E. Macron, les Régions, la Corse.

Déni de démocratie, recentralisation, pseudo-négociations avec la Corse et les Régions: E.Macron a-t-il compris le sens des mots "pacte girondin"? Est-il - politiquement- conscient que son jacobinisme absolu menace de renverser l’héritage républicain : laïcité, démocratie, verdicts des urnes et "République décentralisée" ?

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A quelques heures d’un entretien télévisé d'avril 2018, scénarisé comme une représentation théâtrale (8 caméras,160 techniciens) : les collectivités locales soudées (Régions de France plus l’Assemblée des Départements plus les maires de France AMF) s’insurgent. Elles dénoncent « les faux-semblants de la concertation avec l’Etat pour alerter une opinion publique sur les risques d’aggravation de la fracture territoriale ». Les Territoires ? Les jacobins de Paris s’en moquent, ils ont pour eux la haute administration carriériste, se gavant elle-aussi, en symbiose avec la finance mondialisée. Bien sûr le démantèlement des statuts de la fonction publique couplé à la relance entrepreneuriale et le down sizing des parlementaires sont sur les rails… mais pas certain que les bénéfices iront aux familles des classes moyennes et encore moins à l’ensemble des salariés. Quant aux régions, la politique de E. Macron méprise ouvertement les enjeux territoriaux et tout le savoir-faire des élus locaux. Autre preuve gravissime d’une dérive tyrannique? L’Etat, qui se désengage des Plans Etat-Régions, exige de la province, une contribution astronomique au désendettement de la France (2018-2022) à hauteur de 50 milliards d’€ … alors que l’Etat lui-même, va gonfler cette dette de 330 Milliards ! Ou est l’équité entre Paris et les Régions ? Nulle part. Le communiqué commun des territoires  alerte : « les pactes financiers imposés aux collectivités locales constituent le point essentiel de notre désaccord avec l’Etat » et « un sentiment d’abandon gagne les territoires et les élus dont l’engagement au service des Français n’est plus reconnu. ». On se dirige donc vers un système monarchique plus inspiré par V. Poutine que par Victor Hugo.
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Quant à la Corse ? C’est une île en apnée qui tente de reprendre sa respiration après le traumatisme infligé par E. Macron. En effet, après les humiliations protocolaires visant les dirigeants élus de l'île lors d’un hommage au Préfet Erignac ( conçu comme une provocation), et après un vrai marathon pour de fausses négociations, les affronts se suivent se ressemblent. Autonomie ? Habilitation permenante dévolue à la CTC ? C’est par la presse que le Conseil Exécutif de Corse apprend le 12 avril les décisions du Président de la République : « Le Conseil exécutif de Corse, a pris connaissance par les médias du projet d'article consacré à la Corse que le Gouvernement s'apprêterait à transmettre au Conseil d'Etat. ».
Le Président Gilles Simeoni précise : « ce projet d’article est totalement en deçà des attentes et des besoins de la Corse et de son peuple. Le texte proposé par le Gouvernement organise une habilitation au coup par coup, mécanisme que le Gouvernement s’était engagé à écarter au terme des négociations menées avec les élus de la Corse. Cet article encadre si fortement le maigre pouvoir d'adaptation conféré à la Collectivité de Corse que le dispositif sera privé de tout effet utile. »
Pourquoi évoquer un « triple déni de démocratie »? Gilles Simeoni : « D’une part, parce qu’en décembre 2017 : 56% des électrices et électeurs ont voté en faveur d'un statut d'autonomie de plein droit et de plein exercice. En décidant de ne tenir aucun compte de ce vote, le Gouvernement méprise le suffrage universel. D’autre part, parce que dans sa délibération en date du 9 mars 2018, l'Assemblée de Corse a voté, par 48 voix sur 63, en faveur d’un projet d'article qui propose, au profit des institutions de l’île, une habilitation permanente dans certains domaines relevant de la loi et du règlement, sous le contrôle du juge administratif. »
Même consternation chez Corsica Libera dont le chef de parti Jean-Guy Talamoni est aussi président de l’Assemblée de Corse. Il annonce son boycott du ballet ministeriel : « La visite du ministre Jacques Mézard, en charge de la « cohésion des territoires », n’a pas dérogé à la règle (…). Le texte de l’article 72-5 consacré à la Corse, ne laisse plus de place au doute. Ce statut, élaboré par le gouvernement français de façon unilatérale, à l’issue de pseudo-négociations, ne permet en aucune façon à l’Assemblée de Corse de répondre aux attentes de notre peuple dans des secteurs stratégiques : foncier, fiscalité, langue, emploi, développement économique et social… ». Tres inquiétant aussi le projet de Macron prévoit de modifier la Loi Littoral au profit de la spéculation foncière et immobilière : « afin de « libérer du terrain à construire. Cette vision va à rebours de la volonté de l’Assemblée de Corse de mettre en œuvre des mesures de sauvegarde du patrimoine foncier. Nous nous y opposerons. ». 

Autre facette du déni perpêtré par la gouvernance Macron ? La non reconnaissance de la dimension historique et politique de la question corse. Le président Gilles Simeoni « l’Etat crée les conditions d'un blocage et d'une crise politique grave, alors que la situation n’a jamais été aussi favorable à une solution politique. Le Conseil exécutif réaffirme sa détermination à faire prendre en compte les choix démocratiquement exprimés par le peuple Corse, ainsi que sa volonté de poursuivre de façon efficace son action au service de l'intérêt général et de tous les Corses. Il invitera dès le début de la semaine prochaine l'ensemble de la majorité territoriale à une réunion visant à définir de façon collective les réponses à apporter à la situation actuelle. »
Lundi 16 avril, est prévue à Bastia, l’installation de la Chambre des Territoires. Née de la nouvelle organisation institutionnelle de Corse, cette structure consultative de la Collectivité Territoriale est composées d’élu-es, de maires, de présidents des intercommunalités, de représentant des agences et offices de Corse.
E. Macron, les Régions, la Corse ? Quel est le seul sujet qui fâche, et qui sera sans doute absent ce soir de la démonstration théâtrale du Pd de la République ? C’est le jacobinisme, qui légitime une recentralisation sans frein au profit d’un grand-Paris surdoté, surfinancé et boursoufflé, aux dépens des régions. Le projet de E. Macron est funeste pour les territoires et leurs enjeux locaux et solidaires . La Corse et son juste combat, reste l’archétype de cette colonisation de tous les mécanismes politiques au seul profit de l’Etat parisien, désormais seul maître à bord. Même les Préfets seront dotés d’un pouvoir économique au niveau local ce qui constitue une aberration. J.-J.Bourdin et E.Plenel vont-il protéger outre mesure la technocratie française ? Le régime macronien est -il plus monarchique que républicain et plus inspiré par Poutine que par Victor Hugo et Jean Vilar le créateur du TNP à Chaillot.

LV

 

 

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