Rentrée anti-jacobine régionaliste des députés alsaciens, corses, bretons

Le Jacobinisme et son antidote. Le ras-le-bol des élus locaux qu'ils soient ou pas de sensibilité régionaliste. Dans la roue des acquis politiques anti-jacobins en Corse : des députés alsaciens (LR) et bretons (LREM) revendiquent eux-aussi un " statut territorial " et Jean-Felix Acquaviva, M. Castellani, P.A. Colombin, députés autonomistes corses, sont reçus à Matignon le 24 août.

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« Un nouveau statut territorial pour l’Alsace » , une « révision constitutionnelle organisation différenciée du territoire ». Vous avez bien lu... ces revendications anti-jacobines radicales sont formulées par des députés qui ne sont ni des anarchistes, ni des révolutionnaires. Raphaël Schellenberger est député LR du Haut-Rhin et Paul Molac apparenté LREM. Leurs propositions lancées à Kintzheim (Alsace) à l’Université de Régions & Peuples Solidaires sonnent comme de véritables cris du coeur en faveur d’une décentralisation authentique. Et ils sont lancés le lendemain de l’invitation à Matignon des trois députés autonomistes corses : Jean-Felix Acquaviva, Pierre-André Colombani et Michel Castallani. Face à Edouard Philippe Premier Ministre, les trois élus ( reçus séparément des autres parlementaires insulaires) ont évoqué la nécessite vitale d’une « économie territorialisée ».
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Pourquoi ce ral-le-bol phénoménal des élus régionalistes, qui augure d’un probable choc frontal à l’Assemblée Nationale? On peut en effet s’attendre à une confrontation, productive sinon instructive pour certains, entre les revendications des députés régionalistes et la doxa ultra jacobine telle qu’elle est actuellement prescrite par la gouvernance E. Macron- E. Philippe. Un gouvernement qui semble incapable de décrypter le vote majoritaire des électeurs de Corse en faveur d’élus nationalistes et autonomistes. Gouvernement qui semble perdu et désemparé, quand il s'agit de gérer les besoins et les problèmatiques en provenance des Régions. Gouvernement qui a annoncé une énorme baisse des dotations aux Collectivités locales... en contradiction avec ses promesses et avec l'intérêt général. Car un seul euro € abondé en région produit beaucoup plus en terme d'aménagement et d'emploi que les milliards engloutis dans les abîmes sans fond des grands programmes de l'île de France. Pourquoi ce ras-le-bol des élus locaux ? Simplement parce que dans la totalité des Régions, les élus du rural et certains parlementaires sont exaspérés. Certains, expérimentés, réactifs et équipés d’une vraie conscience politique, constatent au fil des décennies, que les atouts et potentiels particuliers de leurs territoires sont régulièrement méprisés ou anéantis, par des politiques publiques de l’Etat ultra jacobines, centrées sur Paris et l’Ile-de-France. Deux entités, toujours valorisées par les médias, et gavées de programmes, de transports publics et de subventions pharaoniques. La cause majeure ? Le jacobinisme, doctrine d’Etat héritée de la Terreur et de Robespierre qui se révèle agir comme un tue-l’amour très prisé des oligarques de la finance, de certains ministres et de l’ensemble des carrièrristes parisiens. Le jacobinisme, spécialité parisienne, figure donc dans la ligne de mire des élus régionalistes, réunis en congrès de Régions & Peuples Solidaires autour du thème « Paris ne peut pas décider de tout ».  
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A Kintzheim, Jean-Felix Acquaviva a déclaré : « le pacte girondin, ça n'ira pas de soi, il va falloir organiser un rapport de force. » Une analyse politique visionnaire en provenance d’une région insulaire qui dispose déjà d’une Collectivité Territoriale dotée - et c’est unique en France - de la clause de compétence générale. Ce statut très particulier de la Corse favorable à une « économie territorialisée » fait des envieux depuis des années avec, c’est incontestable, une accélération depuis la victoires des autonomistes en Corse en décembre 2015, et après deux années de gouvernance particulièrement fertile et féconde en réalisations concrêtes en faveur de ce territoire insulaire ayant obtenu le statut adapté d’île-montagne.
Venus de Bretagne, d’Occitanie, de Savoie, du Pays Basque les députés, conseillers régionaux ou départementaux ont donc alignés des argumentaires solides à Kintzheim (25-26 août). De quoi apporter de l’eau au moulin des élus régionalistes corses qui espèrent créer bientôt un groupe parlementaire.

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A l’issue de la rencontre avec M. Edouard Philippe Premier Ministre le 24 août, les députés autonomistes de Corse ont apprécié son écoute et son esprit de dialogue. Ils ont rappelé la fin de la « violence clandestine » et déclaré : « nous avons, réaffirmé que l’Etat et le Gouvernement doivent sans délai prendre en compte la nouvelle donne politique corse, et s’engager dans la définition et la mise en oeuvre d’une solution politique à la hauteur des enjeux historiques. » Ajoutant : « ce que sont pour nous les éléments constitutifs d’une solution globale à la question corse: la dévolution d'un pouvoir législatif et règlementaire au travers d'un statut garanti pour la Corse dans la Constitution, un transfert de ressources fiscales, le règlement des questions linguistiques et foncières, la consolidation de la paix par des mesures de rapprochement des prisonniers, prélude à l'amnistie. »
Un seul point semble avoir été acquis « la volonté du Premier Ministre de mener, sans attendre les prochaines échéances, une démarche globale pour la Corse. A passi sicuri, cuntinuemu di travaglià per chi u populu corsu, appii, infine, i mezi istituziunali, ecunomichi, suciali è culturali di a so emancipazione. ».
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A l’évidence, les débats autour d’un « statut régional » français généralisé, émises à l’Université des R&P Solidaires de Kintzheim, bénéficient de l’élan impulsé par la gouvernance autonomiste de la Corse.
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Ainsi c’est tout nouveau le député breton Paul Molac a osé parler « d’une révision constitutionnelle pour permettre une organisation différenciée du territoire. ».
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Quant à Raphaël Schellenberger : il a annoncé « que l’ensemble des parlementaires alsaciens LR, LREM et UDI envisageaient une démarche à l’Élysée cet automne pour proposer un nouveau statut territorial pour l’Alsace. La création d’une collectivité territoriale alsacienne cumulant les compétences d’une région et d’un département. Dans un second temps, cette collectivité pourrait revendiquer d’autres compétences, notamment transférées ou déléguées par l’État. »
Pourtant dans ses deux discours - programme (Elysée et Versailles) le Président Macron a évoqué trois fois « l’ultra-marin » et totalement éludé le mot « Corse » (alors qu’il a fait campagne dans l’île). Compte tenu aussi, d’une chute vertigineuse et inédite dans les sondages, il semblerait que la gouvernance France se réoriente vers une approche plus raisonnée de ce qui constitue le fer de lance de la prospérité des Régions,
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à savoir l’économie locale, sociale et solidaire. Un pan entier de la politique qui ne dispose à ce jour d’aucun ministère dédié. Alors qu’un jacobinisme omniprésent continue d’accumuler lentement les méfaits et dégâts : le chômage de masse (revu à la hausse en juillet), la défiance accrue vis à vis d'une classe politique perçue comme corrompue et déconnectée du réel, la persistance d’une ligne de front du terrorisme islamique, les services de l’Etat préfectoraux débordés et souvent inefficaces ( en Corse 35 P.L.U. validés par l’Etat mais retoqués par les Tribunaux), les centres des villes moyennes durablement sinistrés, la vague de suicide des exploitants agricoles etc… La conjugaison de ces faits de société donnant l’image d’une communauté nationale française dont le haut potentiel est ruiné par les politiques jacobines.

 

LV

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