Txetx Etcheverry, la revendication basque non-violente

Invité du « Direct de Médiapart » ce mercredi 18 décembre, TxeTx Etcheverry est un militant basque cofondateur de Bizi !, mouvement altermondialiste, non-violent, anti-capitaliste, anti-nucléaire, anti-publicitaire, qui interpelle tous les candidats sur tous les sujets.

Invité du « Direct de Médiapart » ce mercredi 18 décembre, TxeTx Etcheverry est un militant basque cofondateur de Bizi !, mouvement altermondialiste, non-violent, anti-capitaliste, anti-nucléaire, anti-publicitaire, qui interpelle tous les candidats sur tous les sujets.

Avec le récent Alternatiba (village des initiatives de Bayonne): Bizi ! fonctionne comme une dynamique de multipropositions très concrètes, face aux défis posés aux élus locaux et nationaux. Le Pays Basque comme la Bretagne, l’Alsace, la Corse sont des régions périphériques qui souffrent et qui savent pourquoi. Elles réclament plus d’autonomie de gestion dans les domaines : économie, énergie, investissements de transports, fiscalité, langue régionale, culture. Des revendications qui gagnent du terrain en Europe et embarrassent l’Etat français qui annonce toutefois une nouvelle Loi sur la Décentralisation en avril 2014 ainsi que la ratification de la Charte européenne des Langues régionales et minoritaires. 
Le discours et l’action sont-ils plus forts quand ils s’appuient sur la non-violence ? Txetx Etcheverry s’exprime sur la revendication basque, qui a adopté la non-violence et dont les acteurs « ni lâches, ni violents opèrent maintenant en toute non-violence avec force et détermination ». Il témoigne aussi dans le n°169 de la revue Alternatives Non-Violentes avec son intervention du 15 mai 13 à La Mutualité lors du NV-Day (Fondation de Corse AFC-Umani et Non-Violence XXI.) LV. 

Q : Le discours est-il plus fort quand il s’appuie sur des actions politiques non-violentes ?

Txetx Etcheverry: « En Pays Basque, il était clair, depuis longtemps, que la non-violence était plus forte, plus efficace que la stratégie de la lutte armée, qui elle, renforçait le camp adverse. La violence cimentait le camp espagnol et centralisateur, lui donnait une légitimité européenne et internationale, alors même que l’Etat espagnol menait des politiques anti démocratiques. Deux quotidiens, des radios, des partis avec une base populaire très large, ont été interdits. Des dizaines de cadres politiques sont incarcérés uniquement du fait de leur engagement. Des victimes amalgamées au bain global du terrorisme. Cela créait des contradictions dans le camp basque, qui se divisait sur l’opportunité de la violence. C’était incompatible avec une stratégie d’alliances avec les autres formations politiques. J’expliquais avec d’autres, que la violence ne nous rendait pas plus fort mais au contraire plus faibles ! Maintenant la lutte armée est arrêtée, sommes-nous plus forts ? La répression continue, il n’y aucune volonté de dialogue de la part de l’Etat français. L’Etat espagnol emprisonne des militants, pourtant on est plus forts, on a plus d’alliances avec les partis, les forces sociales. Côté résultats électoraux, le mouvement indépendantiste enregistre des résultats en hausse.

Q : La nonviolence en politique signifie-t-elle plus de démocratie ?  Txetx Etcheverry: « A l’intérieur des mouvements de libération nationale, et quand il y a lutte armée, rien que pour des raisons de sécurité, la base ne participe plus aux grands débats stratégiques. La démocratie interne est donc limitée. Et la lutte armée militarise les esprits, les habitudes, la pratique militante, les alliances, le rassemblement. Il y a risque d’enfermement, de sectarisme, de déphasage avec l’ensemble de la société. Oui clairement, il y a plus de démocratie avec l’action publique non-violente. En oct. 13, la Cour Européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg (CEDH) a condamné l’Espagne à libérer une soixantaine de prisonniers de l'ETA remettant en cause le système Parot de calcul de remise de peine. On commence avoir des acquis, des succès, des victoires, y compris face l’Etat français, par le biais de l’Europe. La lutte armée occultait les débats, nous diabolisait. En Catalogne l’actuelle dynamique indépendantiste affaiblit l’Etat centralisateur espagnol. Des attentats, la tension médiatique au Pays Basque auraient-ils amené de tels résultats ? 

Q : Comme Nelson Mandela êtes-vous un converti à la non-violence ? Txetx Etcheverry: « Je ne suis pas un converti. Tout au long de ma vie, ma pratique militante a fait évoluer ma conscience. J’ai analysé, j’ai fait des bilans que j’espère lucides, de notre travail. Je suis convaincu que la non-violence est une arme efficace, transformatrice en profondeur de nos sociétés. Cela ne date pas d’hier, j’ai confondé les Demos et j'ai suivi le processus à la première trêve unilatérale d’ETA de 1999. J’ai toujours respecté les militants de la non-violence, une forme de courage incroyable, la vraie confrontation non-violente me parait d’une difficulté terrible. Cela ne consiste pas à rester à la maison ! Mais à prendre des risques à visage découvert, et à assumer. La fausse évidence, c’est croire qu’on est plus fort avec la violence qui a une efficacité à très court terme. Ainsi quand 80 000 personnes se rassemblent à St-Pee sur Nivelle (Pays Basque) pour défendre la langue basque c’est extraordinaire, mais cela ne fait ne une ligne dans les journaux ! Alors qu’un seul cocktail molotov aura un écho partout dans la presse ! Une fausse impression de puissance, quand on examine la réalité profonde, l’évolution des rapports de forces, des consciences, la nonviolenceest la plus efficace. »
Propos recueillis par L Vittori


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