Un référendum des départements face au « capharnaüm » de la réforme territoriale ?

Ce projet de réforme territoriale est annoncé en « procédure d’urgence » au Parlement pour juillet. Pourtant, de l’Alsace à la Bretagne, du Pays Basque à la Savoie jaillissent tous azimuts, des cris, des  clivages, des anathèmes, des "drapeaux en berne", des protestations, un sentiment de relégation » et des manifestations. Le tout contre le vaste "capharmaüm" concocté depuis Paris, par certains énarques devenus apprentis sorciers.  Le Collectif 44=Breizh ( proche de l'UDB et du député du Morbihan Paul Molac) propose une autre carte de France déclinée en 15 Régions, en cohérence avec les réalités locales et les potentiels économiques. Pour une majorité d'élus locaux déboussolés : seul un référendum  - la démocratie tout simplement -  pourrait mettre de l'ordre dans le chaos annoncé par cette réforme territoriale. 
Comme les élus de Corse, les élus de 44=Breizh anticipent… affinant la réflexion préliminaire, en lieu et place  de la technocratie parisienne, c'est à dire des intervenants non élus et travaillant dans l’ombre. A savoir les énarques, les conseillers spéciaux (venus de la Bank of America) , les consultants, les cabinets de conseils. La plupart souvent hélas incapables d’entrer dans les logiques économiques et culturelles régionales. Incluant les solidarités territoriales et sociales, les cohésions internes et historiques de ces territoires. L'Association des Départements de France (ADF) demande : " un nouveau progrès de la décentralisation et pas seulement un texte de clarification et de confirmation. Notre pays doit s’inscrire dans une démarche historique de décentralisation à l’échelle de l’Europe et du Monde". De même une majorité de Présidents de Conseils généraux réclame « un diagnostic de la situation des départements afin d’adapter nos organisations pour ne pas créer à travers cette réforme à la hussarde, des territoires de gestion technocratique, des lieux de relégation. Nous refusons la disparition des départements sous couvert d’économies substantielles à réaliser mais non démontrées ! Nous exigeons un débat national ». 
44=Breizh propose : «  le droit d’option des départements à choisir leur Région d’appartenance via un référendum local» . En effet les suggestions sont multiples, la confusion est totale, les élus locaux sont déboussolés face à la  procédure d'urgence pour faire passer la loi de réforme territoriale en juillet. Ce dossier tourne-t-il au vinaigre ? Sans débat, sans concertation des habitants, le gouvernement tente de le faire passer en force. D’autant que, outre le pur découpage cartographique, la question vitale des compétences, des moyens financiers, du réel pouvoir économique régional risque de passer inaperçu ! Sur le découpage voici un florilège du " capharnaüm" stigmatisé par 44=Breizh . Souffrant « d’un sentiment de relégation » les maires ruraux (AMRF) mettront leurs drapeaux en berne « pour manifester leur hostilité au projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République ». Le Pd des Pays de la Loire, après avoir défendu une fusion avec Poitou-Charentes, et entrevu une fusion avec la Région Centre a retourné sa veste. Il défend maintenant le Grand-Ouest, Bretagne inclue ! La région Centre réclame une fusion avec Pays-de-Loire pour une grande région Val-de-Loire ! On s’en doute, le « statu quo d’un Grand-Ouest ne fera pas oublier la revendication d'une Bretagne réunifiée » : la Loire-Atlantique et ses 10 000 manifestants souhaitant être rattachés à la Bretagne réunifiée « ne se rayent pas d'un coup de crayon »L’Oise ou la Charente lanceraient-elles une consultation ? 
Le député Fr. de Rugy a initié une concertation sur internet. Autre plans B ? Certains élus aimeraient voir la Picardie "fusionner" avec la Normandie...pourquoi pas ?  A Dijon: le PCF de Bourgogne et de Franche-Comté veut un référendum. R. Dantec, qui avait défendu une entité Bretagne-Mayenne, signe avec EELV pour le Grand-Ouest intégrant une "assemblée de Bretagne à 5 départements !" « C'est une aberration explique 44 Breizh avec deux collectivités au sein d'une même région! ». A l’est, 16 élus alsaciens de droite restent vent debout contre la nouvelle entité « Alsace-Lorraine ». A Bayonne, la plate-forme Batera maintient sa demande « d’une Collectivité Territoriale spécifique Pays Basque ». En Savoie, la réforme territoriale « à l'emporte-pièces » fait polémique pour EELV. Le FN considère comme  "absurde" ce regroupement Rhône-Alpes-Auvergne et l'UMP suggère « une consultation populaire ». Car le Cantal et la Savoie, toujours aussi éloignés « se retrouveraient  aux confins lointains d'une super-entité ».  Stratégie pour sortir du capharnaüm ? Les élus locaux vont-ils renoncer ? Selon 44=Breizh : « la manifestation du 28 juin à Nantes est cruciale.Voir des élus baisser les bras face aux blocages politiques et administratifs, provoque la colère, renforce la méfiance grandissante vis à vis des institutions ».
Le gouvernement de Manuel Vals saura-t-il écouter les vœux et les initiatives municipales ? Saura-t-il organiser un débat parlementaire avec « un droit d'option pour les départements via le droit référendaire local » ? Retour du réfoulé ? Cette option démocratique et républicaine, que le M. André Vallini Secretaire d'Etat à la Décentralisation avait écartée, pourrait-elle revenir dans l’actualité ? 

 Liliane Vittori.

 

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