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Billet de blog 16 août 2022

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AgriTech israélienne : des solutions pour la Corse?

Voyage des agriculteurs corses vers Israël, laboratoire du monde de l’AgriTech et de la WaterTech. L’irrigation de précision pour assurer survie des productions de l’Europe du Sud?

Liliane VITTORI
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L'irrigation contrôlée, le goutte-à-goutte optimisé, les rendements agricoles exponentiels en Israël grâce à la recherche appliquée, aux biotechnologies, à la désalinisation de l’eau mer et à la gestion sécurisée des réseaux

L’eau brute et l’eau potable, au centre du voyage professionnel organisé par les Chambres d’Agriculture de Corse du 14 au 27 novembre 2022, via un vol Transavia direct Bastia-Tel Aviv AR. Au programme : des instituts de recherche et d’innovation, des vignobles, des kibboutzim, une coopérative de fermes laitières performantes et des exploitations intelligentes et futuristes. 

Les producteurs insulaires, toutes filières, vont entrer en contact direct avec l’agriculture d’un pays, qui a transformé son désert en haut-lieu de la productivité et de la rentabilité. Israël est le laboratoire du monde pour l’AgriTech et la WaterTech, soit des milliers d’entreprises et start up qui récoltent en abondance, in situ sur sol aride et désertique… et avec cent fois moins d’eau! Et qui gèrent, traitent, dépolluent, sécurisent les réseaux d’eau du pays tout en diffusant leurs expérimentations, technologies et logiciels vers 150 pays. Soit des productions gigantesques, en autosuffisance ou à l’export, de lait, de céréales, de fruits, de légumes ( et de logiciels !)… sans restriction aucune sur la distribution publique d’eau brute et d’eau potable.

Grâce en particulier aux usines israéliennes de désalinisation d’eau de mer, comme celles qui équipent depuis des années l’Andalousie et le Maroc… réalisées sur des technologues françaises (Veolia et Suez) mais sans aucune infrastructure de ce type en France. Parenthèse: c'est un déni du côté de la gouvernance française comme des médias hexagonaux. Pourtant vu l’état des forêts françaises, des prairies, des cultures, des vignes et des réserves actuelles d’eau … c’est pourtant une option à étudier avec sérieux.

Les professionnels insulaires constateront de visu et in situ, ces avancées phénoménales, ultra bénéficiaires en Israël, et commercialisées à l’international, en réponses anticipées aux calamités du dérèglement climatique. Dont en Corse en cet été 2022: une vague de chaleur intense sur 3 mois, un stress hydrique brutal et non anticipé, des nappes phréatiques et des fleuves insulaires en souffrance, des coupures et restrictions y compris sur l’eau potable. Il y a urgence comme le note Joseph Colombani qui préside la Chambre d’Agriculture de Haute-Corse « pour éviter que la Corse ne soit la chaloupe d’une France qui serait le Titanic. Une France qui refuse actuellement de financer en Corse, des équipements et des infrastructures de retenue d'eau indispensable.».

Les attentes de la Corse en regard des technologies israéliennes ?

Pourrait-on sécuriser et amplifier la production de céréales et de fruits en Corse grâce au fameux goutte-à-goutte israélien inventé en 1965 par Netafim qui est une des entreprises visitées? Une technologie astucieuse, développée sous l’impulsion du premier chef d’Etat David Ben Gourion. Avant même la création de l’Etat en 1949, la recherche appliquée agricole avaient démarré dès les années 20 en Israël dans le désert du Neguev.

Quels sont les objectifs et l’état de l’ensemble des filières insulaires, dans une île qui compte plus de 50 appellations d’origine Aoc et Aop? Par exemple, comment la viticulture corse, ses appellations, ses cépages, ses exploitations en bio, ses organisations professionnelles va-t-elle rentabiliser un tel voyage? Même question pour l’agropastoralisme, l’élevage, l’oléïculture, le maraîchage corse ( concombre, courgette, melon, pastèque, tomate, salade..), l’arboriculture insulaires (agrumes, pomelos, kiwis, fruits d’été etc…)?

Ce voyage vers l’AgriTech un électrochoc pour l'agriculture insulaire?

Un tel voyage de « sensibilisation » serait-il un électrochoc pour la relance de certaines filières insulaires actuellement bloquées sur les perspectives de la distribution d’eau qui conditionnent en direct les investissements vitaux ? Pourquoi les éleveurs de montagne comme les clémentiniers ou les vignerons sont-ils intéressés par un tel voyage? Joseph Colombani : « tous les agriculteurs corses sont concernés par la question de l’eau! Tous ont compris la stratégie de la Chambre d’Agriculture et les objectifs de ce voyage , il nous faut travailler et rencontrer les meilleurs au monde c’est à dire en Israël, pour économiser l’eau au maximum. Et en même temps, démontrer que la ressource en Corse existe mais qu’il faut absolument financer de nouvelles  infrastructures pour retenir l’eau.

»

Outre les décisions futures inspirées des technologies israéliennes le Pd J. Colombani évoque d’abord la nécessité de remonter à la source des problèmes en Corse pour envisager des solutions avec l’Etat. « La France dit-il,  s’est toujours opposé à ce que l’île puisse avoir des infrastructures normalement dimensionnées. La preuve? En 86 et 87, dans le contexte du monopole Edf, un vote au parlement a drastiquement limité la construction des retenues d’eau en volume en Corse, dans le contexte anti monopolistique de l'Europe des années 80. Aujourd’hui outre les équipements insuffisants, on nous oppose pour l’eau brute, le prétexte des canalisations percées. Mais l’eau est distribuée en trois étapes. L’Etat est comptable des précipitations jusqu’aux retenues d’eau. L’OEHC est responsable du site de la retenue jusqu’à à la livraison. Nous Chambres d’Agriculture, sommes responsables de la borne jusqu’à la racine de la plante. » 

L’agriculture insulaire est déjà ultra mobilisée sur la distribution de l’eau brute mais elle a rencontré des difficultés d’adaptation technique et informatique. J.Colombani : « logiquement l’Etat doit s’occuper de l’eau de la pluie à la retenue, mais il ne fait pas sa part, il se contente de nous demander d’améliorer notre gestion de l’eau.

Avec l’Odarc, les exploitants, les filières nous faisons en continu, d’énormes efforts. Tout le monde s’est donné la main, l’Odarc en subventionnant des sondes pour mesurer les besoins de la plante et piloter l’arrosage, hélas sont intervenus des problèmes de maintenance technique et informatique. Le niveau de l’Agri Tech, est si pointu , alors le prestataire devra être réactif et présent, sur le suivi, les réparations, le SAV. Ce voyage et les contacts fonctionnera aussi par la démonstration visuelle de l’irrigation hi tech, ses résultats probants, pour sensibiliser l’ensemble des agriculteurs, pour amplifier l’effet économie d’eau. »

Les demandes de la Corse vers l’Etat essentielles pour maintenir l’agriculture insulaire ? J. Colombani : « ma demande a l’Etat c’est une concertation axée sur la production et l’économie d’eau, Nous sommes ridicules à côté de la Sardaigne qui stocke 2 milliards de mètres cube contre seulement 100 millions de mc de retenues dans l’île.

La Collectivité à voté un programme de 230 millions Plan hydraulique Aqua Nostra sur 10 ans, l’Etat devrait s’aligner car il a consenti à l'Ile de la Réunion , un plan hydraulique de 980 millions d'euros. »

Grow more with less™ . « Récolter plus avec moins » c’est la devise de Netafim précurseur d’un goutte-goutte maintenant diffusé partout dans le monde. Les agriculteurs insulaires vont-ils adhérer à cette philosophie qui a « fait fleurir le désert » en Israël? Seront-ils convaincus ,

sinon éblouis par la réussite israélienne ? L'irrigation de précision est la clé de l'efficacité pour appliquer l'eau et les nutriments à la plante au bon moment, au bon endroit et à petites doses mesurées, pour des conditions de croissance optimales… et des rendements plus élevés tout en économisant l'eau.

La stratégie de l’agriculture corse? Le Président Joseph Colombani: « ce voyage serait le point de départ d’échanges à plus long terme avec Israël. C’est le début d’un partenariat. Là-bas, on va rencontrer des agriculteurs et des membres du gouvernement israélien. La vision politique ?

Pourquoi cette panne d’eau en Corse avec nos 2 à 3 millions de touristes? Il faut que la Corse sorte du sous-développement. La France donne moins comme l’Europe et la PAC est formatée sur le raisonnement des pays du nord de l’Europe. Une preuve flagrante parmi d’autres? Nous luttons pied à pied depuis des années pour notre agropastoralisme il n’est toujours pas reconnu. Eh bien devinez la suite ? Sur les fonds PAC 2023 à 2027: ils voulaient diminuer les montants du pastoralisme de moitié, une décision européenne. En  mai 22, toutes les agricultures du Sud ont réagit! A Bruxelles ils ont fait marche arrière! »

LV

Le programme du voyage. Pour visualiser la dimension de l’AgriTech israélienne c’est à dire un vaste écosystème d'innovation et R&D, le voyage commence par l'Institut Volcani ( crée en 1921, trois décennies avant la création de l’Etat). C’est le siège du Ministère et de l’organisation gouvernementale de recherche appliquée, de solutions, de vulgarisation et de pédagogie. Soit 6 instituts multidisciplinaires : agriculture, ingénierie, sol eau et environnement, plante et protection, publication et récolte, secteur animal et science. Les agriculteurs insulaires visiteront aussi , des fermes laitières, en coopérative, l’usine de désalinisation d’Ashkelon et son centre de traitement et de recyclage-réutilisation de l’eau. Puis la société pionnière Netafim, des exploitations agrumicoles, le kibbutz Lavie en Galilée (avocatiers, amandiers) et le kibbutz Yiftah domaine et cave viticoles.

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