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Billet de blog 28 sept. 2022

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Tourisme mémoriel et revitalisation du rural

Cet été à Isulacciu di Fium’Orbu, on a exploré le « tourisme mémoriel » à l’initiative de la Maison de l’Architecture de Corse, présidée Michele Barbé.

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Du circuit Paoli-Napoléon aux futures mutualisations touristiques rurales: les concepts émergent développés par de jeunes universitaires doctorants de l’Université de Corte. Quel avenir pour les villages ? Comment penser à « ce qui rapporte », c’est à dire à la rentabilité et au-delà à la survie menacée du tissu rural? Comment co-construire un tourisme durable dans les territoires? Dimanche 3 juillet, Michele Barbé présidente de la Maison de l’Architecture de Corse ( MAC) et Jean-François Vinciguerra de Memoria di u Fiumorbu invitaient à une rencontre à Isulacciu di Fium’Orbu sur la charte éco-tourisme et sur les perspectives tourisme durable et mémoriel. 

Une centaine d’habitants et de nombreux élus ont participé, signe d’une opinion préoccupée de valorisation et de sauvetage des valeurs et des trésors du patrimoine historique. Alors place aux idées concrètes, originales en faveur d’un tourisme intégré au développement ultra local. Le très visionnaire Festivale di a  Ruralità de Cristianu Andreani avait innové, en avant-garde, hors saison et loin des circuits habituels, avec des journées festives patrimoniales, pédagogiques, intégrées au circuit européen de St Martin.

Dans le Fium’Orbu Castellu, ces échanges in situ, libres et décomplexés, inaugurent la 2 éme phase de la Résidence d’Architecture de la MAC au bénéfice de l’intercommunalité. Michele Barbé : « il y a des alternatives au tourisme balnéaire. Si on leur donne la parole, les habitants, s’expriment, au-delà des non-dits ou des discours politiques convenus. Ce n’est pas du dossier finalisé sur un bureau, mais du pur participatif, de l’éducation populaire, en lien direct avec les réalités vécues des habitants. Les solutions? Les villageois doivent s’exprimer sur des projets d’équipements. L’exemple de Pigna en Balagne avec un auditorium, des ateliers langage-musique-culture, renvoient à la co-construction de notre cadre de vie. C’est notre message central. Le Couvent Ste Lucie de Tallano, devenu Tiers lieu, est une restauration correspondant au durable et à la sauvegarde du patrimoine, une double exigence, un usage moderne du bâtiment.» D’autres réalisations concernent Olmi-Capella et le Giussani, Ponte Novu, Morosaglia, Campile avec Orma Creazione, l’Orizonte en Casinca-Castagniccia…  

Epouvantail récurrent : la surfréquentation (maintenant limitée), des sites emblématiques dont Bavella. Car elle inquiéte… même ceux qui n’ont encore aucun tourisme dans leur village enclavé. « Nous devons, disent-ils, développer nos villages pour nous. Il faut d’abord maîtriser les outils et le tourisme arrivera après, en bout de chaîne ou en bonus, créons d’abord une richesse pour nous…»  

Créer de la rentabilité? Imaginer des dispositifs collectifs en architecture rurale, innovante en lien avec un tourisme durable au bénéfice des populations ? Leur permettant d’en vivre …et d’assurer la survie des villages. 

Une piste ? Le tourisme mémoriel que documente Marc-Andria Peraut doctorant Univ. de Corse ENR Culture et Langue régionale :« le projet Route Paoli-Napoléon, scientifique et touristique, porte sur la période de 1729 à 1870. Nous collectons les potentialités patrimoniales des personnages et faits historiques, via un pilotage dans le Fium’Orbu, l’Oriente, la Costa Verde. Outre les voyages du Père Leonard en 1744, on travaille sur le massacre en 1774, des bergers corses de San Gavinu. Ne voulant pas quitter leurs cabanes, ils sont roulés dans la farine, invités à une réunion qui est une embuscade et assassinés par les troupes françaises. Il y a aussi la méconnue Révolution du Fium’Orbu de 1814. Depuis l’Ile d’Elbe, Napoléon charge le commandant Paoli d’organiser son retour en Corse. Il y a bataille entre les troupes de Louis XVIII et le Fium’Orbu  et les légendes autour d’un trésor de Murat. En Costa Verde existent les épisodes entre le commandant Ferrandi et le Roi Theodore de Neuhoff. Et ici à Isulaccio, une stèle, commémore les déportations de 167 habitants, commises en 1808 par le général Morand. »

La doctorante  Justine Muzy Univ. de Corse, a fait une communication décapante autour d’exemples corses et européens: « il est vital de travailler collectivement, de s’investir dans des actions autour de chez soi, sans attendre les interventions extérieures. Le tourisme durable ? Un levier, avec les plans d’autonomie alimentaire, pour continuer à habiter le territoire. La culture? Une ressource pour éviter la désertification, équilibrer population permanente et temporaire, en réduisant les inégalités, en préservant les territoires pour les générations futures! Un tourisme sans frein, détruit les ressources naturelles et patrimoniales avec la folklorisation des traditions. En Ecosse existent un café-bibliothèque-restaurant-information touristique-vente de souvenirs et des restaurants communautaires, financés par la population et les touristes.» 

Annabelle Gossoin, chargée de mission éco-tourisme pour l’Oriente et le Fium’Orbu-Castellu (Plan Paysage et Leader +), gère la charte nature et culture. Elle encadre les professionnels (hébergement, restauration, agri-tourisme),les artisans, les guides conférenciers et de montagne, en partenariat avec ls Offices de tourisme.

Adriana Blanco et Lola Manset missionnées par la MAC : « ce qui est ressorti de ces échanges? Le développement des villages doit se penser, d’abord, sans considération du tourisme, ce sera la clé de leur survie. Il est nécessaire de donner un espace de vie aux jeunes générations avant d’en donner aux gens de passage afin que l’âme d’un village perdure. Certains ont évoqué la possibilité des collectifs afin de mutualiser ces idées, un lieu de partage et d’échanges. 

L’exercice est nouveau, les villages trop peu souvent sollicités dans le débat public. Et ne pas oublier que la dynamique du tourisme reste le savoir-faire des professionnels et des communes, qui font prospérer des entreprises même très modestes mais qui versent des salaires. Partout en Corse les intercommunalités ont compris que le tourisme c’est avant tout de la revitalisation collective du rural. 

Liliane Vittori

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