Patricia Gattaceca écoutait « Ziu Sciarlu » son grand-oncle berger et musicien …

Cantu in Mossa de Patrizia Gattaceca (Ed Albiana 37€-220 pages): une encyclopédie très bien illustrée pour une traversée du chant corse, toujours politique et engagé.

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Enfant à Penta-Aquatella ( Castagniccia) Patricia Gattaceca écoutait « Ziu Sciarlu » son grand-oncle berger, jouer des mélodies éphémères sur des « fisculelle » qui sont des pipeaux rudimentaires en écorce de châtaigner. « Des moments uniques écrit-elle, quand jaillissait la poésie comme par enchantement ». Il faut avoir connu un village corse de la montagne pour comprendre ce que signifie le mystère du lien personnel ancestral à cette île. Une relation particulière qui se déploie pour tous les Corses ( de souche ou d’adoption) avec une île, 
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qui est une totalité territoriale, historique, patrimoniale exceptionnelle et dans laquelle le chant occupe une place essentielle. Patricia Gattaceca, chanteuse devant l’éternel, nous propose l’ouvrage Cantu in Mossa - Le chant corse sur la voie (Editions Albiana 37€-220 pages). Enseignante, compositeur, auteur, sa discographie est impressionnante on se souvient
  de « Passagera », de « Di Filetta è d'amore », de « Isulanima » du Trio Soledonna, de « In Paradisu », des Nouvelles Polyphonies Corses, de « Festa Zitellina » avec Canta u Populu Corsu etc…Elle collectionne aussi les prix celui l'humour Grossu Minutu en 2005, le Prix des lecteurs pour « Mosaicu » (Ed SCP), le Prix du livre corse en 96 pour « Arcubalenu »Ed Albiana) le Grand Prix de la SACEM et en 1992 une « Victoire de la musique du meilleur album de musique traditionnelle ».

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Cantu in Mossa magnifiquement illustré, retrace l’histoire du chant corse depuis l’après-guerre. Tourner les pages revient à revivre les moments fondateurs du riaquistu, la résilience et réappropiration. Après le rappel des musiques et artistes des années 60 (Ch. Rochi, Jean Tavera, Régina et Bruno et Antoine Ciosi qui débutait) on entre dans le vif du sujet. Et Patrizia nous offre une traversée encyclopédique du mouvement d’émancipation de la Corse, avec tous les événements musicaux qui l’ont accompagné et même le plus souvent suscité et organisé. Disques, concerts, festivals et même interdiction de chanter pour I Muvrini lancées par les municipalités d’Ajaccio et d’Ile-Rousse sur « critères historiques et idéologiques ».  Un titre de chapitre tout à fait au hasard ? « La chanson militante à l’écho des luttes » avec notamment la saga de Jules Bernardini et de ses deux fils Alain et Jean-François, celles du producteur Antoine Leonardi, de Jean-Paul Poletti,
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Felix Quilicci, la création de Canta u Populu Corsu, de Chjiama Aghjalesi et de E Due Patrizie. Tous les groupes, tous les compositeurs et interprêtes ( innombrables) sont cités en longueur dans le livre avec des photos d’époque pour la première fois ainsi rassemblées.
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« Les chanteurs corses () écrit P Gattaceca,  deviennent des acteurs politiques et sociaux à part entière ».  Après les périodes des assassinats et des guerre fratricide entre nationalistes, Jean-François organise à Bercy un concert exceptionnel en janvier 1996 dédié à la réconciliation. Sur une scène décorée avec deux tours génoises, la totalité des chanteurs insulaires sont présents.  

L’ouvrage qui pourrait être augmenté d’un site internet, développe les thèmes suivants : « Le temps des conquêtes », « le Festival du Fium’Orbu », « le disque témoin de son temps », « Voce intricciate du chant et des arts »… La littérature, la poésie, Jacques Fusina, A Filletta, les paroliers, « l’humour et la fantaisie », I Mantini, « Quand la chanson fait son cinéma » etc…vous les retrouvez tous sans en oublier une seule, ni un seul, dans ces pages extrêmement riches et bien documentées. Patrizia Gattaceca enseigne la langue et la culture corse à l’Université P Paoli de Corté, alors, de la reconnaissance des professionnels à la conquête économique elle sait décrire un phénomène d’ampleur qui a mené à la victoire des listes nationalistes et autonomistes aux Territoriales de 2015. Le refondation des politiques publiques pour la Corse et l’ouverture sur la Méditerranée restant les deux avancées majeures réalisées après seulement une année d’exercice pour les équipes de Jean-Guy Talamoni et de Gilles Siméoni. Un aperçu ?

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Le concert de Noêl 2016, de France3 Corse Via Stella dans la cathédrale de Calvi avec
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A Filetta et la chanteuse libanaise orthodoxe et maronite Fadia Tomb El- Hage.qui chante en araméen… Les voix se marient et s’entrecroisent faisant vivre la tradition antique religieuse du chant méditerranéen.  Chaque habitant de Corse, ressent ce lien profond, insulaire, instinctif, à un chant et à un territoire unique au monde. La polyphonie corse,millénaire en est le socle, et elle est reconnue patrimoine immatériel par l’Unesco. La terre de Corse s’est toujours , renforcé et reconstruite grâce au chant et Patricia Gattacecca signe un ouvrage essentiel pour comprendre les enjeux du chant corse au XXe et XXIe siècle. 

 

 

LV

 

 

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