FESTIVAL DE LA RURALITE : les évidences historiques du patrimoine de Corse.

Célébrations pédagogiques et festives autour du patrimoine insulaire : le Festival d’Automne de la Ruralité sera à Omessa (Niolu) pour les révélations de la fresque extraordinaire de l’église Sant’Andria (XVè siècle), un remarquable « ospedale San Martinu » décoré comme ceux de Gènes et Florence.

 

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FESTIVAL D’AUTOMNE DE LA RURALITE (17oct. -11 nov. 2018).  Parcourir les sentiers charmants de l’histoire de la Corse, in situ avec les commentaires en direct des historiens, dont Stephane Orsini chercheur et historien emblématique de la Fagec (Fédérations et groupements pour les études corses ) . C’est le pari réussi de Cristianu Andréani créateur du Centre Culturel San Martinu à Patrimonio. Il préside depuis le 23 septembre, le Réseau Européen des Centres Culturels Saint-Martin (Utrecht-Pays-Bas). Il a ajouté à cet itinéraire européen (Via Sancti Martini - label Conseil de l’Europe), un segment de parcours en Corse. Des stèles St-Martin ont été inaugurées à Patrimonio et au sommet de Pino, près des hautes falaises historiques de Teghime surplombant Bastia. Pourquoi tant de communes en Corse, ont-elles des sites baptisés St-Martin : villages, fontaines, hameaux, chapelles, églises, cols et chemins ? La réponse le 8 novembre à Omessa, au centre de l’île dans la région du Niolu près de Corte. A l’église Sant’Andria se trouve une fresque inédite que les experts internationaux vont analyser.
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Mais avant d’en savoir plus, il faut suivre la voie de Christian Andreani, son projet de « Via Sancti Martini » en territoire insulaire, étant réalisé en  partenariat avec le Festival d’Automne de la Ruralité, qui déploie cette année sa 10 ème édition en faveur du patrimoine insulaire.
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Les enjeux sociaux et politiques de ce Festival de la Ruralité sont-ils essentiels pour l’aménagement et l’avenir de l’île ? Incontestablement, ils renforcent les initiatives axées sur le rural, l’intérieur, la montagne, le tourisme patrimonial. Un changement de paradigme primordial souhaité par Christian Andreani qui prône avec succès le « tourisme culturel durable ». C’est un « arpenteur de l'avenir de grande qualité » a souligné Edmond Simeoni. Comment les élus, les villages, les habitants, les visiteurs se sont-ils appropriés localement ces moments de la longue et riche histoire de la Corse? Et quels sont les résultats?  Ch. Andreani: « C’est un processus simple, on fait des choses évidentes! On va d’abord vers le patrimoine, on donne des infos à partir des communications et des connaissances les chercheurs. Cela attire de plus en plus de monde.

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Des gens qui viennent de toute la Corse et au-delà. Un travail de fourmi à long terme, un travail de prospective. Toutes les journées débutent par des itinéraires pédestres pour se ré-approprier la mémoire des territoires.» . Démonstration avec la journée à Vescovato du Festival d’Automne de la Ruralité ce 26 septembre. Il faut savoir que la veille était consacrée à la Chataîgneraie de Pianellu et à la saga de la famille Matra et des seigneurs Cortinchi (XIIIème siècle). Le lendemain les festivaliers, à Lucciana,  visitent la cathédrale romane A Canonica et apprennent  « à lire » (avec la conservatrice Ophelie de Peretti) les  fouilles archéologiques. Elles seront valorisées en 2019 via le futur Musée archéologique Prince Rainier III de Monaco.

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LE FESTIVAL D'AUTOMNE DE LA RURALITE . Un programme nourrissant décliné pendant un mois, selon les atouts des sites partenaires à Bastia, Barbaggio, Barrettali, Biguglia, Patrimoniu, Muratu, Morsiglia, Centuri, Siscu, Linguizetta, SanFiurenzu, Pianellu, Santa Lucia di Tallà, Sotta, Tocchisu.  Ainsi a U Viscuvatu en Casinca, Stephane Orsini conduit les participants vers une minuscule chapelle romane baptisée San Michele et quasiment inconnue d’une majorité des habitants du village… Le bénéfice de cette initiative ? St. Orsini :« C’est un monument roman modeste mais très bien conservé. L’histoire médiévale et la tradition orale avaient toujours évoqué un hameau pré-existant au village actuel de Vescovato.
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Le chroniqueur Giovanni della Grossa, Filippini et Ceccaldi parlent des gens qui vivaient « dans de chétives maisons autour de la petite chapelle ». On a là, précisément, une image de l’occupation de l’espace par les habitants de l’époque. Plus intéressant encore, c’est une étape entre la cité antique et paléochrétienne de Mariana et Vescovato , qui éclaire les mouvements de repli vers l’intérieur au XIII ème siècle. La chronique nous dit que l’évêque lors d’une chasse ayant admiré « les deux rivières poissonneuses et le bon air », décide d’y transférer sa résidence, près de la chapelle pré-existante. ».
Il faut savoir que Mariana fût une colonie de militaires romains vers 100 avant Jésus-Christ, devenue au Moyen-Age un évêché puis une pieve chrétienne. Des fouilles de la cité antique classée Monument historique (30 hectares), conduites de 1958 à 1967 par Geneviève Moracchini-Mazel, ont révélé un complexe paléochrétien avec église et baptistère. Le programme à Vescovato? Des visites de la ferme fortifiée d’Agliastrone, du Tombeau Sebastiani ( famille du Maréchal d’Empire), du moulin Orlanducci, de l’éco-musée et de l’écurie de l’évêque Opizzo Pernicce (fondateur de U Vescovatu en 1269), de la chapelle de la Confrérie Santa Croce et de l’église San Martin.  Autour du très important patrimoine martinien qui concerne 110 communes dans l’île,
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le Festival d’Automne de la Ruralité a proposé des itinéraires guidés, des balades botaniques, des dégustations de « suppa cuvata  au chaudron », des « spuntinu tiré du panier », des explorations de vestiges, de citadelles, de châteaux, de cathédrales, de couvents, des conférences, la découverte de la plate-forme éco-citoyenne « CorSeaCare », des panoramas, des itinérantes musicales ()…St. Orsini : « le patrimoine historique, c’est plus attractif dans les décors réels, les vestiges, c’est moins sec que dans une salle de conférence. Les gens ont concrètement sous les yeux un élément du passé, c’est plus décontracté avec des anecdotes. Une petite balade c’est une ambiance qui attire une nouvelle frange du public vers la connaissance historique de notre patrimoine pour mieux le préserver ». Et justement un événement majeur va transcender ce Festival de la Ruralité c’est la journée à Omessa avec un colloque international organisé par la Collectivité de Corse, la Direction des Affaires Culturelles (Drac) et le Centru Culturel San Martinu (label Année européenne du Patrimoine 2018). Pourquoi Omessa? Parce que, outre ses décors baroques, l’église Sant’Andria est un site extraordinaire. Lors d’une restauration, les experts médusés, ont découvert une fresque inédite du XV ème siècle attribuée à Giovanni da Piamonte.  Elle dormait tranquillement sous des tableaux qui n'avaient jamais été déplacés. En deux parties (plus d’autres non encore explorées ? ), l’image représente, d’une part Saint-Martin à cheval donnant la moitié de son manteau et d’autre part le martyr de Saint-Pierre. 

Les intervenants sont Sébastien Celeri, architecte du patrimoine, chargé de la maîtrise d’œuvre, Vincent Simonet, conservateur en chef des Monuments historique, Antoine Franzini, historien, chercheur associé ACP, UPEM Marne-la-Vallée, Antoine-Marie Graziani, professeur, Université de Corse, membre senior de l’Institut Universitaire de France. Les conférences seront suivies d’un concert « Évocation du contexte musical en Europe et en Corse de la Renaissance au Baroque ». Avec Battista Acquaviva, Jeremy Bertini, sopraniste, Sandrine Luigi, guitare, Ensemble Tormis, Caramusa, canti è musica di l’Isula di Corsica.  

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Que révèle cette fresque sur l’histoire de la Corse ? Elisabeth Pardon historienne mentionne les restaurations en cours : « en travaillant sur l'autel baroque latéral du Rosaire, après l'enlèvement de la toile, furent découvertes quelques traces peintes qui ont attisé la curiosité des restaurateurs. Après un délicat dégagement, divine surprise! Est apparue une fresque d'une grande beauté malgré ses lacunes, révélée après des siècles de sommeil sous un emplâtre de chaux, dans son jus, vierge de tout repeint, un cas particulièrement intéressant …Deux espaces se superposent, la Charité de St-Martin, et le martyre de St-Pierre, crucifié, selon les Actes apocryphes, la tête en bas et les pieds vers le ciel. » Ch. Andreani : « mon travail de ces 10 années démontre que le patrimoine martinien ici est à l’origine probablement du patrimoine martinien européen. Nous avons 1700 ans d’histoire dans le contexte de la romanisation de la Corse qui influence les pays du nord de l’Europe. Si St-Martin n’est pas passé en Corse, il est resté 4 ans sur l’ile de Gallinaria (Ligurie). Au IVème siècle, le monde chrétien n’est pas stabilisé c’est la chute de l’empire romain. St-Martin se cache dans une grotte, dans son sillage se crée une abbaye primitive, avec des moines qui ont ensuite essaimé en Méditerranée. Concernant les sites martiniens en Corse, on a des traces physiques du patrimone bâti… mais là,  à Omessa, se trouve un chaînon manquant ! La fresque de Sant’Andria est exceptionnelle ! C’est la preuve que l’église d’Omessa fût d’abord un hôpital peint à fresque ! Quels sont les autres hôpitaux décorés à fresque? Il y a celui de GènesSimon Boccanegra le premier doge autoproclamé a installé son palazzu dans l’hôpital ! A Florence même scénario avec des fresques de l’atelier de Guirlandaio dans l’hôpital San Martinu, situé loin de la maison de Dante. Donc on a, au centre de la Corse, un « ospedale San Martinu » avec une iconographe unique au niveau européen ! ». Le 7 novembre à Corte : premier jour du colloque international consacré aux fresques en Europe (Università di Corsica, Campus Mariani, Amphithéâtre Landry). Interviennent : Pierre-Jean Campocasso, directeur du patrimoine, Josepha Giacometti, conseillère exécutive de Corse déléguée à la culture, au patrimoine, à l’éducation, à la formation, à l’enseignement supérieur et à la recherche, Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de Corse, Josiane Chevalier, préfète de Corse, de Corse-du-Sud. Sur les décors à fresque en Corsesont prévus : Franck Leandri, directeur régional des Affaires Culturelles (archéologue), Michel-Édouard Nigaglioni, historien de l’art : « Présentation statistique des fresques dans le patrimoine religieux de la Corse des XVe et XVIe siècles », Antoine Franzini, historien, Camille Faggianelli, historienne de l’art : « Présentation de la stylistique des fresques corses du XVe et du début du XVIe siècle », Romuald Casier, architecte du patrimoine, chargé de la maîtrise d’œuvre.

 

 

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