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Billet de blog 19 janvier 2023

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Ruralité corse: volonté de survie phénoménale dans le « temps long de l’histoire ».

L’île négocie entre son identité rurale profonde, son histoire depuis le néolithique, son anthropologie, ses stratégies et le monde tel qu’il va...

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Atouts et combats du rural insulaire? La Corse, " pays du miracle permanent » qualifié d’émergeant, au potentiel remarquable, reste en réalité une région du « temps long de l’histoire ». Comment l’île parvient-elle à négocier entre son identité rurale profonde, son histoire depuis le néolithique, son anthropologie, ses stratégies économiques et le monde tel qu’il va? 

Engagé en faveur de la croissance locale et d’un tourisme humaniste et patrimonial, le rural dispose en Corse d’une marge de progression extraordinaire selon l’historien chercheur Fabien Gaveau. De plus, ce ruraliste explore la Corse, ses traditions, ses territoires, ses projets innovants et son « temps long de l’histoire », tout en collaborant étroitement avec la municipalité de Arghjusta è Muricciu dans l’élaboration du programme des Journées Européennes du Patrimoine. Le maire Paul-Joseph Caitucoli y oeuvre avec succès à la revitalisation durable et patrimoniale et chaque année, ce village devient un didacticiel du rural…

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L’île résiste, ne rejetant ni la technologie, ni les compétences importées, ni les capitaux, ni les flux touristiques et elle se perçoit elle-même, comme une antidote aux excès de la mondialisation. Tableau corroboré par un taux de croissance démographique élevé. Une île incontestablement immergée dans le temps long de l’histoire, où l’inertie apparente révèle une volonté de survie phénoménale. Toutefois, quoiqu’on en dise, si les images et produits venus de Doha ou Shanghaï inondent nos écrans: il y a un monde entre la résilience d’un village en Corse et les mégalopoles démesurées.

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Comment le rural s’inscrit-il dans le maelström mondial?

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Fabien Gaveau historien chercheur au CNRS-Université de Bourgogne observe la Corse du présent et imagine le futur: « Je décrypte la ruralité corse car je suis un historien du bas, intéressé par la manière dont les sociétés vivent sur leurs territoires. La vie des petites gens à contrario de la pratique majoritaire en histoire qui impose des vérités globales, projetant sur le réel, les discours et conclusions hâtives des élites. Je considère la Corse avec ses mouvements, échanges, interactions. Si les pouvoirs passent, les générations ici se succèdent, attachées à ce territoire depuis la nuit des temps. Partout et pas seulement en Corse, les masses soi-disant anonymes sont des forces sociales en apparence faibles et isolées, qui maintiennent à travers les siècles, des réseaux de solidarités. C’est la solution du grand mystère de la Corse! L’essentiel se joue dans la transmission inter générationnelle des valeurs, quant il s’agit de boire, de manger et de refaire le monde ensemble. »

Ce « temps long » singularité première et idéale de la Corse ? « Oui c’est le paramètre essentiel, ce temps long d’une ile qui garde dans son inconscient l’empreinte du phénomène multigénérationnel. Ce qui est nouveau est accepté…à  condition de s’insérer dans le circuit du territoire et dont on a la certitude que cela ne va pas nuire ! Donc souvent ici on freine. Et ça fonctionne, la prudence du temps long est la force de la Corse ! Une inertie qui n’est pas inerte. Dans le rural insulaire, il y a des projets mais adaptés au territoire, le temps joue son rôle, il est abandonné dans la plupart des régions et pays alentours. Le continent vit sur un rythme infernal, l’accélération impose le turn over des idées et l’obsession de l’urgence paralyse la réflexion. Comme une fourmilière percutée, qui s’éparpille en tous sens, un chaos perpétuel à l’opposé du temps long. Face aux politiques émises depuis Paris, la Corse reste stoïque. Ailleurs, on oublie de regarder passer le train pour vérifier si il est toujours les rails… »

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Fabien Gaveau chercheur et ruraliste va plus loin: « La Corse, c’est unique au monde. Nul autre territoire insulaire, peuplé, cohérent, civilisé ne dispose de la possibilité d’exister, du niveau de la mer jusqu’à la haute montagne. A cette latitude tempérée, la totalité de ce qui existe au monde, sur un condensé de territoire, en géologie et en botanique, trouve en Corse une implantation, comme une Arche de Noé. La Corse est au carrefour des migrations depuis des millénaires, depuis le néolithique avec l’établissement de la vie humaine dès l’aube de l’histoire de l’Europe occidentale. Grâce aux circulations maritimes phéniciennes, grecques, étrusques, romaines, les populations ont bénéficié de contacts sans être submergées, ni déculturées. La Corse est un coeur battant en Méditerranée, une source d’émissions et d’inspirations, avec une cinquantaine de labels AOC IGP AOP un record ! Les vallées découpées sont des mondes en elles-mêmes avec agro pastoralisme, terroirs, vignobles, du gustatif et du patrimoine. Et des producteurs qui sont des héros! Pour la ruralité corse, cette colonne vertébrale du temps long est une philosophie. Aller trop vite débouche sur des catastrophes ! »

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Fabien Gaveau participe aux initiatives du maire de Paul Jo Caitucoli: Arghjusta è Muricciu devient alors un didacticiel du rural lors des Journées Européennes du Patrimoine: « Nous considérons ce qui a permis l’habileté des villageois au fil des siècles, pour éclairer l’histoire des terroirs, des sentiers patrimoniaux, des chemins de transhumance, des forêts, rappelant à chaque pas, comment les familles ont vécu. On valorise l’éducatif, via des conférences, des promenades, des démonstrations des professionnels sur la culture en terrasse, la taille des oliviers, les circuits de l’eau, le jardin communal. Les habitants et les curieux, visualisent la profondeur historique des racines dans la vie quotidienne, pour transmettre, donner de la confiance, maintenir la dignité d’un territoire. Dans le rural l’énergie est là ! ».  Et Paul-Joseph  Caitucoli maire d’Arghjusta è Muricciu a initié aussi un village virtuel pour entretenir l’attachement aux racines. 

LV

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