"Corsica" (L'IDEE LIBRE n°329): vérités non biaisées sur l'Histoire

Vérités historiques, non filtrées, non biaisées dans "Corsica" n°329 de la revue L'IDEE LIBRE. En "libre examen": décryptage des colonisations génoise puis française … alors que Les Lumières portaient, au zénith, en Europe, les concepts républicains de la Constitution de Paoli.

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Coordonné par l’historien et Libre Penseur Jean-Marc Schiappa, ce percutant n° 329 de la revue L'Idée Libre (74 pages - 6€ - Maisons de la presse  et librairies - Corse et continent), révèle des faits authentiques et méconnus sur la Constitution visionnaire de Paoli et sur les excès des dominations successives de l’île. Occupation? Annexion ? Marchandage ? Persécutions? Discrimination douanière ? Colonisation ? Quelle est la véritable histoire de l’île, depuis les Révolutions de Corse et en regard de la désinformation permanente qui hante et empoisonne les relations conflictuelles entre la gouvernance jacobine de Paris et la Corse? 

 

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LA CORSE : UN GEANT DE L'HISTOIRE ? Ces dossiers publiés dans le mensuel L'IDEE LIBRE  ( en librairies et maisons de la presse ) sont issus des archives insulaires et des annales de la Constituante. Ils accompagnent une initiative en faveur d’une inscription de la Constitution Paoli au registre Mémoire du Monde de l’Unesco.
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Pour plonger dans cette dramaturgie, suivons le chemin balisé par les historiens et méditons sur ce qui fût un simulacre de « conquête » en 1768, sur la modernité de la Constitution de Paoli de 1755, sur les arcanes de la Constituante de 1789, sur la dynastie impériale des Bonaparte, sur ce mariage forcé et perpétuellement malheureux, entre Corse et France. Peut-on en savoir plus sur le riche passé politique de l’île-montagne, éclipsé par une histoire de France, ingrate, arrogante, jacobine?
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Sur la Corse, qui n’est pas une plage anonyme, sans cursus politique et intellectuel, qui serait exclusivement dédiée au tourisme de masse et dépourvue de patrimoine culturel, de littérature, de cinéma et d’évènements historiques ? Des stéréotypes ultra répandus dans l’opinion publique, les médias dominants, les cercles politiques continentaux, illustrent ce permanent divorce entre la Corse… et le « pays ami » depuis 1768 (annexion par le roi Louis XV). Récemment Alexis Corbière député France Insoumise s’étonnait : « pourquoi une Corse si éloquente en faveur de sa propre histoire? » Question illustrant l’abîme d'incommunicabilité entre Corse et continent  français. Alors que Robespierre avait évoqué en 1790 « une confédération entre les deux peuples ».

LA CORSE PROTOTYPE DES LUMIERES « Avec sa méthode, celle du libre examen, ce numéro aide à la connaissance et à la compréhension de la Corse. Ce qui est terrible c’est l’immense somme de clichés concernant l’île. Un cercle vicieux qui nourrit l’ignorance et interdit la réflexion »: souligne Jean-Marc Schiappa, président de l'Institut Recherche et Etudes de la Libre Pensée, spécialiste de Gracchus Babeuf et de la Conjuration des Égaux. 

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Que signifie le « libre examen » si cher aux Fédérations Nationales des Libres Penseurs? C’est un mécanisme vital, l’art du contrechamps, de la controverse, de l’antithèse et de l’investigation historique, selon la philosophie de la « raison » crédo de L’Idée Libre « revue du rationalisme expérimental, sans dogme, sans livre sacré, la revue de l’individu qui conquiert ses libertés ».  Bref tout le contraire des certitudes confortables de la propagande mais un exercice toujours délicat parce que l’Histoire, selon la Libre Pensée, reste la "science du changement."

 

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CUSTITUZIONE DI A CORSICA Sur l’histoire politique d’une île, voici dans L’Idée Libre ( en vente toutes librairies et Maisons de la presse ) les dossiers d’historiens, certains prestigieux dont Jean-Guy Talamoni, président nationaliste de l’Assemblée de Corse. La nouvelle majorité élue en 2015, avait  prêté un serment solennel sur le texte d’origine de la Constitution de Paoli de 1755. Autres signatures: Florence Gauthier, Ph.-A. Graziani, Sixte Ugolini, Philippe Gugliemi et Jean-Marc Schiappa. 

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Faut-il saluer, et même s’inspirer, de la construction politique d’avant-garde des Théologiens d’Orezza (Haute-Corse) qui préfigure les convictions de Paoli ? Sa Constitution de 1755, inaugure la séparation des pouvoirs, le vote des femmes, l'autodétermination des peuples " à disposer d'eux-mêmes". Pourquoi apprécier ce pour moment de cinéma: la rencontre entre Robespierre et Pasquale Paoli à Paris au Club des Jacobins en 1790 ? Quel fût l’écho du constat accablant d'abandon signé dans les Cahiers du Bolchevisme en 1927 par le militant communiste Ph.-A.Graziani ? Que révèle l’hommage de Me Sixte Ugolini sur la Libération de la Corse en 1943? Comme une confirmation, peut-on dire que le modeste village de Porri-di-Casinca, est marqué comme tant de sites insulaires, par le grand sceau de l’Histoire un papier de la journaliste Liliane Vittori ? 
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Rappelons que notre île bien-aimée, a fonctionné du temps de Paoli, comme un prototype grandeur nature, admiré et commenté dans toute l’Europe et dans l’Amérique des Constitutionalistes, car appliquant en Méditerranée, in situ, les lumières démocratiques de Montesquieu, Voltaire, Rousseau. Avec en apothéose, le dantesque travail du législateur de l’Etat français l’empereur Napoléon Ier  qui fût d’abord paoliste et qui possède parmi tous ses talents, celui d’être un portrait caché de Paoli. REPUBLICANISME ? IMAGINAIRE NATIONAL CORSE ? Dossier « Sources et innovations du Républicanisme »: Jean-Guy Talamoni décrypte l’épopée constitutionnaliste de Pasquale Paoli et rappelle l’impact des Révolutions de Corse, sur la pensée politique européenne à l’époque des Lumières. J.-G. Talamoni, qui mène un triple carrière d’avocat, de chercheur transdisciplianire en Histoire et de dirigeant nationaliste, est le co-fondateur de Corsica Libera et l’actuel Président de l’Assemblée de Corse.  Les sources de la Constitution de Paoli de 1755, et des idées politiques des Lumières ici en Corse ?« En six lignes manuscrites, un petit peuple de Méditerranée donne les signaux essentiels  de la modernité en politique »: affirme J.-G. Talamoni qui fait le point sur le « républicanisme de Paoli » et analyse notamment l’avant-propos de la Constitution de Paoli « un concentré d’innovations ». Un exploit accompli en Corse et dont l’actuelle majorité territoriale insulaire
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s’est inspiré, depuis toujours, et en particulier symboliquement, lors son arrivée aux commandes de la Collectivité de Corse en 2015. Sans toutefois parvenir à briser la tutelle française et à faire bouger l'Etat français sur ses principales revendications: un statut social et fiscal adapté , un statut de résident, une « inscription de la Corse dans la Constitution ». Des demandes rejetées par la gouvernance France au fil des persécutions, des aléas, des rétropédalages, des humiliations particulièrement celles infligées par E. Macron, dont l’ignorance n’a d’égale que la suffisance grotesque à l’égard de tout fait politique d’envergure, qu’il est toujours et comme automatiquement, incapable d’évaluer. « VIVETE FELICI VIVONS HEUREUX »  Lors de cette plongée dans l’histoire de la Corse : J.-G. Talamoni développe sur la « liberté », le « concept de nation », et « l’imaginaire national corse » qui a nourrit la réflexion des  constitutionnalistes insulaires et européens. Surgit alors « le droit au bonheur » qui selon J.-G. Talamoni est «  étroitement associé au processus révolutionnaire corse ». Processus politique fécond: la constitution corse inspiraient directement la Constituante et la Constitution américaine. Jean-Guy Talamoni ne se privant pas, au passage, de pointer une approximation regrettable de l’Encyclopédie Universalis qui attribue faussement à la France et aux Etats-Unis le principe « d’autodétermination des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Alors que ce concept est né sous la plume de Pasquale Paoli en 1755 ! Raison pour laquelle Jean-Marc Schiappa lance un mouvement pour faire inscrire la Constitution de Paoli au registre Mémoire du Monde de l’Unesco.

ENTREE EN SCENE DE PAOLI et ROBESPIERRE Document essentiel publié dans ce numéro « Corsica » de L’Idée Libre: l’historienne Florence Gauthier nous propose comme un moment de cinéma, avec une entrée en scène de Mirabeau puis de Robespierre. Nous voici en 1789, l’île s’enflamme immédiatement pour le processus révolutionnaire français et l’opportunité de se libérer d’une occupation militaire royale qui a considéré d’emblée la Corse « comme une conquête coloniale ». Avec tous les excès, dont le terrible carcan de lois douanières défavorables, qui avait encadré  (jusqu’en 1912) et détruit  en quelques années, les exportations de l’économie insulaire. Les ravages de la technocratie jacobine déjà…

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Mais en 1789, la Corse resterait-elle française ou serait - elle rendue à Gènes? Se profile et c’est une information capitale de Florence Gauthier, une «  union constitutionnelle dans le respect de la personnalité et de l’intégrité territoriale ». Une confédération ? F. Gauthier reconstitue le retour à Paris de Pasquale Paoli qui avait été exilé en Angleterre. Nous sommes le 22 avril 1790, l’ancien général de la Nation corse est reçu à la Constituante puis le 26, il est invité au Club des Jacobins. Maximilien Robespierre lui rend un « vibrant hommage et dénonce le crime de despotisme conquérant ». F. Gauthier : «  le plus intéressant est la reprise, par Robespierre, de la conception que les Corses avaient de leur union avec la France de la liberté, dans le cadre d’une confédération entre les deux peuples. » Robespierre :« Généreux citoyens, vous avez défendu la liberté dans un temps où nous n’osions l’espérer encore. Vous avez souffert pour elle ; vous triomphez avec elle et votre triomphe est le nôtre. Unissons-nous pour la conserver toujours ; et que ses lâches ennemis pâlissent d’effroi, à la vue de cette confédération qui, d’une extrémité de l’Europe à l’autre, doit rallier sous ses étendards tous les amis de la raison, de l’humanité, de la vertu. ». D’autres épisodes sont relatés dans ce passionnant texte de F.Gauthier. Notamment quand elle fait intervenir le philosophe E. Kant : « nous voyons ici une expérience de « l’alliance de la paix entre les États », développée par Kant, commençant de réaliser cette « fédération des nations » s’étendant peu à peu à l’ensemble du globe. »   PAOLI VISIONNAIRE PROGRESSISTE VICTIME DES REVOLUTIONS QU'IL AVAIT INSPIREES. Autre communication d’éclat sur la destinée de Paoli: Philippe Guglielmi revient sur la soi-disante trahison de Paoli, allégation calomnieuse alors que «  l’itinéraire de vie de Paoli a été fait de la plus totale loyauté à son peuple… ». Dressant le décor d’une Europe des Lumières , progressiste dans le monde décadent des monarchies absolues, des sordides marchandages géopolitiques et des négociations d’alcôves, Ph. Guglielmi explique les considérants moraux de la rupture de Paoli avec la Convention et la Terreur. Il rappelle aussi les véritables trahisons de « ses lieutenants Salicetti et Pozzo di Borgo » dont fût victime Paoli . Ph Guglielmi conclut : « il n’y a pas trahison chez Paoli  , il y a continuité: la volonté de préserver une forme d’autonomie de la Corse que l’insularité explique aisément. (…) Paoli selon John Saul serait « l’exemple type du visionnaire progressiste victime  des révolutions qu’il avait inspirées. ». LE CONSTAT MARXISTE ACCABLANT DU « PROBLEME CORSE » en 1927. Ellipse temporelle : en 1927 Les Cahiers du bolchevisme publient un article du camarade du PCF Philippe A. Graziani, qui  dresse le constat anticapitaliste du « problème corse », selon la lecture marxiste. Cet éclairage proposé par L’idée Libre reprend des débats qui ont circulé depuis toujours dans l’île portant sur une « économie arriérée », un « paupérisme,  une « forte natalité », « l’insalubrité », « l’assainissement » , le « paludisme », « les voies de communications ». Bref « l’état d’abandon » d’une île autrefois prospère c’est à dire avant l’occupation française. Ph.-A. Graziani : « Aujourd'hui encore, on vote Corse pour M. Tartempioni ou pour M. Tuttiquanti. La politique des idées et des programmes y est inconnue et le politicien est roi. » La solution ? La croissance industrielle selon Ph.-A. Graziani : « le contact le plus étroit possible devra être gardé avec les parents laissés « au pays ». Lénine a dit que c'était là un excellent moyen de relier le prolétariat des villes avec les éléments arriérés des campagnes. » Portés par la montée en puissance des partis communistes partout en Europe, la Corse ne sera pas inerte quand s’installe d’abord la débâcle de 1940, puis l’occupation italienne, la Collaboration de Petain, puis la Résistance insulaire structurée d’abord par des militants communistes corses audacieux et bien informés des principes de la clandestinité, certains formés politiquement dans les
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Brigades Internationales de la guerre d’Espagne (1937-1939). Continuité non disruptive mais logique de l’histoire : on arrive ainsi tout naturellement au 4 ème dossier de ce numéro de l’Idée Libre : le récit de Sixte Ugolini ancien bâtonnier du barreau de Marseille et président de l’ANACR 2B association des anciens résistants de la Haute-Corse.

LIBERATION-ECLAIR et ANTICIPEE  de la CORSE  en 1943! A votre libre examen : voici un épisode majeur de la 2ème guerre mondiale, un peu vite oublié dans les réserves cachées de  l’Histoire, comme le font les musées pour les œuvres inclassables. C’est l’épopée de la Libération - éclair de la Corse dès octobre 1943, faisant ainsi gagner l’engagement de plusieurs divisions aux Alliées ainsi que une année complête dans le combat contre Hitler.

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S. Ugolini fait revivre le contexte politique avec le projet  d’annexion de Mussolini « Corsica Nostra » suivi de la levée de boucliers des Corses dont le célèbre « Pas de Munich pour la Corse » de notre compatriote Gabriel Peri rédacteur en chef de l’Humanité. En 1942 l’île subit l’occupation italienne ( 80 000 soldats à nourrir….).
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Le Front National de Libération des militants communistes se structure au fil des manifestations « pour le pain » des fusillades, des actes héroïques, des arrestations, des exécutions, des réunions clandestines, des livraisons d’armes via le sous-marin Casablanca. Sixte Ugolini : « la Résistance corse a mené un combat risqué mais courageux et en définitive victorieux. Elle a connu son lot de martyrs. 19 résistants ont été tués ou fusillés. 172 résistants sont morts dans les combats pour la libération. Les troupes françaises ont perdu 72 soldats dont la plupart étaient marocains. 

Les idées d’émancipation et de progrès ne meurent jamais… C’est un mystère, elles traversent l’espace et le temps et viennent re inspirer les êtres humains passionnés de politique et d’histoire.

Liliane Vittori

 

 

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 La photo de Une est tirée du film Les Exilés de Rinatu Frassati

Annexe les historiens cités par J.-G. Talamoni : les Italiens Antonio Trampus et Maurizio Viroli, l’anglaise Dorothy Carrington, l’américaine Hannah Arendt, les théologiens d’Orezza (1731), Fernand Ettori, Alain Touraine, Evelyne Lucciani, Dominique Taddei, ainsi que Saint-Just , Machiavel et les institutions de la Serenissime ( Gènes) dont le Sindacato (organisme de contrôle public).

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