Vincent Lanata ex Chef d'Etat-Major Armée de l'Air: de l'aéronautique à la plume...

La Corse, l’Afrique, l’Armée de l’Air, le Rafale : le général Vincent Lanata, est un aviateur et un auteur. Son parcours exceptionnel se conjugue avec l'histoire de l'aéronautique, civile et militaire.

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Le général Vincent Lanata, ancien Chef d'Etat-Major de l’Armée de l’Air, est un insulaire (Bastia et le Nebbiu), qui adore les histoires, les anecdotes, les bons mots, les destinées exceptionnelles et… sa Corse natale. Dans « Trajectoires » (Ed. Scudo Ajaccio-386 pages), Vincent Lanata, se retourne sur sa longue traversée de vie, depuis l’île et l’Afrique de son enfance (son père dans l’administration coloniale de l’ex-Empire français), jusqu’à sa carrière militaire phénoménale, puisqu’il termine au plus haut,
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c’est à dire Chef d'Etat-major de l’Armée de l’Air (CEMAA), lui qu’on surnomme aussi « le père du Rafale » ( avion de combat français).

Il est rarissime de lire un tel document où l’histoire de Vincent Lanata, pilote de chasse extrêmement compétent, se confond avec l’histoire de l’aéronautique française, civile et militaire. Des avions, de toutes espèces et de tous calibres …Vincent Lanata a d'abord observés leurs évolutions dans le ciel avant de les piloter et aussi de participer à leur conception. 

Depuis, enfant depuis la terre,  les « bombardiers lourds B25 et B17 » qui survolaient la Corse baptisée en 1943 USS Corsica par les aviateurs américains.  Ou encore le « P38 Lightning » comme celui d’Antoine de St-Exupéry qui s’abîmait en mer au décollage d’Ajaccio en 1943. Mais ce n’est pas tout, pour regagner l’Afrique avec ses parents ( le Gabon et le Brazzaville cette-année-là en 1944 ), le futur général d’aviation V. Lanata a voyagé dans toutes sortes d’aéronefs, dont un « Lockeed aux cocardes frappés de La Croix de Lorraine ». Lequel peut transporter jusqu’à 12 passagers alignés sur un banquette sommaire, sans ceinture et bien sûr sans hôtesse, sans repas à bord, sans commodités, sans pressurisation etc…V.Lanata: « l’avion n’ayant pas de roulette, la carlingue était inclinée vers l’arrière, et au décollage, il fallait s’agripper à tout ce qu’on pouvait trouver pour ne pas glisser au fond de la cabine. » Des vols dangereux ou tout le moins « sportifs » ponctués d’orages, «de  front intertropical » de « trous d’air », de tempêtes de sable, le général Lanata ne comprend toujours pas comment il a pu devenir un pilote émérite : « fallait-il que j’ai la foi chevillées au corps, ou que des empreintes indélébiles aient imprimées dans mon subconscient, pour qu’après des expériences aussi désagréable, je finisse par faire carrière dans l’aviation ! ». Autre voyage survolant Douala et Lagos le JU52 «  trimoteur allemand, au fuselage en tôle ondulée, ses moteurs crachaient de l’huile et faisaient un bruit infernal ». Soit 386 pages palpitantes à lire absolument .

Et avec tout ça, V. Lanata avec sa sincérité, son discernement son expérience, se permet de rédiger des lettres parfois cinglantes, qui sonnent comme des leçons de politique.

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Comme celle vers E. Macron, alors candidat en voyage électoral en Algérie en 2017. En voici un extrait : « les propos sur la colonisation que vous avez tenus dans un média étranger, en terre étrangère, au-delà de l’incongruité de la démarche, dénotent une méconnaissance profonde de l’Histoire (…).Que savez-vous de la colonisation?». Le général Lanata ajoute : « ces hommes et ces femmes, partis pour apporter la France à ces contrées lointaines, ont fait des pays. Ils ont fait des routes, construit des ponts, crée une administration, des hôpitaux, mis en place un état-civil. (…). Ils ont lutté et éradiqué l’anthropophagie, arrêté les luttes tribales, arrêté l’esclavage. Monsieur Macron apprenez un peu votre histoire avant de proférer des inepties. » Outre ce constat sévère (à faire lire aux racialistes et indigénistes actuels), le général Lanata sait de quoi il parle car sa propre vie se conjugue avec l’histoire de la Corse, l’histoire de l’aéronautique européenne et l’histoire de France. Sur la Place St-Nicolas, installé Aux Palmiers il raconte: « j’ai traversé, à huit ans en 1943, le Sahara en camion, depuis Gao…jusqu’à Colomb Bechar! » . C’est le chapitre 10 et cela vaut le détour car tout le livre sonne comme une extraordinaire aventure humaine. 
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Avec sa mère, il quitte Ouagadougou en avion "Goèland" « dans le bruit, la poussière, les turbulences » Après une escale à Niamey, une nuit à l’Hôtel L’Atlantide ( roman de Pierre Benoit), c’est le départ en convoi de 5 camions qui se dirigent « à la boussole et au flair ». Escale à Tessalit puis ensablements nombreux  etc… A cette époque pas de Paris-Dakar, par de GPS, pas d’Opération Barkhane et pas d’attentats djihadistes. Dans cette immensité, le général Lanata cite une escale au « Bidon 5 ». Deux militaires méharistes tiennent cette station météo, recevant leur eau par citerne (depuis 800 km) et relayant les messages radios indispensable à la guerre. Les invités sont logés dans des bidons métalliques faisant office de chambre. Dès le retour en Corse et dans Bastia libérée et bombardée (le 3 octobre 43) : l’enfant, futur aviateur se passionne pour les avions ( B25, B17, quadrimoteurs et les « P38 Lightnings l’avion chasseur de reconnaissance bi-moteur » de St-Exupéry. 

Après les péripéties africaines, 
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le futur général rentre en France et se dirige vers  l’aéronautique militaire. Il entre à l’Ecole de l’Air (comme son fils 25 ans plus tard qui lui aussi sera général Chef d'Etat-major de l'Armée de l'Air). C’est le début d’un chemin rectiligne « la vie de pilote en unité opérationnelle », " le commandement de la base d'Orange et de la région Sud-Est qui englobe la Corse», « l’Ecole de guerre », « la Défense aérienne »

Le général nous régale de nombreuses anecdotes car le métier ( et la hiérarchie à l’époque), tolérait encore les acrobaties non autorisées: « il faut être franc, quand j’étais jeune pilote, il m’est arrivé à moi aussi de faire le guignol, un dimanche de l’été 1959… » ( la suite page 142…). L’ancien chef-d’Etat major ajoute : «  l’introduction d’une rigueur draconienne, dans le respect des ordres de vol, et des consignes de sécurité, a permis de sauver nombre de machines , et de vies humaines. » Le parcours de Vincent Lanata, le conduit au grade de général Chef d'Etat-major de l’Armée de l’Air et à toutes les fonctions prestigieuses : dont le cabinet du CEMAA, les relations politico-industrielles ( V. Lanata est conseiller de RollsRoyce, de Pricewaterhouse Copers et de l’européen Advisory Board),

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c’est à dire un monde de décideurs au coeur de l’Europe de la Défense. A un moment, l’auteur se questionne lui-même «  pourquoi une telle passion? ». V. Lanata : « c'est le besoin de s’identifier à tous ces hommes qui ont participé à la conquête du ciel bien souvent au péril de leur vie. Ensuite le bonheur d’imaginer, au gré de ses pensées, les sensations procurées par des machines qui s’affranchissent de la pesanteur, qui permettent de voir le monde d’en haut, qui autorisent par leur vitesse le rapprochement des hommes (…). » 
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Vincent Lanata est engagé en politique (UMP) et il a gardé un excellent contact avec Xavier Bertrand actuellement sur la ligne de départ pour l’investiture à droite en vue de la Présidentielle.
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Le plus frappant dans ces « Trajectoires » et cet univers des hautes technologies de l’aéronautique et la politique internationale… reste la présence de la Corse, immuable. L’insularité agissant, sur l’être humain, comme une donnée à nulle autre pareille, et cela va bien au-delà du simple virus de la politique, qui a conduit les Corses à de nombreux postes ministériels. Le livre commence avec la réflexion d’un berger quand N. Armonstrong pose un pied sur la Lune, les discussions en famille, la vie insulaire rythmée par les parties de carte, les obsèques, « l’hospitalité légendaire ».

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Et ce qui révélateur de l’origine corse de l’auteur, ce sont les derniers chapitres, vrais et simples, faits de commentaires et d’instants vécus lors du confinement à Paris. Et puis écrit-il « la Corse c’est aussi la volonté de réussir ». Pour le général Vincent Lanata, cette réussite se poursuit après sa carrière dans l’Armée de l’Air, dans la vie entrepreneuriale, à travers une société de conseil lui permettant de rester en contact avec les réalités géopolitiques, industrielles et économiques du pays .

 

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« Trajectoires, ou les chemins d’une vie »:le général Vincent Lanata signe à la librairie Album de Bastia, le samedi 12 de 16 à 19h.

 

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