NuitDebout . Rachida et Bruno leur vide-grenier insomniaque sur la crise grecque.

NuitDebout . Rachida et Bruno, organisent un vide-grenier insomniaque sur la crise grecque en criant oligarchie dégage! » - Rachida - Salut Bruno ! Comment tu vas ? Tiens vers 4 h du mat’ , j’ai eu une idée gé-nia-le ! On va faire un grand vide-grenier une sorte de fourre-tout de la récupération politique !

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NuitDebout .  Rachida et Bruno, organisent un vide-grenier insomniaque sur la crise grecque en criant oligarchie dégage ! 

 Théâtre citoyen non jacobin et libre de droit.

La scène se passe en janvier 2016 à Paris dans un petit troquet de la rue Oberkampf. 

 - Rachida - Salut ! Comment tu vas ? Tiens vers 4 h du mat’, j’ai eu une idée gé-nia-le ! On va faire un grand vide-grenier une sorte de  fourre-tout de la récupération politique ! 

-  Bruno - Ha oui. Et ou ?

-  R - Ben disons … Place de la République il y a le métro et un Quick c’est pratique.

-  B -  Tu veux faire quoi exactement ?

-  R -  Bien…Je réfléchis. La nuit je me lève, je ne dors pas. Tout cela me tracasse. Ce monde pourri ! Attends je continue… ce serait bien, on appellerait à une sorte de forum social, comme un village Alternatiba mais en plein Paris. C’est plus jacobin.

-  B : Mais de quoi tu parles…

-  R : Les monnaies locales c’est chouette ! Et puis, la campagne, la croissance verte, les régions, l’emploi local et à ses enjeux, on n’y comprends rien ! Donc on va leur expliquer tout ça… Les animateurs à la télévision disent tous en ricanant qu’on s’ennuie à mourir à Charleville-Mézière, à Amboise, à Mont-de-Marsan, que la Creuse, le Jura, la pointe du Finistère c’est mortel ! Que l’idéal de vie c’est Paris, c’est chic, comme dans Madame Figaro !  

-  B - Ca va attirer tous les gogos, tous les bobos parisiens Place de la République. Ce serait « un nouveau lieu de fête, de rencontre, au-delà des réseaux habituels de militants » comme dit Leila Chaibi. Un happening quoi ! On est des  purs jacobins et on parlera du centralisme démocratique. 

-  R : Et puis les médias, BfmTv et tout ça etc…. ça va les occuper un moment. Et puis ce serait un spectacle permanent et gratuit pour les touristes. Paris rebelle Paris éternel Paris label ultra-gauche avec des « no-go aréas » des zones plus ou moins risquées ou tout est possible comme l’a dit FoxNews. 

-  B : Oui super ! Donc on va pouvoir parler de tout ce qu’on ne connait pas, comme l’économie solidaire, les monnaies citoyennes, entre parenthèse on en compte quarante en France selon internet. Il y a aussi le commerce équitable, la pédagogie du projet, le film « Demain ». Il a déjà fait 4 millions d’entrées comme cela on le récupère aussi « Demain » c’est nous ! Il y aussi l’agriculture biologique, les coopératives ouvrières, le revenu universel de base ou encore la non-violence en politique. Attends je cherche ce mot… oui la désobeïssance civile.

-  R - Je n’y comprends rien, mais il me semble qu’au Pays Basque il font des trucs qui marchent bien, super organisés et pédagogiques, avec le groupe Bizi ! Des chaînes humaines. Ou des actions citoyennes à Bayonne, comme devant les agences bancaires de la HSBC ou de la Société Générale. Et puis ce sont eux qui, avec d’autres altermondialistes plus le Ps en campagne, ont organisé, impromptu, un chahut monstre dans le Petit-Bayonne. Qui a fait fuir Nicolas Sarkozy et toute sa suite. Et même que le soir, sa côte dans les sondages a gravement chuté ! Ils disent tous que c’est à Bayonne que Sarkozy a perdu la Présidentielle de 2012. 

-  B  - Nous aussi on va leur en mettre plein la vue ici à Paris dans ce site mémoriel… Puis c’est nous qui parlerons en dernier, c’est nous qui ferons des discours inoubliables à la tribune et pas des platitudes ! Et après, toi tu seras maire du 11è me et moi député ! 

-  R  - Et puis il aura nos potes de Médiapart chez les Soviets ! Ils nous ont bien soutenu du 1 er au 58 mars, pas un cheveu n’a dépassé. 

-  B - Un pour tous et tous pour un, sauf que là, il existe un risque de perdre des abonnés, certains lecteurs en ont marre d’entendre un discours marxisant de vieux fossile datant de la révolution de 1848 ! Remarque révolution ça veut dire revenir à son point de départ on est mal barré ! 

-  R - Gardes le moral on va bien rigoler, tu penses un grand squat à République ! On l’appellera NuitDebout. Mais pas trop kitch sinon il y a Finkelkraut et sa copine Elisabeth Lévy qui vont se pointer et on l’aura in the baba. Elle pourrait écrire dans Causeur que cette « agora kitsch » est une « escroquerie » ou bien que nous sommes des "bolcheviques de pacotille" comme le crache Veronique Genest.

- B - Laisses-moi rêver encore, moi aussi je serai un jour au Conseil de Paris ? Que du beau monde ! Comme l’ex-copine de Sarko. Ou ailleurs comme Fadela, une militante de la Marche des Beurs et de Ni pute Ni soumise, elle est recasée dans un bon job maintenant grâce au PS. Oui les Socialistes aiment agiter des chiffons rouges, c’est bon pour les élections. Après une fois élus, ils font ce qu’ils veulent. 

- R - Bon…tu as raison. Il ne faut pas oublier la lutte des classes. Et la convergence des luttes. Et la récupération, il faut organiser tout ça. 

- B - Tiens, si on y mettait aussi des commissions, de la tchache, des trucs où on discute en rond avec des gens hyper-intéressant. Des pointures qui maîtrisent à fond leurs sujets. Comme des militants associatifs qui aident, que dis-je, qui oeu-vrent souvent en silence, avec sincérité et dévouement, pour l’alphabétisation, les ateliers pour les migrants, les Mères pour la Paix, les visiteurs de prisons, les aides aux devoirs des enfants, les dentistes gratuits, les chaînes de l’espoir, les architectes sans frontière, Tous des professionnels ou des bénévoles qui sont passionnants mais qu’après on ne revoit jamais plus…

- R - On ne les revoit plus c’est vrai ! Pourquoi c’est toujours comme ça ? Mais bof cela ne fait rien… si cela fait pschitt pas grave ! Il y aurait une « commission constituante » et une « commission sérenité », j’y tiens,  on la baptisera « pô-le sé-ré-nité » ça sonne mieux. 

- B - Et qu’est ce qu’on y dira la-dedans ?  

- R - : Même si on n’y comprend rien pas grave ! On essaie de se forger, toi et moi , une culture politique de la démocratie mais il y a du rattrapage  à faire ! Vu que ni toi ni moi ne connaissons bien l'histoire du mouvement ouvrier, non plus que le modèle chinois ou soviétique. C'est de l'histoire ancienne cela nous depasse un peu. Vu que nous aussi , on est des reliquats du jacobinisme d’Etat et de la colonisation. Echoués là à Paris, ou en banlieue, comme nos parents et grands-parents, arrivés d’Algérie, du Maroc, de Tunisie, du Mali, du Sénégal, de Syrie, du Liban. Nos parents, nos amis vivent parfois très loin au bout du Rer, à Villeneuve-St-Georges, là tu sais où il y a des grandes gares souterraines un peu angoissantes et si glauques avec tous ces gens qui partent travailler à 5 h du mat’… 

- B -  Ces salariés souvent précaires ou chômeurs, ne demandent qu’une seule chose, c’est travailler plus pour espérer gagner plus, he bien ils ne viendront pas jusqu’à chez nous, dans notre assemblée populaire et mondaine Place de la République. 

- R - C’est à nous d’aller les rencontrer ces travailleurs, mais c’est fatigant. Et moins sexy que de recevoir Varoufakis ce bobo grec professeur d’économie à l'Université hyperclass de Stanford en Californie et plein aux as. 

- B -  Ces parents dans les quartiers sensibles, ils trop fatigués à essayer d’éduquer leurs enfants, à les maintenir loin de la drogue et de la délinquance, pour en faire si possible des médecins, des avocats, des informaticiens ou bien des agents administratifs ou des opérateurs téléphoniques… 

- R - C’est si dur de grandir, de devenir un adulte responsable, de gagner son pain. Non il vaut mieux faire de la politique à Paris, parler de ce monde pourri, avec des mots, toujours les mêmes mots qui font rêver…plutôt que d’le faire ! 

- B - Nous on préfère les Halles, le Rer. Et la Place de la République ça sonne mieux. 

- R - Ca c’est sûr, car aller au contact de la réalité économique locale…

- B - Ca existe ça la campagne ? Moi c’est pas mon truc ! Je préfère la crise grecque. La Loi anti travail je suis pour ? Ou je suis contre ? Je ne sais plus… Nous on est avant tout des jacobins. Des coopérations locales en région, loin de Paris et du centralisme se multiplient c'est vrai, mais nous on est pour la subversion politique, le grand soir ! Que des cercles vertueux se créent entre élus, socioprofessionnels, agriculteurs, mutuelles, associations et habitants pour valoriser un territoire selon ses ressources et ses atouts , ce n'est pas notre problème ! Nous ce qui nous intéresse c'est la strucure pyramidale, du haut jusqu'en bas. Le jacobinisme. Le contrôle. On est comme des fonctionnaires des pré-permanents de la politique.

- R - Quoi mais tu rêve encore c’est la NuitDebout maintenant. Pourquoi faire de la pub à la coopération solidaire ou à la transition énergétique citoyenne ? Ou s’en fiche. 

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- B - Et pourquoi pas aller élever des chèvres dans les Cevennes ou organiser à Calvi un Festival du Vent ?  Ou bien recommencer le Larzac. Non mais tu rêves-là ! Moi cela me fait peur, tout cet air pur, ce silence, ces solidarités, au-delà des mots, avec la Nature et avec les agriculteurs. On ne les connait pas ces gens-là ! Et portant certains se suicident à cause du desespoir et des impasses dans lequelles les ont  conduit les vendeurs de semences, de grains et des pesticides, avec la bénédiction des gouvernements successifs et du Credit Agricole…

- R - Tu oublies le commerce équitable. Pourquoi pas créer une coopérative pour sauver les oliviers et le jasmin à Grasse et vendre des légumes bios à St-Tropez ! 

- B - Non tu n’y penses pas vraiment dis-moi ? Devenir ébéniste-menuisier en Bretagne à Trégastel ! Faire des meubles ! Fabriquer du chocolat à Mulhouse ou à Besançon ! C’est trop dur le statut d’artisan, il faire bosser 16 h par jour et encore terminer la comptabilité la nuit…Ha non…. Ici c’est mieux tu vois on n’y est déjà Place de la République ! 

- R - Non j’ai encore mieux ! Ecoutes on écrirait en gros ceci : « Sais-­tu ce qui se passe là ? Des milliers de personnes se réunissent Place de la République à Paris, et dans toute la France. Chacun se réapproprie la parole et l’espace public. Ni entendues, ni représentées, des personnes de tous horizons reprennent possession de la réflexion sur l’avenir de notre monde. »

- B - Là tu y vas fort c’est pas un peu trop démagogue ? Qui va serieusement croire à ces discours simplistes sur la parole citoyenne ? « Reprendre possession sur l’avenir de notre monde ! » C’est beau à dire et à lire …mais ça vas où ? 

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- R - Qui va y croire ? Mais tout le monde. Il y aura foule tous les soirs. Attends la suite c’est pas triste ! On déclarerait « la po- li-ti-que n’est pas une affaire de professionnels, c’est l’affaire-de -tous. L’humain devrait être au cœur des préoccupations de nos dirigeants. » Oui c’est cela on s’adresse à nos dirigeants parce qu’on a des candidats aux élections comme eux. On est jacobins et parisiannistes comme eux. 

- B - Et on oserait ajouter sans rire, écoutes ça : « chaque jour, nous sommes des milliers à occuper l’espace public pour reprendre notre place dans la République. Venez nous rejoindre, et décidons ensemble de notre devenir commun. »  

- R - Oui oui oui décidons ici de notre avenir commun. Restons bien au chaud ici à Paris, dans la névrose politique jacobine à la française ! C’est à dire restons obnubilés par les relations toutes enkylosées,  entre les citoyens et la gouvernance. Continuons le combat ! Continuons à réclamer, à revendiquer sans fin, sans jamais rien construire vraiment . Que des mots et des incantations c’est plus confortable, sans jamais rien prendre, ni obtenir… Et continuons de maintenir par notre fameux centralisme démocratique, cette bureaucratie, que dis-je,  cette technocrature accouplée à la finance. Mais revenons sur terre et à la politique française. C'est notre job mais il est clair qu’avec notre squatt à République on ne risque pas de les embêter ! Hélas.

 

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