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Billet de blog 6 janv. 2023

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« Tirailleurs » un film sur ces éternels tiraillements historiques français

Omar Sy revient à l’affiche du film « Tirailleurs » de Mathieu Vadepied en hommage à ces combattants volontaires ou enrôlés de force, connus pour avoir combattu en premières lignes lors de la première guerre mondiale de 14-18 pour leur ancien pays : la France. Un corps de tirailleurs dit Sénégalais crée par Napoléon III en 1857. Sortie le 4 janvier au cinéma dans toute la France.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le film retrace l’histoire de Thierno DIALLO, 17 ans, fils de Bakary DIALLO, issus de la région du Fouta au Sénégal, une région peuplée principalement par les peuls, peuple de nomades.

En 1917, les forces armées françaises écumaient les villages africains de la Haute Volta afin de recruter des combattants dans le but de les aider à gagner cette première guerre mondiale du siècle dernier.

Un recrutement qui s’apparentera plus à un rapt de jeunes garçons aptes physiquement, parmi lesquels Thierno dont le père se fera passer pour plus jeune afin de protéger celui-ci, enrôlé de force dans cette guerre.

Un film sur la filiation, sur le rapport de la France aux anciennes colonies composées d'Africains de cultures et de langues variées, sur les traditions comme le respect dû à ses aînés, sur l'horreur de la guerre.

Un film qui nous rappelle les sacrifices d'hier pour vivre en Paix aujourd’hui, en Europe, sans que cela n'épargne pour autant d'autres zones, dont l'Afrique.

" Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre" K.M.



L’histoire qui nous est enseignée et l’Histoire que l’on finit par apprendre.

Beaucoup d'entre nous, Français, ne connaissons que l’histoire sous le prisme du récit national enseigné ou présenté dans les manuels scolaires. Beaucoup finissent par apprendre sur le tard les différentes facettes de cette Histoire.

Le film est utile dans le sens où il permet de remettre en exergue les manquements dans l'enseignement de cette histoire. Il permet et contribue à l’éducation non formelle des citoyens Français et de ce monde par ce biais qu’est la Culture, le cinéma.

Un film hommage dans la continuité du film « Indigènes »

Le dernier qui s’était penché sur le rôle des forces armées françaises originaires des anciennes colonies françaises est Rachid BOUCHAREB, avec le film « Indigènes » en 2006 avec en tête d’affiche l'acteur originaire, là aussi de Trappes, Jamel DEBBOUZE. Un film qui avait déjà permis d’éveiller les consciences sur le rôle primordial de l’Afrique du Nord. Un film qui avait obligé à un positionnement clair du chef de l’État de l’époque, Jacques CHIRAC, pour la reconnaissance de leur rôle à travers la reconnaissance du droit à un traitement égal entre soldats Français dits de métropole et ceux issus des anciennes colonies par la revalorisation de leurs pensions pour avoir contribué à la victoire lors de la 2ᵉ guerre mondiale.

Un combat passé toujours d’actualité

En effet, cette question du traitement différencié se pose toujours pour certains soldats originaires des anciennes colonies devenues aujourd’hui indépendantes.

Entre autres, un combat est mené depuis plusieurs années par des associations dont celle pour la mémoire et l'histoire des tirailleurs sénégalais présidée par Mme Aissata SECK.

Le 5 janvier 2023 fut annoncée une avancée dans cette recherche de reconnaissance et d'égalité de traitement puisque prochainement la vingtaine d'anciens soldats restants pourront toucher leur solde dans leur pays d'origine, sans condition de séjour de 6 mois en France. Un droit bien tardif mais bienvenu.

Un film hautement politique qui pose la question du « Nous »

Jean-Michel APATHIE, journaliste français en réponse à une polémique entourant des propos de l'acteur Omar SY juste avant la sortie du film a dit « il y a des morts qui ne nous intéressent pas, il y a des conflits qui au fond ne nous intéressent pas, il y a des situations horribles dans lesquelles sont certains peuples qui ne nous intéressent pas ... oui l'Ukraine nous intéresse, car l'Ukraine c'est notre sécurité qui est menacée, parce que c'est l'Europe, parce que c'est proche de chez nous, parce que les Ukrainiens c'est nous … et en Afrique ce n'est pas nous ».

Dès lors se pose la question du « nous » utilisé, de ce que recouvre ce pronom.

Est-ce un moyen de dire que sont exclus de la communauté nationale toutes les personnes qui ont combattu pour la France de par le monde, leurs enfants, leurs petits-enfants et leurs arrières-petits enfants à venir qui constituent aujourd’hui et constitueront encore plus demain ce « nous ».

Ce film, sans en être le but premier, nous oblige de nouveau à repenser le sentiment d’appartenance à la nation française.

L'unité passera par la reconnaissance

La reconnaissance passe par l’égalité de traitement en termes de pensions versées et le problème semble désormais réglé pour les derniers soldats ayant servis et qui sont encore à ce jour concernés.

La reconnaissance passe par la nomination de rues, de places, d'espaces publics en hommage à ces soldats.

La reconnaissance passe par l’hommage systématique lors de cérémonies officielles à travers la France. Des Villes telles que celle de Reims où se trouve le seul monument de France en hommage à l’armée noire s'honorerait à le faire.

Enfin, il y a comme le rappelle Aissata SECK la panthéonisation possible de ces héros français. La panthéonisation pour « Nous » tous.

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