Dépistage Covid-19 pour les touristes entrants en Corse?

Avec 72 clusters actifs en France continentale : la Corse peut-elle absorber des flux touristiques non dépistés Covid-19 ? Non répond le Comité scientifique de Corse.

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Le 26 mai 2020 le nouveau décompte des clusters en France passe à 72 foyers de contamination selon le Le Journal des Femmes Santé (*) (contre 45 le 23 mai.) Alors les estimations et les projections mathématiques et sanitaires du Conseil Scientifique de Corse restent encore plus pertinentes en faveur d'un greenpass ( éventuellement à double filtre) . Ainsi, rien qu’en juin, les arrivées de touristes non dépistés produiraient d’emblée 500 personnes malades dont 26 en soins intensifs et réanimation. Quant à juillet et août la situation sanitaire, évolutive, dépendra des mesures prises dès le début de l’été. Alors, en tablant sur une arrivée potentielle de 1, 098 million de visiteurs dans l’île, de juin à août: le comité scientifique consultatif de Corse, a rendu ses préconisations, sur la « maîtrise vitale des flux estivaux » (23 mai 20).
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L'analyse scientifique reposant sur les arrivées cumulées en juin, avec 2 hypothèses : une sur les flux entrants sans aucun test des touristes, l’autre sur les mêmes flux entrants, avec test PCR du Covid-19 (4 à 7 jours avant voyage).

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Mathématique, médicale, évolutive selon les indicateurs globaux Covid-19, intégrant la fiabilité des tests et basée sur les prévisions de l’Agence de Tourisme: l’étude des scientifiques et des médecins produit des simulations ultra précises, avec , et sans dépistage. Est-il urgent et vital de décider ici en Corse, et pour la Corse, de tester les populations entrantes via le fort trafic aérien et maritime ? Pourquoi les experts du comité orientent-ils leur réflexion sur les spécificités de l’île, en complément des données nationales incluant l’Outremer, et internationales notamment concernant l’UE? Le comité scientifique de Corse :« ces flux estivaux sont caractérisés dans l’île par un brassage important de population sur une période courte, sans équivalent en France au regard des caractéristiques démographiques et sanitaires. »  Sa conclusion ? « Considérant l’ensemble des données, le comité consultatif scientifique propose de conditionner l’accès au territoire insulaire pendant la saison estivale à la présentation d’un test PCR négatif ou à un test sérologique positif. »

Situation sanitaire 1 sans test. Sans aucun test PCR et/ou virologique : la situation sanitaire dans l’île deviendrait dangereuse dès le mois de juin. En effet , dans le cas, très risqué, d’un non contrôle virologique Covid-19 les hypothèses du comité scientifique sont percutantes: « en fonction du cumul des arrivées de juin, les malades pourraient représenter plus de 500 personnes, parmi lesquelles 26 pourraient nécessiter une hospitalisation dans un service de réanimation. » Plus grave, le comité mentionne aussi « l’engorgement chaque été des services urgence-réanimation inhérent à l’augmentation de la population. Nous considérons qu’ajouter un poids de 26 Covid potentiels pour le mois de juin n’est pas soutenable par le personnel et les structures hospitalières, temps moyen passé en réanimation 3 semaines).

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Situation sanitaire 2 avec test. Quelle projection pour la situation fin juin avec dépistage via un test virologique réalisé avant le départ? Le Comité scientifique : «  En prenant en compte une sensibilité moyenne du test de l’ordre de 80%, les simulations montrent que moins de 100 personnes, négatives au moment du test ou ayant contracté la maladie après le test, déclareraient la maladie. Parmi celles-ci : 4 pourraient nécessiter des soins d’urgence. Ce risque est acceptable et semble soutenable en l’état. » Le comité mentionne aussi « la capacité maximale de 69 lits de réanimation sur les hôpitaux d’Ajaccio et de Bastia, dont 54 lits seraient mobilisables pour des Covid en cas de rebond épidémique ».

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Ainsi que « des occupations de lits de réanimation longues pour les Covid (moyenne 3 semaines) » et la «  situation de tension récurrente en période d’été dans les hôpitaux de Corse en personnels et structures. » 
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 La suite? Comment se présenteraient les mois de juillet et aout?  Le Comité scientifique de Corse précise : « la dynamique épidémique et l’évolution de la prévalence virale ne permettent pas, à ce jour, une estimation fiable du risque pour les mois de juillet et aout. » 

L'épidémiologie de terrain du Comité intègre une évolution du dispositif selon les données de circulations du virus publiques et quotidiennes , et repose « sur une estimation des effectifs en baisse de 50% par rapport à 2018 et 2019 » pour anticiper une désaffection due au Covid-19. De même, la « prévalence virale à 0.2% » correspond à l’estimation actuelle en Europe. C’est une « prévalence homogène », sans distinction d’origine des entrants régions et pays « contrairement à certains pays de l’UE qui gèrent leur saison touristique en ouvrant leur frontière dans un premier temps aux ressortissants de pays peu touchés par le Covid19. ».

L’estimation des complications nécessitant une hospitalisation en réanimation est de 4-5% et la « sensibilité de test PCR de 80% (fourchette entre 70-90%). » Et les nouveaux tests virologiques rapides (30-40 min) pourraient être disponibles rapidement. Quant à juillet et août, la situation sanitaire et épidémiologique en Corse, dépendra des mesures prises dès le début de l’été par les pouvoirs publics. Alors flux entrants testés ou non testés? La réponse demande la plus grande prudence et le respect absolu du principe de précaution en regard du sous-développement médical tragique de l’île.

 

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Les membres du Conseil scientifique ayant rédigé cet avis :

- Josette Dall'ava-Santucci, médecin, professeure émérite, Université de Paris Descartes ;

- Mylène Ogliastro, Virologue, Directrice de recherche INRAE- Université de Montpellier ;

- M. Dominique Barbolosi, mathématicien, professeur d’université à Aix-Marseille;

- M. Bernard Lecomte, médecin, Anesthésiste-Réanimateur Directeur Médical de crise

COVID-19 à l’hôpital d’Aiacciu-La Miséricorde.

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Décompte : 72 clusters le 26 mai ( selon Le Journal des Femmes Santé)
- 33 clusters en Nouvelle Aquitaine
- 14 clusters dans le Grand Est
- 2 clusters en Centre Val-de-Loire
- 4 clusters en Ile-de-France
- 3 clusters en Auvergne-Rhône-Alpes
- 3 clusters en en Occitanie
- 3 clusters dans les Hauts-de-France
- 2 clusters en Bourgogne Franche-Comté.
- 2 clusters en Bretagne :
- 1 cluster dans la région PACA,
- 1 cluster en Guyane.

 

 

 

 

 

 

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