ETHIQUE MEDICALE PIETINEE : ORDRE DES MEDECINS COMPLICE ?

A l'heure où le permis d'euthanasier à titre transitoire a été délivré dans le silence fracassant des médias, j'ai voulu interroger l'Ordre des médecins pour connaître leur positionnement face à ce scandale impensable.

A l'heure où le permis d'euthanasier à titre transitoire a été délivré dans le silence fracassant des médias, j'ai voulu interroger l'Ordre des médecins pour connaître leur positionnement face à ce scandale impensable : les directives gouvernementales ont autorisé sous couvert "d'humanité" à injecter un produit permettant la mort en douceur sans les souffrances de la détresse respiratoire asphyxique.

Vous l'aurez compris , cela s'adresse à une population qui se retrouve de facto privée d'accès aux soins, faute d'infrastructures suffisantes, je veux dire les personnes âgées, notamment accueillies en Ehpad et plus largement aussi tous ceux ou celles qui ont passé un certain âge, avec ou sans comorbidités sans doute.

C'est un décret du 28 mars 2020 qui modifie temporairement le périmètre d’utilisation et de prescription du Rivotril sous forme injectable. Cette mesure est en vigueur jusqu'au 15 avril 2020. Ce médicament est habituellement prescrit pour soigner certaines crises d’épilepsie. Il peut aussi être "appliqué comme sédatif pour des patients en soin palliatif", explique le président de la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), Olivier Guérin, dans un communiqué.

Ce décret permet aux médecins de ville de prescrire du Rivotril sous forme injectable aux patients atteints du coronavirus. D’autre part, il permet aux pharmacies de ville de délivrer sur ordonnance ce médicament pour les "patients atteints ou susceptibles d’être atteints par le virus SARS-CoV-2 dont l’état clinique le justifie". Avant ce texte, le Rivotril sous forme injectable "ne pouvait être fourni que par les pharmacies hospitalières"

Pudiquement on qualifie l'usage du rivotril de "sédation", et non d'euthanasie. Le raisonnement est jésuite: on sédate , en aucun cas on euthanasie car on ne l'administre qu'aux patients en proie à "une souffrance réfractaire" selon l'HAS alors que l'euthanasie serait une réponse à la demande de mort d'un patient.

A quel moment a t-on pris le soin de questionner les patients âgés atteints de Covid en particulier ceux qui résident en Ehpad sur ce qu'ils souhaitent ?  A quel moment leur a t-on laissé le choix d'être hospitalisés ou laissés à l'isolement? A quel moment leur a t-on dit : voulez-vous être soigné à l'hôpital ou préférez-vous mourir d'asphyxie dans votre chambre, seul, loin de vos enfants et de tous ceux qui vous aiment?

A quel moment leur a t-on dit : écoutez, la France 6 ou 7° puissance économique mondiale, n'a pas les moyens de vous soigner dignement. Nous ne pouvons vous hospitaliser faute de place, surtout que vu votre grand âge et toutes les maladies chroniques dont vous êtes atteint , une fois hospitalisé vous avez des chances de finir en réanimation, ce serait trop couteux pour notre pays pourtant classé parmi les plus riches, mais en même temps vous êtes âgé, vous en avez bien profité , avec ce que vous nous coutez en pensions et retraites, vous comprenez non?

Donc vous allez rester ici dans votre chambre , seul et confiné, attaché s'il le faut, et quand vous serez suffisamment gravement atteint, heureusement le gouvernement magnanime a pensé à vous, nous vous sédaterons, vous ne sentirez pas la mort survenir. Ce que nous faisons est la preuve de notre humanité immense et magnanime.

Des voix dissonantes se lèvent comme celle du Pr Perronne et de ceux qui ont cosigné sa déclaration publique adressée au pf Emmanuel Hirsch Professeur d'Ethique Medicale. Mais qui relaie (texte publié sur le blog de Jean Pierre Boudine) ? Quel média se fait l'écho des protestations de médecins outrés d'une telle hypocrisie?

Quant à moi en tant que médecin j'ai voulu interroger le conseil départemental de l'Ordre à ce propos.

Je transcris ci-dessous les échanges que j'ai eus qui montrent combien l'Ordre ne prend aucune position, s'en tenant à relayer le décret et à le justifier au nom d'une soi-disant prise en compte de la souffrance ! Je vous laisse juge.

Comme à son habitude, on peut mesurer comment l'Ordre s'honore.

 

 1/ MON MAIL A L'ORDRE

Chers Confrères,

J'ai cherché en vain sur le site une publication, une réaction, un positionnement de l'Ordre face à la publication du décret du 28 mars 2020 portant sur l'administration hors AMM du rivotril en cas de détresse respiratoire asphyxique par tout médecin, sans aucune décision collégiale. Et plus largement sur la non prise en charge des personnes ägées en Ehpad, sur l'absence de transparence des chiffres de la mortalité dans ces établissements actuellement, sur l'absence d'accompagnement de nombreuses familles face à ce drame.

 Que dit l'Ordre?

 J'attendais de l'Ordre une expression claire sur le plan ethique dont il doit être le garant en toute circonstance y compris dans cette période aigüe où nous médecins sommes confrontés au pire.

 Je n'ai rien trouvé dans la page consacrée au Covid 19. Mais peut-être ai-je mal cherché?

 Ou le silence vaut-il caution sans conditions?

  Dr xxxxxxxxx

 

 2/ REPONSE DE LA PRESIDENCE DE L'ORDRE :

Madame et chère confrère

 Le décret n° 2020-360 du 28 mars 2020 définit, à titre transitoire, des conditions dérogatoires de prescription, de dispensation et d'utilisation de la spécialité pharmaceutique Rivotril® (clonazepam) sous forme injectable.

Ce texte permet, jusqu'au 15 avril 2020, la dispensation du Rivotril par les pharmacies d’officine ,seulement pour les « patients atteints ou susceptibles d’être atteints par le virus SARS-CoV-2 dont l’état clinique le justifie sur présentation d’une ordonnance médicale portant la mention “Prescription Hors AMM dans le cadre du Covid-19" ».

 Le texte précise en outre que le médecin prescripteur doit se conformer « aux protocoles exceptionnels et transitoires relatifs, d’une part, à la prise en charge de la dyspnée et, d’autre part, à la prise en charge palliative de la détresse respiratoire, établis par la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs [SFAP] et mis en ligne sur son site ».

 Nous rappelons qu’il s’agit de secourir des patients dans des circonstances extrêmes de détresse respiratoire, et de donner au médecin la possibilité de soulager des souffrances insupportables . nous sommes dans une situation d’exception et très attentifs à ce besoin de prise en charge palliative pour des patients en détresse.

 la société de gérontologie s’est bien exprimée sur ce sujet de même que la HAS

 bien cordialement

 Dr xxxxxxxxx

Présidente  du Conseil Départemental xxxxxxx

Conseillère nationale

ORDRE NATIONAL DES MEDECINS

 

 3/ MA REPONSE:

  Chère Consoeur,

 je vous remercie d'avoir pris le temps de me répondre aussi rapidement.

 J'avais tout à fait bien compris le sens et l'esprit du décret.

C'est pourquoi votre réponse ne m'éclaire pas sur le positionnement de l'Ordre en temps que garant de l'Ethique qui préside à nos actes médicaux quels qu'ils soient.

Or je ne suis pas la seule à m'interroger sur le défaut de soin systématisé auprès des résidents en Ehpad et à domicile, passé un âge certain.

 Pallier la souffrance insupportable est éthiquement louable, refuser l'accès aux soins qu'une situation clinique donnée devrait pouvoir permettre ne l'est en revanche pas du tout.

 Surtout dans un pays tel que la France réputé pour le niveau et la qualité de ses services de santé.

 Nous n'avons jamais été formés pour ça. Nous sommes en tant que médecins formés pour apporter tous les soins que la clinique requiert, pas de les refuser sur des critères statistiquement établis mais humainement et individuellement insupportables.

Votre réponse me m'éclaire pas car qui mieux que l'Ordre pour porter un point de vue clair et franc sur cette situation exceptionnelle  ? Rien ne doit jamais  nous autoriser à faire l'économie de l'éthique à laquelle nombre d'entre nous est viscéralement attaché.

 Il me semble que l'éthique nous dicte de soulager les souffrances quand il n'y a plus d'autre alternative,  pas d'abréger la vie en lieu et place des soins qui pourraient être apportés mais ne le sont pas pour des raisons non médicales.

 Nos aînés , lorsqu'ils contractent le Covid, ne sont pas tous immédiatement en situation de détresse respiratoire asphyxiante. Il y a pour beaucoup des étapes de la maladie en amont au cours desquelles tout patient devrait bénéficier des soins indispensables à l'hôpital.

 Comment l'Ordre réagit face aux milliers de personnes qui depuis des semaines sont maintenues à l'isolement dans la plus profonde solitude de leur chambre d'Ehpad, sans aucun contact avec leur famille, avec des personnels en sous-nombre et non protégés qui ne peuvent abonder à leurs besoins ?

Comment l'Ordre réagit à la mort silencieuse et invisible de toutes ces personnes , à leur enterrement expéditif sans même que les familles en soient informées dans certains cas? Comment l'Ordre réagit à la froide décision de les exclure du champ de toute prise en charge hospitalière ?

Comment l'Ordre réagit au fait qu'il aura fallu attendre près d'un mois avant de commencer à connaître le nombre de décès en Ehpad, dans la plus totale opacité puisque les chiffres sont agrégés au nombre de décès à l'hôpital sans les donner séparément ?

 En vérité , en tant que médecin, je suis dans un état de sidération au regard de la manière dont nous traitons nos aînés.

 Et je me dis : et si c'était ma mère? et si c'était mon père?

 Bien cordialement.

Dr xxxxxxxx

 

 

 

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