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Billet de blog 30 nov. 2022

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« Aleria et ses territoires » ouvrage d’art et de recherche archéologique

Une qualité éditoriale et scientifique ouvrant une nouvelle ère pour l’archéologie à Aléria, la conservation, la connaissance, la culture insulaire.

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« Aleria et ses territoires » ouvrage d’art et de recherche archéologique publié par la Collectivité de Corse et les Editions Eoliennes (354 pages -35€)

En lettres d’or sur fond turquoise, la haute qualité éditoriale est annoncée d’emblée dès la couverture d’un ouvrage qui ouvre une nouvelle ère pour l’archéologie à Aléria, la conservation, la connaissance, le rayonnement culturel. Et l’Unesco vient d’embrayer puisque un processus est lancé visant à inscrire tout le site incluant le Musée d'Aléria, au Patrimoine mondial de l’Unesco.

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Au fil des pages, on n’est pas déçu par ce livre composé exclusivement de très sérieuses communications universitaires, portant sur la totalité des fouilles archéologiques du site dont les oeuvres découvertes dans les nécropoles étrusques et romaines d’Aléria .

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Il y a le sourire effacé de cet inoubliable petit lion de pierre et l’histoire de cette sculpture funéraire retrouvée fortuitement en 1975, qui a des cousins à Rome et Fiesole et qui est totalement en phase avec un site archéologique oublié pendant deux millénaires…Il y a aussi ce poignard de bronze dit de Pancherecchia, ces délicates représentations sur céramiques des « comestes" . Ces convives occupés à festoyer, enivrés et un peu échevelés qui boivent du vin, chantent et jouent de la lyre ou du barbotin , en l’honneur de la divinité romaine Komos. 

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Depuis le Bronze ancien et l'Age du Fer (une première période allant de -2000 à -550 avant J-C), l’ensemble archéologique d’Aléria s’étend ensuite de l’Alalia phocéenne jusqu’aux récentes découvertes de l’Aleria étrusque et romaine.

A Aleria, le calendrier depuis l’Age du fer indique une période de -500 av J-C. , à -348 date du traité entre Rome et Carthage. Ensuite une autre période va de -348 av J-C jusqu’à -249 date établie par l’arrivée des Romains à Aléria. Puis les établissements romains se poursuivent jusqu’à environ + 150 après J-C.

L’ouvrage décrypte les armes et mobiliers indigènes de la nécropole de Casabianda, les « rhyta », gargoulettes antiques décorées, la céramique étrusques à figure rouge, le déchiffrement des inscriptions pré romaines. Puis tout le corpus de l’Aléria romaine, la sculpture de Lion d’Aléria, la « question de l’amphithéâtre, l’établissement romain de Mare Stagno et les épitaphes latines.

Vincent Jolivet Directeur de ce programme collectif de recherche (PCR 2018-2021) assure la coordination de l’ouvrage portant sur un site de 27 hectares, d’abord découvert en partie par Prosper Mérimée en 1840 et exploré de 1954 à 1984 par les archéologues Jean et Laurence Jehasse a qui ce livre est dédié. Les textes, produits par 80 chercheurs appartenant à 24 instituts internationaux, portent sur toutes les interventions géophysiques, les études des matériaux et contenus et se déploient sur 4 domaines: le port, la logique d’occupation d’Aléria, les relations entre les Grecs, les Etrusques et les Romains avec les habitants de l’ile.
Le domaine 2 s’attache à la cité romaine et sa valorisation vers les publics. Le domaine 3 est dédié à la nécropole et aux tombes entre le 3 ème et le 5 è siècle. Vincent Jolivet : «  Le domaine 4 entend faire de la recherche archéologique un outil pour le développement de la culture et de la connaissance de l’antiquité dans cette région, avec le soutien actif de l’Université de Corse. »

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A la page 83, comment ne pas être interpelé par un passionnante analyse universitaire titrée : « Mobilier métallique et composante indigène à Aléria »? Il s’agit d’une étude fine sur l’ensemble des armes en fer et en bronze exhumées de 65 tombes sur 179 répertoriées à ce jour : épées et poignards, lances et javelots, casques, protections, boucliers et garnitures de ceinturons et auxquelles s’ajoutent les corrélations avec les bijoux.…
Les trois auteurs Thierry Lejars, Mariane Lachenault et Françoise Mielcarek: « Aléria exerce une emprise significative sur les cadres chrono-culturels de la Protohistoire corse. La littérature de la première moitié du XXeme siècle la pose en pivot, sa fondation signant la transition entre premier et second Age du fer, la conquête romaine de - 259 av J-C clôturant la période. Les travaux actuels invitent à nuancer cette approche (…). La Corse protohistorique, apparaît comme un ensemble e territoires connectés, de cultures hétérogènes, divergents dans leurs choix en matière d’échanges avec  l’extra insulaire. »

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Qu’en est-il de la composante indigène à Aléria? C’est à dire quelle est la participation effective des Corses à ces établissements étrusques et romains? Ils précisent :« La notion d’indigène renvoie aux individus rattachables au substrat protohistorique insulaire, héritiers de l’Age du Bronze local, par opposition aux nouveaux venus de Grèce et d’Italie. La composante indigène parait bel et bien présenté au sein de la nécropole. »
La suite est a découvrir dans cet ouvrage qui ouvre une nouvelle période pour l’archéologie à Aléria, c’est à dire un enjeu culturel majeur pour l'histoire de la Corse. Gilles Simeoni Président du Conseil Exécutif de Corse préface cet ouvrage d’art, saluant  une initiative majeure en faveur de la l’archéologie scientifique comme de la communication du savoir vers tous les publics: « Aleria doit faire partie des capitales de la connaissance et de la valorisation des sociétés antiques, dans le monde de la recherche aussi pour le grand public ». 

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La mise en page et la direction artistique est signée Xavier Dandoy de Casabianca co-éditeur, et il fallait oser, au fil des chapitres, faire cohabiter ensemble sur un grand format et une couverture souple, les austères rapports de fouilles archéologiques avec les plans, les graphiques, les photos et les illustrations.

Une réussite à la hauteur des enjeux culturels d’un site qui fut exploré des années soixante aux années quatre-vingts. Pierre-Jean Campocasso Directeur du Patrimoine
: « à l’issue des trente années de mise en sommeil des recherches archéologique sur l’ancienne Aléria, cette publication pose un jalon essentiel, dans la reprise des activités scientifiques, sur un territoire qui fut un enjeu stratégique majeur dans la Méditerranée antique. »

L Vittori

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