Strasbourg, Toulouse-Blagnac, Biarritz : Sport-Santé sur ordonnance gratuit !?

"Gratuit" ? Le terme exact est sport "prescrit", c'est à dire mutualisé encadré donc financé et pris en charge par l'Assurance Maladie. Et ce dans le cadre de 3 projets pilotes, portés par l'évidence médicale et scientifique, et une mobilisation professionnelle, sportive, politique au niveau local. Le Sport-Santé, formidable mouvement dynamique et généreux annonce la médecine du futur. Mais il devra composer avec deux obstacles majeurs : les lobbies de l’industrie pharmaceutique et une discrimination entre les territoires, certains étant sous-équipés en structures sportives comme en généralistes et spécialistes. Moins de médicaments ! Le Sport-Santé, objectif politique de santé publique, préconise l’activité physique, gratuite, ciblée, prescrite, encadrée, évaluée et bien évidemment sans addiction à certains médicaments inutiles et dangereux. 
Alors, incontestablement, le concept menace l’industrie pharmaceutique et donc le Sport-Santé devra gagner la bataille législative nationale et européenne. Gagner et s'installer durablement dans les modes de vie, quelque soit l'âge ou l'état de santé. Et ce à l’inverse d’autres grandes causes "nationales", certaines hélas, en échec partiel comme la lutte contre le tabagisme ( revoir Cash Investigation FR2 de E. Lucet), ou en echec total comme le transport ferroviaire comme alternative à la pollution et au tout-voiture.
Mais, il ne faut pas se leurrer, quand il s’agira de fixer le cadre national, légal et financier du Sport-Santé, on peut s’attendre à un affrontement féroce mais feutré, loin des yeux et des oreilles du public, et en particulier loin du corps médical engagé et présent sur le terrain, et loin des élus  (es) locaux oeuvrant dans les municipalités. Sans faire de la politique fiction, il s’agira d’une confrontation attisée par les lobbies, manipulant les commissions gouvernementales à Paris et Bruxelles et les hémicycles du Parlement Européen, du Sénat et de l’Assemblée Nationale. Actuellement à Strasbourg ville-test : le dispositif est gratuit grâce à l'engagement financier " des partenaires du contrat local de santé" : Agence régionale de Santé, Etat, CPAM du Bas-Rhin, Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Conseil Général. Avant les votes décisifs, rien n’est joué.

Pourtant de gigantesques avancées positives sont atteintes par les médecins, les professeurs dont Gérard Saillant ( Institut du Cerveau et de la Moelle épinière-Président de Biarritz Sport Santé), les élus locaux mobilisés, les éducateurs sportifs, les professionnels de santé ( dont les CHU), les fédérations sportives, les associations et les bénévoles.
Lesquels oeuvrent tous ensemble, pour le plus grand bonheur des patients, soit en cas de pathologies déjà déclarées, soit en prévention. Le projet de dispositif Sport-Santé, s’il est victorieux, serait un immense pas en avant de santé publique. Il synthétise tout l’avenir d’une réelle prévention, via ce qu’on appelle la « prescription verte » ou « le sport sur ordonnance ». Le tout en accord avec le Rapport 2011 de la Haute Autorité de Santé ( HAS) sur les « La prescription des thérapeutiques non médicamenteuses validées ».  
Strasbourg, Blagnac, Biarritz. Un changement de paradigme, un enjeu majeur sanitaire comme social (sport = lien social) doublé d’un impact économique positif. Outre la réduction du déficit de la sécurité sociale, il y aurait la possible pérénisation d’emplois solidaires locaux, un aspect essentiel de cohésion sociale pour les villes et les territoires. Ce transfert de volumes budgétaires, échappant à l’industrie pharmaceutique, seraient redirigés vers les secteurs du Sport-Santé. Depuis la consultation médicale et le diagnostic en phase avec une « autonomisation du malade »… jusqu’aux pratiques sportives « prescrites sur ordonnance » et encadrées, évaluées via ce nouveau type de prise en charge de la Cpam. 
Les patients sont-ils prêts à accepter ces nouveaux traitements ? Les généralistes et les spécialistes pourront-ils fournir cet effort de prescription supplémentaire ? A Biarritz lors d’un colloque transversal et historique : les experts du Sport-Santé ont échangé sur les trois expérimentations pilotes : Strasbourg (chef de projet Dr A. Feltz) , Blagnac (projet piloté par Line Malric maître de Conférence), et la Côte Basque ( piloté par N. Guillet).
Dans ces trois territoires, la volonté politique est forte pour voir aboutir le processus. Les médecins partenaires volontaires prescrivant ( sur un panel restreint et avec succès) des activités sportives gratuites, selon diverses pathologies dont le diabète, le risque cardio-vasculaire, l’insomnie, le cholestérol, les maladies posturales, l’arthrose, certains cancers du colon et du sein, l’hypertension, la dépression etc… Ont été évoqués les prescription suivantes : la marche (nordique ou de randonnée), le Qi Gong, le Tai Chi, la natation, l’aqua-forme, l’athlètisme, la gymnastique volontaire, le cyclisme, le fitness, l’aviron, le surf...
Qui dit « activité sportive gratuite » implique automatiquement une nouvelle politique de financement public. Quel en serait le nouveau cadre légal et réglementaire ? Ce sera l’un des thèmes des prochaines Assises Nationales et Européennes Villes et Territoires du Sport Santé (Strasbourg oct. 2015).  Biarritz Sport Santé . Comment se déroule « la prescription d’activité physique sur ordonnance » ? Depuis 5 ans Biarritz a impulsé sous l’égide du Professeur Gérard Saillant, un multi programme (urbain et sportif) baptisé « Biarritz en forme: bouger plus pour être en meilleure santé », en phase avec les préconisations du Plan National Nutrition 3 (11-15), du Plan Obésité, des rapport de la Haute Autorité de Santé (11), de l’INSERM, du PNAPS.
Un programme reliant les structures sportives partenaires, les habitants et accompagné d’une formation des médecins libéraux volontaires. Le tout centré sur le principe de
« l’activité physique substitut aux médicaments. ». Comme à Strasbourg, à Blagnac et en Aquitaine (via le CROS) : la mobilisation politique a entrainé une extraordinaire adhésion.
Aussi partenaires de ces projets pilotes : le Ministère de la Jeunesse et des Sports ( Pôle Santé Bien -Etre), les agences régionales de santé publique (ARS), la Conférence des Doyens de l’Univ. de St Etienne, la Faculté de Medecine de Lille II,  la Fed de la Gymnastique volontaire, le Groupe Pasteur Mutualité,l’Union régionale de la médecine libérale, le CHU de Rennes, le Biarritz Olympique etc...
Sur la Côte Basque va démarrer en janvier 2015 « l’action pilote »  mobilisant des médecins volontaires, l’association Médicare, le Groupe Pasteur Mutualité, les clubs et associations sportives déjà bien identifiés et testés via le dispositif « Les Chemins de la Forme ».
Lors du colloque d’experts de Biarritz du 21 novembre ( ouvert au public et à la presse ) ont été abordé : la prévention primaire-secondaire-tertiaire, l’existence de « sédentaires de haut niveau » (sic) , la labélisation des associations sportives subventionnées, les activités sportives des handicapés, le dépistage des addictions, la nutrition, l’amélioration psychologique des pratiquants, les formations continues des personnels médicaux et/ou sportifs etc… 
Quelle portabilité ? Ces expérimentations et leur « contrat de confiance » entre des patients nettement plus conscients, leurs médecins et les structures sportives adaptées, sont-elles transférables à toutes les régions ? L’avenir le dira. Le Dr Guillaume Barucq, jeune généraliste biarrot installé témoigne : « actuellement les indications de prévention sont quasiment inexistantes ! En moyenne en France, un généraliste consacre moins de 15 minutes à chaque malade. Etant donné le prix de la consultation le médecin tente de multiplier les visites. Nous avons peu de temps pour assurer les formations ou le ciblage des populations à risque, de tous âges, ayant besoin d’activités physiques. Et j’ajoute qu’ici, sur la Côte Basque, nous sommes parvenus, avec succès, à développer des programmes innovants de surf-santé accueillant sur des planches de surf, des pratiquants paraplégiques, ou handicapés auditifs, ou des non voyants ou des personnes atteintes de mucovisidose. » Le débat est ouvert entre les services de l’ARS, de la Cpam et les professionnels de santé. Le maire Michel Veunac tempère : « le vrai enjeu de l’action pilote est de savoir si des progrès significatifs peuvent être faits dans ce domaine de la prévention sans entrainer de modifications législatives ou réglementaires et sans surcoûts déraisonnables pour les finances publiques ». Michel Poueyts Adjoint au Maire de Biarritz  et Pd de l’Académie Basque du Sport confirme: « on est motivés ! On avance tous ensemble pour agir pour demain ! ».
Pour tous les élus locaux engagés, cela signifie qu’il faudra aller plus loin, et mener sans faille une veille active pour observer ce que les parlementaires voteront quand un projet de loi Sport-Santé sera d’actualité à Paris ou au Parlement Européen.

 

Liliane Vittori.

 

 

____________   

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.