaie. Soit 55 fois par centaine de mètres sur 603 km!  Il faut composer avec la répétition gestuelle, mais le corps se répare. Sans préparation adéquate il faut modérer l'enthousiasme du début ! Il faut 10 jours au corps et aux muscles pour s'adapter. »

Olivier Delpech  (52 ans, un fils de 19 ans, une fille de 16 ans), professeur d'Education Physique et Sportive à Mirepoix (Ariège),

Il est un habitué des raids sportifs au long cours sur toute la planète, en voilier, en kayak, en vélo, à moto. Il a fait, avec son épouse Veronique, le tour de France à vélo en 92 soit 5000 km. Et le Paris-Cap Nord en 1994 en vélo.

Puis l’Amérique du Sud par la Cordillère des Andes jusqu'à 4700 m, de Lima (Perou) à Rio de Janeiro (Brésil) en vélo en 1997. Et l’Australie,  de Darwin à Adelaïde ( 1999) , ainsi que l’Amérique du Nord, de Montréal au Canada jusqu’à l’Alaska (Anchorage) en 2000. Et la traversée l’Atlantique en 2001 en voilier.

Pourquoi la Corse?


O. Delpech : " La Corse, c'était une première véritable expérience en solitaire. Je partais dans l'inconnu, c'était assez excitant et j'ai beaucoup apprécié. J'avais un petit vécu d'un tour de Mayotte en kayak et en solo, mais avec une circumnavigation en 3 jours j'étais resté sur ma faim.
Là, l'immersion a été totale. Pour contrer l'éventuelle lassitude et garder le plaisir intact, j'avais décidé de fractionner les journées en 4 tranches de 1h30 de navigation. Avec un départ matinal vers 5h,  pour profiter de l'absence de vent et de houle, ça me permettait également d'avoir du temps pour faire autre chose que du kayak. De petites randonnées et bien sûr de la plongée avec masque et tuba ont rythmé mes journées.
Au début, je faisais 15 à 20 km par jour, puis j'ai poussé jusqu'à 40 km dans la journée, quand le vent le permettait. J'ai appris à écouter mon corps et à m'acclimater à l'effort : une expérience emmagasinée lors des grands voyages précédents. Quelque soit le moyen de transport, l'approche et la gestion reste la même.
Le gros gain, c'est surtout d'avoir eu l'opportunité et la chance de me plonger dans un rythme de vie minimaliste. Au cours de ce style de périple, on se déconnecte totalement de la vraie vie pour passer du temps avec soi-même. On met de côté les petits tracas quotidiens et professionnel pour se concentrer uniquement sur l'essentiel : manger, boire et avancer. Le tour de Corse, par comparaison, j’ai beaucoup apprécié, pas trop de difficultés insurmontable, une navigation lente pour être attentif à la nature, aux gens et à moi-même.

© Olivier Delpech

Par rapport aux prévisions je suis arrivé avec un jour d’avance. Sur les grands raids, j’ai appris à m’acclimater à l’effort , une expérience bien enregistrée. Même si on a rien à prouver, c’est une strate de plus au niveau de l’estime de soi, au niveau de la réalisation de ses propres objectifs, de l'accomplissement. C’est mon premier voyage solitaire  et je pensais que j’aurais eu davantage de pensées réflexives sur moi-même mais en fait on devient surtout extrêmement attentif à l’environnement. »

© Olivier Delpech
© Olivier Delpech

Le risque maximum en kayak, c’est le vent quand on voyage seul en mer, en longeant les rivages de l’île de beauté. O. Delpech a du faire un stop d’une journée un arrêt de sécurité à cause d’un vent violent au sud de Bonifacio. Olivier Delpech : «j’ai découvert le danger des vents thermiques, ces vents de terre tres présents sur les côtes de Corse. Selon la législation et le type d’embarcation je ne devais pas m’éloigner à plus de 3,5 km d’un abri. Ces vents d'intensités variables, très présents sur les côtes corses, peuvent changer subitement de 180 degrès en milieu de journée. Sur les traversées des grandes baies, il convenait d'être vigilant. Dans le golfe de Ventilegne, j'ai affronté un vent de terre qui me repoussait vers le large. Un pêcheur s'est détourné pour savoir si je n'étais pas en difficulté.
Au sud, après Capo Pertusato dans les Bouches de Bonfacio: à cause d'un vent de terre de force 7, j'ai dû rester à 1 mètre des rochers littoraux  car je sentais qu'à tout moment, une rafale aurait pu m'éloigner des côtes et me mettre en difficulté. Plus loin, à Santa Manza, dans la traversée du golfe, je suis resté bloqué une journée sur une plage en attendant que les vents faiblissent.
Le reste du temps, sur les côtes rectilignes de la façade Est, je naviguais dans les limites de la zone de baignade, entre 100 et 300 m du rivage. Globalement, je n'ai pas eu d'autres épisodes de vents défavorables. Même au Cap Corse que j'ai passé facilement."

© Olivier Delpech

Chaque voyage est unique avec des épisodes surprenant qu’il faut gérer pour continuer. Ça passe ou ça casse.

© Olivier Delpech


« Ha oui ! J’ai eu un souci technique, mon panneau solaire c’est à dire une petite boite avec des prises a rendu l’âme trois jours après le départ ! Je n’étais plus autonome, je devais recharger tous les 3 jours dans les paillotes, les cafés, les hôtels... Cela a complètement changé le déroulement du raid. J’étais parti très léger pour avancer vite, sans charges inutiles. A cause de la panne le voyage a été surprenant. Alors, je suis redevenu social avec l’envie de rencontrer des gens. Parmi les extraordinaires moments: il y a eu Victor Geronimi à la Bravone! Tout de suite, il m’a parlé de Christophe Colomb et de son propre livre de généalogie et d’histoire. J’ai été scotché  par sa ressemblance avec le grand navigateur du XV è siècle, un moment magique ! »

Olivier Delpech un sportif qui ne s'arrête jamais: trails, treks, randonnées, balades, raids, escalades et triathlon pourtant la Corse avec ses paysages comme des rêves ou des décors de science fiction, l’a transporté au-delà du défi sportif : « j’ai été en immersion avec des panoramas magnifiques et des rencontres providentielles avec des animaux et des êtres humains.

Après Victor Geronimi j’ai rencontré deux cousines, originaires de Porri et de Silvareccio, sur leur plage favorite de l’Hôtel San Pellegrino à Folelli. Liliane et Michelle, ultra mega sympathiques, qui ont su instaurer un climat de confiance, pour mettre à l’aise les différents protagonistes d’une rencontre impromptue. Elle n’ont pas hésité à offrir à leur hôte, un repas au San Pellegrino, démontrant que l’hospitalité corse n’est pas un vain mot . Au Cap Corse, j’ai discuté avec un couple d’américains, émerveillé et tombés amoureux de l’île qui ont acheté une maison à Morsiglia. A Tollare, extrême pointe du Cap, j’ai échangé avec deux canadiens qui ont restauré une tour génoise.

A Lisula  une professeur d’anglais de l’Ariège et puis des étudiants qui m’ont hébergés une nuit sur le pont de leur bateau. pourquoi? Parce que le petit renard, véritable gardien de la plage se montrait trop intrusif .

© Olivier Delpech

Après toujours à Galeria, j’ai été approché par une grosse tortue de mer,

© Olivier Delpech

qui m’a pris pour un morceau de bois et qui se frottait contre la coque du kayak !  Ce qui m’interpelle ? J’ai croisé très peu de kayakistes quasiment pas du tout ! Je garde la sensation d’une île vierge et les Corses  font corps avec leur île, en étant lucides parfois inquiets sur le devenir de la Corse ».

LV 

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