Reims. Procès SCBastia contre policiers : la jeunesse corse "ni mouton, ni loup".

Reims 22 mars 16. Procès du racisme anticorse ? Habituellement banalisé, non sanctionné, ce stéréotype mental et brutal, sera-t-il enfin au coeur du procès opposant les supporters bastiais, aux policiers accusés de fausse déclaration présumée, suite aux blessures graves, provocations et heurts de l'après-match du 13 février ?

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Reims- Palais de Justice.  Ce 22 mars, 7 supporters bastiais passent en justice, leur association « Bastia-1905 »  riposte avec force, portant plainte pour "faux et usage de faux" contre des policiers rémois. Quels genre de heurts en centre-ville ont-ils réellement opposés les supporters de Sporting Club Bastia aux policiers rémois le 13 février ? Une certitude : il y a eu 9 interpellations et un jeune étudiant Bastiais Maxime Beux a perdu un oeil (il sera défendu par Mtre Dupond-Moretti).
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Gravement blessé le jeune homme est pourtant laissé sans soin, pendant plusieurs heures dans les locaux de la police, jusqu’à une perte de connaissance… qui décide finalement ses goèliers à le conduire à l’hôpital ! 
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L’affaire avait immédiatement entraîné 4 jours d’ émeutes à Corte et Bastia en février. La séquence s’était terminée le 20 février, par une extraordinaire manifestation non-violente et chorégraphiée, Bd Paoli à Bastia, sous les yeux médusé des services de renseignements et des Crs, maintenus donc l’arme au pied. Du jamais vu ! Le Président de AFC-UMANI, Jean-François Bernardini, chanteur d’I Muvrini et initiateur des opérations dédiées à la non-violence en Corse avait affirmé : « Bastia à limogé la violence. On ne va au foot comme à la guerre !
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On ne dresse pas les policiers comme des chiens de combat ! ». 
La LDH de Corse ( présente au procès en observatrice) rappelle que « le dernier mot sera donné à la justice. Mais ce dernier mot n’aurait de sens que s’il est la conclusion d’un débat contradictoire à armes égales, dans un climat serein, sans pression aucune ». Ce procès sera-t-il celuidu racisme anticorse ? Lequel racisme anticorse, a peut-être conduit à un excès de violence policière ?  La blessure qui a entraîné la perte de l’usage d’un oeil de M Beux, 
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a-t-elle été le fait d’un tir inconsidéré de flash-ball ? Les déclarations, un peu précipitées et peu pertinentes du Préfet de la Marne avaient été aussitôt sévèrement critiquées par Gilles Siméoni Président de la Collectivité Territoriale de Corse. Après les soi-disants incidents le Procureur de la République de Reims avait d’abord affirmé  « aucun élément ne permet en l’état d’affirmer que les blessures résulteraient de l’usage d’un Flash-Ball par les services de police ». Suite aux réactions consternées des élus insulaires, la Préfecture de Reims avait modifié sa position, admettant « qu'un policier champenois a bien fait usage de cette arme mais pas en direction de Maxime Beux ».  Selon les policiers locaux le supporter bastiais « se serait blessé en tombant sur un poteau de stationnement ». En comparution immédiate, les 9 insulaires interpellés à Reims, devaient être poursuivis pour "outrage » « rébellion », « violence » et « transport de produit explosif ». Aujourd’hui la donne à changé. Mtre Eric Dupond-Moretti est à la manoeuvre dans le cadre d’une information judiciaire ouverte « pour clarifier les circonstances de la blessure de Maxime Beux » et d’une plainte à l’encontre des policiers pour «  fausse déclaration ». Ce jour à Reims les familles et les proches supporters bastiais, assistent à ce procès « sous-tension » (selon les médias locaux), ainsi que la LDH de Corse, et le Défenseur des droits Jacques Toubon« qui mène son enquête ». 

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 Bastia-1905,  partie civile, alerte sur les risques de conflit d’intérêt, de « partialité », de collusion entre les services de l’Etat et les forces de police, ainsi que sur les frontières floues de la soi-disante séparation des pouvoirs : « 7 des nôtres se présenteront à la barre, 7 membres de Bastia-1905, 7 jeunes Corses. Les coupables accuseront demain et pire ils jugeront peut-être : tels sont les vrais enjeux de cette audience. Ces 7 supporters du SCBastia, ne sont pas simplement un symbole, ils sont l’avenir de la Corse. La jeunesse corse a décidé de n’être ni mouton ni loup, elle veut se frayer un chemin, son chemin." . Se faisant analyste politique (et victime souvent) du jacobinisme à la française, et rappelant l'article 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, Bastia-1905 souligne qu’il y a risque : « à pousser de très hauts dignitaires à flouter les frontières pourtant primordiales d’un état de droit de séparation des pouvoirs. Si les coupables jugent, alors l’effondrement d’une société sera inéluctable ». A la veille de l’audience, Me Jean-André Albertini, l’un des avocats de ces jeunes supporters, annonce selon RCFM, avoir pris connaissance de certaines vidéos  "nous avons eu accès au CD qui contenait des vidéos, pas toutes, de la scène des interpellations. Le 19 février nous avons déposé plainte pour violences aggravées. Aux vues des vidéos, j’ai vu des distorsions totales entre les images et les déclarations des policiers. J’ai donc déposé plainte pour faux et usage de faux auprès du Procureur de la république. Nous avons clairement des positions de policiers, qui sont contraires aux images vidéos que nous avons pu visionner. Il y a, à mon sens, une altération totale de la vérité aux fins de faire valoir un droit qui est de porter plainte contre les supporters du Sporting Club de Bastia”.  Les supporters bastiais maintiennent leurs dépositions et accusent les policiers de « déclarations largement incohérentes »« N’oublions pas, écrit Bastia 1905 qu'au travers de ces jeunes, c'est la Corse qui est attaquée. Le combat, n’est pas fini, la solidarité exemplaire dont nous faisons preuve doit persister. Avec elle une vigilance accrue de l’ensemble des couches de notre société est indispensable afin de maintenir le respect de ce qui fait de nous des Corses. Nous serons ensemble demain, physiquement ou spirituellement avec ceux qui demain combattront nos ennemis. » Pour calmer le jeu  et rester dans une approche de fairplay sportif et de nonviolence : l’auteur de cet article de blog, se risque à écrire que les partisans et militants de la nonviolence ne manqueront pas de fustiger ce langage guerrier qui parle « d’ennemis » . Toutefois, cette nouvelle affaire va permettre ( peut-être) à la gouvernance France, de commencer ( enfin!) à sanctionner avec sévérité, toutes les déclarations entâchées de racisme anticorse. Lesquelles déclarations sévissent, dans les milieux du football et dans les grands médias dont L’Express. Pour mémoire,  le Directeur de publication Christophe Barbier avait osé déclarer  : « la Corse est un confetti encombré de chêvres et de châtaigniers.».  Espérons que la grande vitalité du sport corse, et de ses équipes se distinguant dans les compétitions et championnats nationaux ( football, rugby, volley, endurance, natation, tennis, danse, gymanastique, athlétisme etc…) donne (enfin) tort à la pensée dominante raciste anticorse.  Les policiers ont-ils cru qu’ils pouvaient impunément « casser du supporter corse » ? A leur décharge,  je constate que de la Corse…ils ne connaissent rien. Vu que les médias nationaux , télévision publique française incluse, ne diffusent quasiment jamais de reportage dans les JTs et magazines, sur la société corse (  hormis des paysages spectaculaires et touristiques). 
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LV

 

 

 

 

 

 

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