Corse : St-Martin et Ste-Julie à l'avant-garde du tourisme patrimonial.

Santa Ghjulia : ponte tra storia , cultura e spiritualita. Partenariat entre Toscane et Corse, l’opération patrimoniale Santa Ghjulia (Speluncato-Nonza-Patrimoniu ): un levier pour le tourisme durable, à la croisée de l’histoire méconnue de l’île et de la survie du rural insulaire.

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Sainte Julie vénérée en Toscane est une martyr chrétienne qui fut crucifiée à Nonza (Cap Corse) en 303. Au XXIème siècle, l'opération Santa Ghjulia est le fruit d’un jumelage Corse-Toscane. Une belle rencontre entre une délégation de l’itinéraire toscan Il Cammino di Santa Giulia (Carlo Pichietti), avec des élus corses (Lionel Mortini Pd de l'ODARC), des historiens de la Fagec (Stephane Orsini), des militants associatifs réunis autour de Cristianu Andreani Président du Réseau européen des centres culturels St-Martin. L'initiateur en Corse de ce rapprochement est Raphaël Quilici de la Confrérie Sant’Antone Abbate de Speluncatu. Il agit de renforcer les relations, de s’inspirer des expériences nées des parcours spirituels liés à la vie des saints et aux racines historiques de certaines villes européennes. Le tout dans la logique d’un tourisme patrimonial capable de revitaliser le rural insulaire.
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C. Andreani : « En Corse les sources historiques concernant St-Martin ou Ste-Julie sont rares. Pourtant les récits se sont accumulés au cours des siècles. C’est important car tout cela parle bien sûr du territoire, via ces projets, on qualifie le territoire insulaire. Le rayonnement de ces personnages antiques est tout simplement énorme! Ste-Julie a été crucifiée en Corse et la vie des martyrs a inspiré les grands contextes historiques. Voyez Venise avec Saint-Marc dont les reliques ont tout simplement amené à la construction d’une basilique à Venise! Pour Santa Ghjulia c’est pareil, au 8ème siècle on vient chercher en Corse, puis dans l’île de la Gorgone, ses reliques et elle devient la patronne de Livourne et de la Toscane. »

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Au fil des siècles, l’histoire est ainsi vécue et transmise de manière naturelle entre la Corse et la Toscane au fil des traversées. En Corse, la résilience, le retour aux sources de l’histoire de l’île, passe par la réactivation des liens culturels millénaires avec la péninsule italienne. Des retrouvailles qui signifient une réconciliation avec ce qui a été la terra ferma la plus proche de l’île, à savoir Livourne porte d’entrée de la Toscane, à 3 h de ferry depuis Bastia !
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Raison pour laquelle l’opération corse Santa Ghjulia (Speloncato-Nonza-Patrimoniu 14-15 sept. 2019) révèle toute sa charge affective et symbolique. Cette sainte vénérée en Toscane, dispose d’un parcours de pèlerinage jusqu’à Brescia (22 villes, 400km). Esclave originaire, selon la légende hagiographique, d'Afrique du Nord, elle fût crucifiée à Nonza (Cap Corse) en 303. Elle avait dit-on refusé de participer à une fête païenne. Son martyr est-il aussi un révélateur des périodes méconnues de  l’histoire insulaire  dont les archives sont majoritairement consultables en Italie ? Quels sont les enjeux patrimoniaux et touristiques des parcours de pèlerinages spirituels ? C’est un processus qui n’est pas nouveau mais que l’on doit , en Corse comme en Italie et ailleurs en Europe, à l’intuition géniale des élus et des historiens. En valorisant le patrimoine religieux, ils assurent la relance ( le sauvetage ! ) du rural en enrichissant l’offre touristique patrimoniale. Une logique simple, enracinée, en faveur d’un gisement exceptionnel ici en Corse, c’est à dire des ce
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ntaines de  toponymes, de chapelles et d’églises disséminées sur tout le territoire insulaire. 
A Speluncato (Balagne) l’opération organisée par Raphael Quilici a démarré avec l’accueil de la délégation toscane en présence du maire (J.-F. Poli), des présidents de l'ODARC ( Lionel Mortini) , de la ComCom Île Rousse-Balagne (L. Mortini, A. Salducci), de l'Office du tourisme intercommunal d’Ile Rousse-Balagne (T. Ceccaldi). Visites, conférence sur les liens au Moyen Âge entre la Corse, la Gorgone, la Toscane, inauguration de la toute première plaque en Corse de l’itinéraire Ste-Julie.

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A Nonza, après l'accueil par J.-M Dominici 1er adjoint,  la journée s'est déroulée autour de l'intervention d'un historien local J.-S Nugues, puis de la visite de la Chapelle lieu de la crucifixion. Site indiqué par une fontaine et un petit tableau datant de  1820 … dans lequel les délégués italiens nos amis de Buti ont reconnu la représentation identique d’un reliquaire ancien qui figure sur les peintures de Livourne dédiées à la sainte ! Ensuite à Patrimoniu  le maire J.-B Arena a accueilli les festivaliers et la délégation italienne. Ces échanges sont importants non seulement pour les historiens et les chercheurs mais aussi pour les élus chargés de l'aménagement du territoire et des stratégies politiques, culturelles et touristiques.

S. Orsini historien à la FAGEC : « grâce aux recherches historiques relatives à Ste-Julie, beaucoup d’indications nous replacent dans le contexte du Haut Moyen Âge juste avant l’arrivée des Pisans (11 è siècle). Le circuit des reliques de Ste-Julie entre Corse, Ile de la Gorgone et Toscane révèlent les liens entre notre île et ses proches voisins. Il est admis par la tradition que tout le corps de la sainte reposait à Nonza, la dépouille a été déménagée par crainte des outrages qu’aurait pu lui causer les Lombards, qui n’étaient pas encore des envahisseurs apaisés qu’ils sont devenus ensuite. Les moines  transportent d’abord la relique jusqu’à leur monastère de l’Ile de la Gorgone et ensuite face au péril sarrasin, la dépouille est transférée à Brescia ». Comment vivaient les habitants de la Corse pendant le Haut Moyen Âge ?

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S. Orsini : « A la Fagec, nous avons des relations fortes avec les chercheurs de l’Institut International d’Etudes Ligures, ce n’est pas un rapprochement artificiel, on retisse peu à peu des liens. Pas  pour le seul plaisir d’échanger avec  l’autre rive de la Tyrénnienne, on veut en savoir plus sur ce passé qui nous échappe. Comment vivaient les habitants de la Corse pendant le Haut Moyen Âge ? Période surlaquelle nous avons peu d’information. Alors nous accentuons le travail en réseau avec des militants associatifs et des chercheurs qui en sont déjà à l’étape de la valorisation du patrimoine.
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Cela nous fait gagner du temps, pour être plus efficace, pour convaincre les autorités locales ici en Corse. Tout ceci n’intéresse pas que les historiens  on travaille pour l’intérêt général , on réunit des éléments en faveur du développement durable de l’île, d’un tourisme culturel de qualité, au service des habitants pour qu’ils se ré approprient leur histoire »

 

LV

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