Les médias dominants font tourner les girouettes de l'opinion publique.



La Région Corse, comme l’ensemble de la vie publique en France, vit sous la menace permanente des médias parisiens dominants. Lesquels jouent avec nos nerfs et avec les destinées des décideurs politiques. Les grands médias « sont le pouvoir » et ils font tourner, comme des girouettes, les têtes et les opinions publiques. Désinformation, effet de répétition, statistiques fantômes, criminalité, chaînes d’infos en continu : voici le cas de la Corse pour analyser, les réflexes quotidiens comme les axes stratégiques des médias dominants, propriétés du système bancaire et financier. 
Se pencher sur cette oligarchie qui nous gouverne est un exercice aléatoire. Cela signifie poser des questions sans connaître les réponses et se fier à son intime conviction. Je me borne ici à tenter de relayer le débat politique et social tel qu’il se déroule dans les deux départements de la Corse.

Pour commencer : un moment fugace de télévision. Dimanche 13h15 le JT de France2 fait « l’autopsie » de la semaine politique dominée par les affaires Leonarda et Brignolles. On entend évoquer le « Président fusible », « le suicide en direct de la gauche », « le ministre socialiste de l’Intérieur fascisé par son camp » et « la prise en otage de la 5e (sic) puissance mondiale par une famille kosovar ». Rien que ça ! Les éditorialistes, Ch.Barbier (l’Express), M. Szafran (Marianne), N. Schuck (Le Parisien) sont des salariés de ces grands médias et des organismes financiers qu’ils représentent. Sur le plateau ( et les émissions qu’ils cannibalisent) ils rivalisent de formules spectaculaires. Jamais ils ne tournent vers eux-mêmes leurs analyses ! Sont-ils libres ? Ils commentent…

Les médias dominants ne cessent d’orienter la vie publique selon les intérêts du monde financier et bancaire qu'ils représentent . (Parenthèse : ces éditorialistes de la presse privée, sont-ils rémunérés avec nos impôts quand ils pigent pour le service public ?). Sur la cantonale partielle de Brignolles (élu L. Lopez FN) : le reportage de France 2 est comme souvent, excellent. Ainsi, dans le grand bazar de la soirée électorale, Claude Gilardo maire communiste de Brignolles Pd de la C.U. Comté de Provence, est lucide. Ecoutons-le sur le raz-de-marée médiatique à Brignolles : « 9000 votants, 20 télévisions ont déboulés ! Et on fait monter la mayonnaise ! On en fait pas autant pour un Président de la République. Que se passe-t-il ici ! Je suis furieux. » Quels rôles jouent les médias dominants ? Leur puissant impact sur la vie politique est-il surdimensionné. Font-ils tourner les « évènements » et la vie politique, donc les citoyens et les gouvernants, comme des girouettes ? La démocratie est-elle menacée ? 

L’éclairage régional de ce débat est révélateur. La Corse (et d’autres régions et thèmatiques) sont régulièrement abîmées dans les colonnes de la presse. « Le rouleau compresseur de l’anti-corse est puissant et diversifié »  répète le Dr Edmond Simeoni (*) à longueur d’années dans ses livres et sur son blog ( lire ici prochainement). En effet, lors de la visite en Corse (4 oct.) du Président de la République : les médias dominants se sont, une fois de plus, surpassés, insistant lourdement sur « le crime organisé ». Mais on ne voit jamais sur les écrans des JT nationaux de Fr2 et Fr 3, ni en Une de l’Express ou du Point : les agriculteurs ou les professionnels de filière agro-alimentaire corse, les entrepreneurs et les élus locaux de l’île.
 

Caricature. La Corse, est systématiquement écartée des JT , exceptés les « règlements de comptes entre malfaiteurs ». Plus grave : les reportages tous sujets, tournés par les équipes de France 3 Corse Via Stella ne remontent quasiment jamais, vers France 3 National qui dispose pourtant d’éditions « locales », « initiatives ». A IV3 (banque de reportages de France 3) lit-on les conducteurs des JT régionaux en provenance de Corse ? 

Dans le Figaro Jean-Marc Ayrault assure « à Marseille comme en Corse, le gouvernement s'est donné de nouveaux moyens pour s'attaquer à la racine du mal, lutter contre cette pègre, contre ces organisations de type mafieux ». Paris-Match voit la Corse comme un « farwest ». Le JDD: « Manuel Valls fait un travail acharné pour rétablir la sécurité ». En voyage aux Antilles ( 18-19 oct.), le Ministre de l’Intérieur s’est abstenu toutefois de toute déclaration intempestive sur la « génétique » du crime…alors qu’il n’avait pas hésité à proférer ce type de propos à l’encontre la Corse. Il faut dire que l’affaire Leonarda et le raz de marée médiatique sur Brignoles ont secoué comme jamais le gouvernement de Jean Marc Ayrault. 

Désinformation. La Corse, qui fait partie de la République, reste donc un territoire invisible mais fantasmatique où « il fait toujours beau »« les paysages sont sublimes ». Pourquoi cet écharnement et où est l’équité ? Comment fonctionne la perversité ou la schizophrénie des médias dominants quand ils évoquent la Corse? D’autres sujets politiques, sociaux, économiques traversent l’île. Mais l’accumulation, tant des clichés que des faits réels concernant « le système mafieux » aboutissent finalement à une désinformation. Cette actuelle image désastreuse est  démultipliée par les médias parisiens, alors que l’île est une entité géostratégique en Méditerranée avec une Collectivité Territoriale, une Assemblée d’élus (es) qui fait un immense travail. 

Que la Région Corse pilote ou participe a de très nombreux programmes européens d’envergure. Qu’elle dispose de services dédiés essentiels :  « l’ADEC, l’OEC, l’OTC, l’ATC, l’ODARC, l’OEHC, la MITIC, l’Outil Culturel, les Musée de la Corse etc… ». ( explications de ces signes sur le site de la CTC) Sans oublier le « Plan énergétique 2005 - 2025 », et le Padduc. Ce hiatus entre réalité et manipulation permanente de l’opinion par la majeure partie de la presse nationale, est en décalage avec la réalité vécue par les habitants de Corse. Une île dont la population augmente en continue (315 000 hab.) via une immigration d’actifs ( accueillis, assimilés, intégrés) venus profiter des bénédictions d’une nature et d’une culture protégées, grâce aux incessants efforts des insulaires. Michel Castellani élu territorial Femu a Corsica dans le magazine Paroles de Corses« de 1991 à 2008 la population de la Corse a augmenté de 49472 unités. Hors l’excédent naturel les flux migratoires ont dégagé un surplus de 48152. Les choses d’accélèrent. Chaque jour 15 à 25 personnes s’installent,5 à 10 quittent l’île. Le paradoxe de l’île est donc la permanence d’une crise sociale aigüe et l’installation active de migrants. » 

France Télévision et la Corse. Aucun de ces sujets essentiels de la vie insulaire dans les JT France 2 et 3. Sans minimiser les chiffres réels de la criminalité comme « les statistiques fantômes » ( nous y reviendront ) : on y trouvent souvent l’anathème et les dérapages non contrôlés. Ainsi certains assassinats, agressions, incidents commis en Corse sont d’abord, dans l’urgence de l’actualité, présentés par les médias nationaux comme « mafieux » ou « raciste » . Quand les enquêtes de police les qualifient ensuite de crimes passionnels ou de non-évènement : il n’y a souvent pas de rectificatif  (« le crime raciste de Al Jazira Télévision », « le pompiste ajaccien », « la soi-disante agression contre une équipe de télévision sur une plage »). 
Il y a chez les journalistes des réflexes, des automatismes inconscients, augmentés par la déferlante des chaînes d’informations en continu. Ces erreurs, oublis, mauvaises habitudes professionnelles donnent des « répétitions » qui intoxiquent lentement le téléspectateur.

Selon Robert Marty ( blog marty-robert@neuf.fr) : « ces répétitions inlassables, à force quasiment névrotiques, altèrent-elles les faits et leur signification et jusqu'à quel point ? Voir le train fou de Saint Jacques de Compostelle dérailler 2 ou 3 fois dans votre salon c'est une chose mais 1000 ou 2000 fois en arrière-plan c'en est une autre. La quantité se transforme alors en qualité, pour quel résultat ? L'effet sur les esprits diffère peu des effets de la publicité : c'est sa répétition des perceptions dans l'espace public qui fait qu'un signe devient un signe de loi, comme une marque par exemple .» Quelle est la marque de la Corse ? Comment fonctionnent les médias nationaux sur les sujets traités ? 

La conviction de Jean-Yves Le Gallou est diffusée sur le site de sa fondation Polemia ( avec ses passionnantes 17 thèses ) et dans son ouvrage percutant La Tyrannie médiatique ( Ed. Via Romana 378 p - 23€) : « les médias ne sont pas un contre-pouvoir. Ils ne sont pas davantage le quatrième pouvoir. Ils sont progressivement devenus le premier pouvoir : celui qui s’exerce sur les esprits. Plus inquiétant, ils semblent même prendre le contrôle des autres pouvoirs, intellectuels, politiques et judiciaires. Or journaux, radios, télévisions et même certains sites d’information en ligne ne sont ni indépendants, ni libres. Ils subissent la loi d’airain publicitaire des banques et des financiers, prisonniers des préjugés de ceux qui les font, la caste journalistique "."Espérant le renversement de cette tyrannie des temps modernes par l'esprit critique, la réinformation, l'essor des médias alternatifs la démocratie numérique " : il est invité à parler de son ouvrage dans les librairies et les cercles d’extrême-droite. Dans le pur domaine de l'analyse concernant la structure financière des grands médias : les observations de Jean-Yves Le Gallou sont fiables, son propos pertinent et cohérent.

Sur la Corse Jean-Yves Le Gallou remarque: «dans l’acharnement des médias il y le phénomène feuilleton, un sujet qui revient régulièrement. Le côté dramatique émotionnel joue aussi c’est vendeur, cela accentue le pouvoir des médias et l’idéologie dominante. Les êtres humains n’aiment pas ce qui est décalé, choquant. On assiste à une diabolisation. En Corse il y a un effet de masse qui concorde avec la spéculation et la pression  immobilière. Donc une forte volonté de soi-disante normalisation, le tourisme comme la spéculation ont des intérêts convergents. Dans l’actualité d’autres thèmes récurrents reviennent associés aussi à des décors splendides hypermédiatisés en cas d’accident. Dont Chamonix, avec le Mont Blanc en arrière-plans des reportages. Le système médiatique français est aux mains de grands oligarques. Le Figaro pour Dassault, Bernard Arnault de LVMH pour Les Echos, Edouard de Rothschild pour Libération, Bouygues pour TF1, Lagardère pour les filiales de Vivendi Universal, de nombreuses radios dont Europe 1, des télévisions dont Canal+, des journaux dont Le Parisien. ». 

Chaque année Reporters sans Frontières publie un baromètre de la liberté de la presse dans le monde. La France plonge dans le classement : 11e en 2002, 19e en 2004, 35e en 2006 et en 2008, 43e en 2009. En 2013, dans ce classement mondial de la liberté de la presse sont en tête : la Finlande, les Pays-Bas, la Norvège. La France est 37ème. Tout en bas, trois dictatures composent le « trio infernal  » : le Turkménistan, la Corée du Nord, l’Érythrée. 

Donc lire avec circonspection et réfléchir à ce qu’on lit, ce qu’on entend, ce qu’on voit. Un exemple sur le vif ? ( que tout le monde peut s'amuser à refaire chez soi facilement) . Je lis avec stupéfaction ce bandeau sur l’écran de BFMTV ( 22 oct. 12h49) « Impôts en hausse. Un français sur deux approuve l’exil fiscal » Ah bon ! Les Français veulent-ils des moitiés d’écoles? Des magistrats et des gendarmes à moitié sourd et aveugles ? Des routes et des hôpitaux publics coupés en deux ?

Liliane Vittori

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