Marine Le Pen passée au peigne fin

Dans une interview au journal Le Point (1), Marine Le Pen expose quelques-unes des valeurs qu’elle entend défendre.

Nous livrons ci-dessous en exclusivité pour Médiapart une explication de texte utile à la compréhension du message :

1- retrait de Céline de la liste des commémorations nationales 2011 : M. Le Pen juge cette mesure « absurde » (= contraire à la raison) et attend comme suite logique qu’on le retire aussi de la vente en librairie ; or, la mesure est parfaitement raisonnée : constatant que l’antisémitisme est non seulement présent dans l’œuvre du grand écrivain mais fait aussi l’objet d’une apologie militante alors que la République considère l’antisémitisme comme un délit grave, l’Etat est fondé à ne pas vouloir glorifier l’homme à l’occasion d’une commémoration, qui relève d’un choix politique, indépendamment de la valeur littéraire d’une œuvre, et non pas d’une page d’histoire. L’interdire en librairie serait en revanche une censure inacceptable, équivalant à vouloir retirer de notre connaissance les savoirs qui déplaisent.

2- dîner annuel du CRIF : M. Le Pen refuse de s’y rendre comme chef d’Etat car, en tant que républicaine, elle ne s’estime pas devoir répondre aux invitations communautaires. C’est une très mauvaise lecture de la laicité (= neutralité communautaire, pas ignorance des communautés) ; N’oublions pas que l’Etat, par le biais de son ministre de l’intérieur, est aussi ministre des cultes ; ce qu’on peut donc reprocher à Nicolas Sarkozy n’est pas cela mais éventuellement de vouloir privilégier une communauté par rapport aux autres et de sur-dimensionner la représentativité du CRIF qui n’est pas la voix des juifs religieux (= grand rabinat) ni celle des laiques (non consultés pour la circonstance et par nature hors champ communautaire).

3- la France, terre de débat ? M. Le Pen considère qu’il n’y a plus de liberté en France à cause de la loi sur la diffamation, comme si le racisme était une opinion et non un délit.

4- terrorisme intellectuel : pour M. Le Pen, l’histoire est une « bombe à retardement » car au lieu de montrer le bon côté des choses, elle explique les méfaits de la collaboration, de l‘esclavage et de la colonisation, ce qui pousse à la haine de soi et des autres. Or, l’histoire n’a pas à préférer le bon ou le mauvais côté des choses mais à présenter les faits tels qu’ils sont puis à les analyser et les commenter.

5- 2012, un vote de civilisation ? Ce qui importe pour M. Le Pen, c’est moins la politique que le méta-politique : rechristianiser la France et remettre la spiritualité au cœur de l’action (ce qui est contradictoire avec l’appel précédent au repect de la laicité et au refus du communautarisme) ; c’est aussi la dénonciation de la ploutocratie qualifiée ici d’anglo-saxonne, à défaut de juive, trop connotée.

6- ne pas refaire la guerre d‘hier : M. Le Pen reproche à son propre camp de trop s’accoquiner avec les vaincus (les réacs contre les révolutionnaires, les collabos contre les résistants, les salauds contre les héros). Elle revendique donc sa part d‘héritage des vainqueurs : la popularité de Voltaire contre l'élitisme de Rivarol, le patriotisme de Jaurès contre le nationalisme de Maurras, l’irresponsabilité mitterrandienne de la déportation parce qu’elle exonère de la culpabilité chiraquienne, la visite du camp d’Auschwitz qui permet d‘exorciser la barbarie extérieure à ce que nous sommes pour s’affranchir de la barbarie présente et future qui peut être en nous : puisque les camps d’extermination on été un summum, plus rien ne pourra jamais leur être comparé.

Lincunable, 6.2.2011

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(1) http://www.lepoint.fr/politique/les-camps-ont-ete-le-summum-de-la-barbarie-03-02-2011-135109_20.php

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