"Décoloniser les provinces": brûlot prédictif de M.Onfray en phase avec l’actualité.

Un Etat jacobin hypertrophié, levier d’un coma régional prolongé, d’un désastre humain pour les territoires anémiés, les villes sinistrées, les communes rurales abandonnées ? Les élus locaux incluant les exécutifs régionaux seront-ils à bref délai, privés de moyens, privés d’expérimentations, privés de liberté fiscale locale, privés de dotations et d’investissements, privés d'avenir ?

 

vanik-berberian-decoloniser-les-provinces
"Décoloniser les provinces" : le brûlot iconoclaste de M.Onfray prédisait les actuelles tempêtes de contestations des collectivités locales face à un Etat hyperpuissant et en contradiction avec les politiques de décentralisation. Cet Etat jacobin hypertrophié, re-actualisé force 10 par E. Macron, serait-il in fine, créateur d’une sorte de coma prolongé et d’un désastre humain et social pour les territoires périphériques anémiés, les villes moyennes déjà bien sinistrées, les communes rurales abandonnées?
etat-m-a-tuer
Vu depuis l’échelon local, c’est la crainte majeure des élus municipaux et départementaux, de la totalité des présidents des exécutifs régionaux, et des associations d’élus locaux. Tous et toutes estiment qu'ils seront à bref délai, privés de moyens, privés d’expérimentations, privés de liberté fiscale locale, privés de dotations et d’investissements, privés d’avenir.

On veut imposer aux collectivités locales 13 Milliards d’économies alors que leurs finances sont exsangues après avoir été ponctionnées de 10 milliards d’€ depuis 2010. Cette rebellion raccorde avec la préconisation iconoclaste de Michel Onfray selon laquelle il faut « décoloniser les provinces ». Traduction : un sursaut est-il encore possible  dans le contexte d'une loi de finances que Mediapart qualifie de "saignée" pour les collectivités locales ? 
Un rural revitalisé antidote au jacobinisme ? « Nos campagnes sont dynamiques, vivantes, solidaires et inventives. Elles sont une chance réelle pour notre pays dans une complémentarité assumée entre les territoires urbains et ruraux. Pour la saisir, il faut redonner de la considération aux territoires ruraux et les mêmes capacités d’actions qu'aux territoires urbains. Redonner espoir aux habitants et aux élus : ce combat, nous le menons malgré des années difficiles où les gouvernements successifs dévitalisent, par des mesures successives et sans fin, les communes et la ruralité de leurs compétences, de leurs moyens et services nécessaires à leur dynamisme » : cette e-nième motion des maires ruraux (AMRF présidée par Vanick Barberian), sera-t-elle enfin prise en compte dans le contexte d’une spirale infernale du jacobinisme qui semble impossible à traiter ? Comme une fatalité, une pathologie bien française qui produit comme un cancer, un Etat ultra centralisé et sa « pieuvre technocratique ». Un ensemble compact et verrouillé et calé ( trop bien peut-être ?) sur une population de 5 millions de fonctionnaires (Fonction publique d’Etat, Fonction publique territoriale, fonction publique hospitalière.).
Essentiel alors de se référer à la définition officielle du jacobinisme qui selon wikipedia « est une doctrine politique qui défend la souveraineté populaire et l'indivisibilité de la République française. Une doctrine qui tend à organiser le pouvoir de façon administrative (bureaucratie) et centralisée (centralisation) et à le faire exercer par une petite élite de techniciens (technocratie) qui étendent leur compétence à tous les échelons géographiques et à tous les domaines de la vie sociale afin de les rendre uniformes, ce qui en fait l'adversaire du régionalisme. » (*)
Du jamais vu
elus-creuse-3298667
En quelques semaines : les élus de la Creuse ont appelés à « décrocher les portraits présidentiels » (6 oct.). La totalité des maires de l’Eure ont lancé une « grêve des services publics municipaux » (5 oct.). Du jamais vu d’autant que les présidents de Régions ont aussi quitté avec fracas la Conférence Nationale des Territoires (27 oct.), une création improbable de E. Macron. Autre certitude, à moins d’un retournement complet de la situation, le « pacte girondin » promis par les communicants de E. Macron candidat, semble mort né, la « réforme » de la Taxe d’Habitation étant le coup de grâce. La preuve ? Une accumulation de décisions catastrophiques de la gouvernance E.Macron-E.Philippe : la suppression des emplois aidés si indispensable au tissu économique local, la baisse continue de la DGF (Dotation Globale de Fonctionnement), les baisses tout aussi massives annoncées depuis l’été. Soit moins 300 millions d’€ aux collectivités locales et moins 450 millions d’€ (Fonds de soutien économique). François Baroin (LR) qui présidera les 100è Congrès de l’AMF (21-23 nov.) déclare au JDD : « nous ne sommes pas dans un débat entre la droite et la gauche…mais entre l’Etat et les territoires. » et aussi : « le pays ne se résume pas à Paris et de grands trous noirs qui aspirent toute l’énergie, laissant les autres dans la misère sociale, la désespérance territoriale et l’abandon numérique ».
Ce jacobinisme excessif va-t-il mener la France à la ruine ?
unknown-2
Dans « Décoloniser les provinces », livre percutant et réaliste, publié juste avant la Présidentielle de 2017, M.Onfray revient sur le jacobinisme hérité de la monarchie et sur ses dégâts majeurs : la centralisation abusive et la technocratie omnipotente sans aucun garde-fou. Autre constat effrayant, après l’échec du référendum ordonné par de Gaulle en 1969  - Oui ou Non à la Régionalisation ? -  la France serait, écrit M Onfray :
images-2
« sortie de l’Histoire pour entrer dans l’écume des choses »
. Les grands médias dominants jusqu’ici quasiment muets, commencent à s’intéresser à cette révolte des élus locaux via des articles dans le JDD, L’Express, Médiapart, Le Point. Ils évoquent « la volonté d’hyperpuissance de l’exécutif » et « Un ouragan Irma sur les relations entre l'État et les collectivités. ». Michel Onfray dans un travelling endiablé revient sur le sombre héritage robespierriste français, qui a corseté la France dans un modèle jacobin : « nous sommes entrés dans l’ère d’un totalistarisme nouveau, souriant et brutal, aimable et assassin l’ère du néolibéralisme d’Etat, qui un comble, impose le libéralisme, qui est extension des libertés par le haut, de façon autocratrique, autrement dit par la réduction des libertés. » Et puis, autre symptôme d'une classe politique parfois aveuglement et follement ultra-jacobine on lit dans L'Express qu'il " faut 100 000 à 200 000 usagers en plus pour les transports du Grand-Paris"  ! J'ai gardé le meilleur pour la fin de ce modeste petit article. Voici qui illustre parfaitement l'impact du jacobinisme parisien sur les esprits des élu-es. En effet, pourquoi faudrait-il " priver " la région Ile-de-France de sa notoriété, de ses recettes fiscales, de ses équipements...  au dépens des Régions et des Collectivités locales ? Comment  accentuer encore la politique de développement de Paris et du Grand-Paris ? En augmentant le trafic sur les actuelles et futures lignes de métro, Rer ! Mme Valérie Pécresse Présidente LR de la Région Ile-de-France indique la marche à suivre dans L'Express : " De grandes entreprises, Safran ou Airbus, attendent « des signaux des pouvoirs publics sur l’amélioration des transports », pour développer leur implantation.  Mme Pécresse propose d’« accélérer le calendrier » et « le bouclage » de la ligne jusqu’à Nanterre (Hauts-de-Seine). Ce prolongement  permettrait de doubler  le nombre de voyageurs. Ils seraient 100 000 par jour si le métro s’arrêtait à Versailles et 200 000 si la ligne se poursuivait jusqu’à Nanterre-la Défense."

LV

Pour en savoir plus consulter les sites et les agendas de :
AMF Association des Maires de France,
AMRF Association des Maires Ruraux de France
ANEM Association des Elus de Montagne
RURALITIC Le Smart Village
ADF Assemblée des Départements de France
AdCF Association des Communautés de France
ARF Association des Régions de France

et « Décoloniser les provinces » Editions de l’Observatoire .
et
Le jacobinisme selon Wikipedia
: « Le jacobinisme est une doctrine politique qui défend la souveraineté populaire et l'indivisibilité de la République française. Il tient son nom du club des Jacobins, dont les membres s'étaient établis pendant la Révolution française dans l'ancien couvent des Jacobins à Paris.
Le mot jacobinisme désigne aujourd'hui une doctrine qui tend à organiser le pouvoir de façon administrative (bureaucratie) et centralisée (centralisation) et à le faire exercer par une petite élite de techniciens (technocratie) qui étendent leur compétence à tous les échelons géographiques et à tous les domaines de la vie sociale afin de les rendre uniformes, ce qui en fait l'adversaire du régionalisme. L'usage moderne du mot jacobinisme est de quelque manière anachronique. En effet, le jacobinisme, pendant la révolution française, était une réaction aux enjeux particuliers de l'époque. Pour n'en retenir que la philosophie, on pourrait aussi entendre le jacobinisme comme une doctrine opposée aux politiques communautaires, qui tendraient, par exemple, aux divisions internes.
Comme mouvement historique, le jacobinisme peut s'apparenter au xviiie siècle en Autriche au joséphisme et au xxe siècle en URSS au centralisme bureaucratique. »

 


__________

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.