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Dimanche 18 décembre.  Les  cinq militants du processus de paix, interpellés à Louhossoa  (Pays Basque) ont été transférés à Paris et présentés à un juge anti-terroriste. Et mardi 20 décembre... après avoir été entendu par un juge, Michel Berhocoirigoin, Michel Bergouignan, Jean-Noël Etcheverry, Béatrice Molle-Haran et Stéphane Etchegaray sont rentrées chez eux ! Selon le site Médiabask : " la qualification d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste a été abandonnée. Sont retenues les charges de port et transport d'armes de catégories A et B, détention sans autorisation d'armes et munitions de catégorie A et B, détention et transport de substances ou produits explosifs. ". Tout cela s'est déroulé à Louhossoa au Pays Basque... Ou comment « une opération de destruction des armes scellées de l'ETA est, mensongèrement, présentée comme une arrestation d'association de malfaiteurs » selon la Ligue des Droits de l'Homme. En arrêtant trois partisans officiels et connus de la résolution nonviolente des conflits, ainsi que deux journalistes de Mediabask : Paris et Madrid veulent-ils, torpiller le processus de paix en cours au Pays Basque ? Et ce, alors que l’ETA a renoncé à la lutte armée depuis 5 ans ? Pourquoi les gouvernements français et espagnols n’ont-ils pas répondu aux propositions tres concrêtes, écrites et renouvelées, des « faiseurs de paix » oeuvrant pour la destruction des armes de l’ETA ? 
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Ou est le " biais cognitif " qui cache  la vérité? Que dire du silence assourdissant des médias dominants de Paris qui n'ont jamais relayé ce processus de paix bien réel en Pays Basque ? Les technocrates sont-ils largués face aux extraordinaires avancées de la société civile, clairement orientée vers la nonviolence ? Quel projet politique et/ou sécuritaire aurait orienté la réflexion et les investigations des pouvoirs publics dans le cadre de l'état d'urgence ? Les fonctionnaires de police français et espagnols sont-ils incapables de réagir avec bienveillance et d'accompagner un processus de désarmement de l'ETA, inspiré de la philosophie de la nonviolence ? L'immense levée de boucliers de toute la classe politique basque (de la droite à la gauche incluant les partis régionalistes) confirme que la réaction anti-système a été globale et immédiate. Les cinq personnes interpellées dans la nuit du16 au 17 décembre à Louhossoa près de Bayonne intervenaient précisément (ou étaient chargées de filmer) une procédure de désarmement et démantèlement des infrastructures de l’ETA. Michel Tubiana le Président d'Honneur de la LDH n'est pas venu à cette réunion. Le lendemain matin (samedi 17 décembre) à Bayonne et avec tracteurs en tête de cortège : une énorme manifestation a fait suite à la mobilisation instantanée et tous azimuts des élu-es basques et de la société basque en soutien aux militants nonviolents. Mobilisation à laquelle s’est associé Gilles Simeoni Président du Conseil Exécutif de Corse.  En tête de cette manifestation 

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: le vice-président Les Républicains (LR) du conseil départemental Max Brisson, les députées socialistes Colette Capdevielle et Sylviane Alaux, la sénatrice socialiste Frédérique Espagnac, le maire UDI de Bayonne, Jean-René Etchegaray,  La Ligue des Droits de l'Homme (LDH), le candidat écologiste Yannick Jadot, le député européen José Bové, la présidente d’honneur d’Attac, Susan George. Les arrestations (un « imbroglio » selon Le Monde), ont été menées sur commission rogatoire du Parquet anti-terroriste de Paris, par le RAID, la Guardia Civil, la police judiciaire française, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et la BRI de Bayonne. S’agit-il d’une énorme gaffe des services de Bruno Le Roux Ministre de l’Intérieur qui a déclaré, vrai tragi-comique, que « personne n’a le droit de se proclamer destructeur d’armes ». Ou bien s’agit-il d’une réelle provocation visant à torpiller le processus politique de paix au Pays Basque ? 

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Les personnes gardées à vue et peut-être transférées à Paris sont des personnalités tres conues du monde économique et politique. Il s'agit Jean-Noël Etcheverry, dit Txetx président de Bizi!, de Michel Berhocoirigoin, ancien président de la Chambre d'agriculture du Pays Basque, de Michel Bergougnian, coopérateur viticole Irouléguy, de Béatrice Haran-Molle journaliste et Stéphane Etchegaray cameraman. Michel Tubiana président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme, était absent mais il était censé lui-aussi se trouver sur place. Militants et acteurs de la paix civile et de la réconciliation, les personnes interpellées sont co-signataires avec la LDH, d’une proposition (25-10-16) destinée à mener des opérations exemplaires de désarmement …comme celle qui se déroulait vendredi soir à Louhossoa près de Bayonne. « Tous les exemples, partout dans le monde, tous les experts en règlement de conflits savent que la paix et le vivre ensemble ne s'instaurent que si les différents protagonistes se mettent autour de la même table (…) pour créer les conditions de paix collective et donc de paix intérieure de chacun. ». L’organisation séparatiste basque ETA compte cinquante années de lutte armée et seulement cinq années de désarmement. C’est peu expliquent les co-signataires pour mener à bien toutes les procédures et les « démantèlements des infrastructures de l’ETA » ainsi que ajoutent-ils « la reconnaissance et réparation dues à toutes les victimes, le devoir de mémoire et de vérité, le  transfert sur le terrain politique des questions qui ont généré le conflit militaire, application de la loi pour la libération conditionnelle et anticipée des prisonniers… ».
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Pourquoi, à l’évidence le gouvernement de Bernard Cazeneuve a-t-il choisit la voie la moins propice à une réconciliation difficile qui nécessite la coopération de tous ? Selon les spécialistes internationaux de la résolution non-violente des conflits, le désarmement reste un élément clé d’un processus de paix. Mais il semblerait que, selon les faiseurs de paix que ni Paris, ni Madrid ne soient prêts à recevoir les armes de l’ETA?  « Ceci crée une situation totalement absurde où l'organisation armée veut remettre les armes à un Etat qui refuse que cela soit possible. Devant ce constat qui nous attriste et nous inquiète profondément, nous avons décidé d'intervenir en tant que citoyens libres, et conscients des risques que peut engendrer cette situation de blocage. Nous nous situons en intermédiaires entre une organisation armée avec laquelle nous n'avons aucun lien ni subordination, et un Etat que nous voulons amener à réfléchir. » Dans un communiqué titré « un guet-apens contre la paix au Pays basque »,   Gilles Simeoni précise : « Une opération policière conjointe franco-espagnole a été menée dans la nuit du 16 au 17 décembre 2016 à Louhossoa (Iparralde - Pays basque Nord). Michel Tubiana a indiqué l’objet de la réunion interrompue par l’opération policière : elle avait pour objet de définir les modalités de remise et de destruction d’une partie des armes de l’organisation clandestine ETA, et s’inscrivait dans le processus global initié par les sociétés civiles des deux côtés des Pyrénées pour réconcilier toutes les composantes du pays basque. L’arrestation de personnes réunies en application de cette démarche apparait donc comme un véritable guet-apens contre la paix.
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J’apporte bien évidemment mon soutien total au processus initié par la société civile du Pays basque, en vue de la réconciliation, de la paix, et d’une véritable solution politique. »
Selon Médiabask et le quotidien Berria : « ce premier stock d'armes se trouverait dans dix caisses. Les personnes présentes dans la bâtisse ancienne de Louhossoa vendredi soir comptaient détruire 15% de l’arsenal d’ETA. D’après le quotidien Berria, ces armes seraient réparties dans dix caisses. Neuf d’entre elles se trouveraient à Louhossoa. La dernière aurait été envoyée à la Commission internationale de vérification, chargée du désarmement d’ETA, afin qu’elle atteste de ce premier pas. » Le Comité pour la Défense des Droits de l'Homme en Pays Basque a dénoncé les propos du ministre de l'intérieur français. "Ce qui devait être une opération de destruction des armes scellées de l'ETA, par la société civile, est mensongèrement présentée comme une arrestation d'association de malfaiteurs".

 

LV

 

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