« Allez expliquer cela à un énarque parisien ! »

« Allez expliquer cela à un énarque parisien ! » Sur le fiasco de l’ecotaxe ( sur laquelle vont enquêter l’Assemblée Nationale et le parquet de Nanterre) : l’eurodéputé corse François Alfonsi démontre comment la technocratie parisienne hyper focalisée sur elle-même, reconduit la France vers la récession.

« Allez expliquer cela à un énarque parisien ! » Sur le fiasco de l’ecotaxe ( sur laquelle vont enquêter l’Assemblée Nationale et le parquet de Nanterre) : l’eurodéputé corse François Alfonsi démontre comment la technocratie parisienne hyper focalisée sur elle-même, reconduit la France vers la récession. Selon le député breton Paul Molac, l’écotaxe est une inéquitable "prime à la centralité". Poudrière sociale et politique, elle fait des ravages en Alsace ( où elle n’a pu être installée comme outre-Rhin) et en Bretagne avec le succès que l’on sait.

« Allez expliquer cela à un énarque parisien ! » clame le député européen François Alfonsi (EELV, PNC, R&PS). Son blog éclaire d’un regard nouveau et iconoclaste, l’actualité sur l’écotaxe.

Epouvantail qui cache mal le divorce entre les Français et leur technocratie dirigeante, l'écotaxe sur les camions est, au-delà de la Bretagne, contestée maintenant dans les Bouches-du-Rhône, le Gard, la Charente, l’Isère

. Un « pataquès » insiste François Alfonsi : « la brusque flambée sociale autour de l'écotaxe, décidée avant Jean-Marc Eyrault par le gouvernement Fillon, est la résultante des dérives d’un Etat jacobin. Un cas d'école qui se transforme en poudrière politique et sociale.  » 

L’eurodéputé, ingénieur Ademe, maire d’Osani (Hte-Corse) milite aussi pour une coopération européenne macro-régionale en Méditerranée. Mon avant-propos n’est pas hors sujet malgré les apparences. Le gisement de prospérité français se situe, encore et toujours, dans les Régions. De Calais à  Bonifacio, de Bayonne à Strasbourg, de Brest à Menton. La création de richesse oui, mais sans les diktats de Paris, comme le souhaitent les  "Bonnets rouges". Difficile d’expliquer aux technocrates de Paris (soutenus à fond par les médias nationaux) ce que développer, valoriser le potentiel d’un territoire signifie…Tout aussi délicat de leur parler de PME ou d’économie sociale et solidaire

Ces revendications fiscales, qualifiées de « régionalistes » pour ne pas dire « autonomistes » et « séparatistes » sont loin des soucis des très hauts fonctionnaires qui gouvernent la France. Une oligarchie ultra - concentrée dans la capitale qui ignore avec arrogance ce qu’est la France … mais aussi l’Europe. Certains décideurs européens expliquent qu’ils ont eux-aussi, un mal fou à atteindre simplement au téléphone les cabinets ministériels. La technocratie désigne « un gouvernement où la place des experts et de leurs méthodes est centrale dans la décision ». Cette technocratie  est située tout en haut du modèle pyramidal français. On s'y côtoit, on se rémunère, on émarge et on se marie dans un même monde. Celui du pouvoir politique, financier, médiatique parisien (incluant aussi les lobbies).

Un lobby ? C’est quand la société italienne Ecomouv impose à l’Etat français (6 mai12 le dimanche du 2e tour de la Présidentielle) un contrat "léonin"  sur la foi d’argumentaires habiles qui égarent les administrations centrales. Les responsables seront-ils sanctionnés? Quand un entrepreneur commet une erreur : il est immédiatement puni par les impôts, la finance, la concurrence. Rien de tel dans la haute administration surprotégée.

Comme pour les affaires Tapie, Woerth, Bettencourt , Takhiedine, Cahuzac  : c'est Mediapart qui a le premier,  revelé l'ampleur d'un nouveau scandale d'Etat. On verra donc ce que donneront les auditions ( peut-être retransmises en direct sur Public Sénat) ordonnées par une Commission d’enquête de l’Assemblée Nationale. On se souvient des moments cruels ( pour nous) quand Amelie Verdier, directrice de cabinet de Bernard Cazeneuve ( successeur de Jerôme Cahuzac au Budget) avait infligé aux députés comme aux téléspectateurs, un charabia technocratique incompréhensible et opaque. Que dit François Alfonsi ? Quelle est sa vision « décentralisée » de l’écotaxe pour l’Alsace, la Bretagne ? François Alfonsi rappelle : « Au départ il y a l'Alsace. L'Allemagne a instauré, pour pallier l'absence de péage des autoroutes, une écotaxe aux camions. En Alsace les autoroutes sont gratuites, un péage dissuaderait leur fréquentation alors qu'il y avait gratuité outre Rhin. Depuis l'écotaxe allemande ?
Les flux de camions ont franchi le Rhin, saturant le réseau alsacien ! 
L'Alsace demande, sans l'obtenir, une écotaxe. L’Etat refuse au nom de la sacro-sainte égalité jacobine, pas d'impôt spécifique sur une partie du territoire français ! A l'arrivée : la Bretagne. La gratuité des 4 voies est, ce que les Arrêtés Miot sont à la Corse. Un acquis historique arraché de haute lutte, à forte portée symbolique.
Dans les mémoires, il est rattaché aux années 60 quand la misère paysanne bretonne avait provoqué un mouvement social et identitaire puissant. 
" Toucher à cette gratuité, c'est toucher à l'inconscient collectif du peuple breton, les arguments de la rationalité parisienne sur les effets pervers n'y changent rien, pas plus qu'en Corse. Confrontés à une crise sociale, les Bretons ne renoncent pas à la gratuité de leurs liaisons routières, droit acquis pour compenser l'éloignement de leur territoire du cœur de l'économie européenne. Perdre cet acquis alors que la crise frappe durement le modèle breton : c'est porter atteinte à l'espérance d'une relance de l'économie locale dont ont besoin les travailleurs, qui perdent leurs emplois dans l'agro-alimentaire, l'automobile,  les télécommunications. ». Il ajoute: « Dans un pays normal, l'écotaxe serait un impôt régional. Elle serait en place depuis dix ans en Alsace améliorant les finances locales,
la mobilité, dissuadant un énième grand projet inutile, une nouvelle autoroute de contournement. Quant à la Bretagne, la Corse, le Limousin, l’Auvergne et d'autres régions excentrées : elles seraient structurellement à l'abri d'une mesure à laquelle elle n'ont manifestement aucun intérêt. »
 
Même consternation chez le député Paul Molac,EELV et Union Démocratique Bretonne. 

Il critique une " prime à la centralité », traduisant parfaitement le ressenti des régions périphériques: « la suspension de la taxe poids lourds ? Je salue une mesure d’apaisement afin de ne pas pénaliser l’économie bretonne qui souffre d’une grave crise dans l’agroalimentaire et qui est handicapée par sa périphéricité. Cette taxe s’apparente à une prime à la centralité. Dans sa version actuelle, c’est une menace pour l’aménagement équilibré du territoire breton. Des mesures d’exemption pour l’agroalimentaire et la pêche prendraient en compte les difficultés. Il conviendrait également d’assurer des investissements en faveur des infrastructures alternatives à la route, le fret routier et maritime, inexistantes en Bretagne. Espérons que certains acteurs qui ont demandé avec vigueur la suspension de l’écotaxe, seront en mesure de pleinement participer à l’évolution du modèle économique breton. ». 
Les constats lucides de François Alfonsi et de Paul Molac, si peu dans le moule de la pensée unique parisienne, sont occultées par les médias nationaux, télévision publique inclue. Ainsi de « grands témoins politiques »,
arbitres des élégances,
sont invités aux tables des JTs ( dont France Television). Ce sont en majorité d’anciens ministres ou des sondeurs (eux-mêmes prestataires des partis), des experts, des éditorialistes ou des personnalités dont Roselyne Bachelot ( Grand Soir 3 du 9 nov.). Les syndicalistes, salariés, entrepreneurs éthiques, élus…sont absents. On les entend parfois s’exprimer, au loin dans le brouhaha des manifestations, en arrière-plans mais sans plus. Un déficit de démocratie flagrant. 

Liliane Vittori.

 

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