L'offensive médiatique tous azimuts du pouvoir visant à attaquer ses contradicteurs qui se réfèrent au passé le plus noir de l'histoire de France pour qualifier sa politique actuelle ne doit pas faire illusion.
Après les leçons données à Viviane Reding, voici les leçons données à Edwy Plenel (1). Dernière en date des leçons professées en chaire et en os : la déclaration d'exception pétainiste exposée hier aux français en large et en travers sur France 5 dans l'émission C dans l'air (2) pour souligner l'inanité de la comparaison avec la situation d'aujourd'hui.
Or, si le maréchal Pétain a promulgué les lois françaises portant statut des juifs, ce qui est loin d'être un scoop, son régime ne s'est pas limité à fournir une aide active aux nazis dans l'accomplissement de leur solution finale en Europe. D'autres catégories que les juifs ont été visées, et en particulier les roms. De plus, c'est aussi le fondement de ce régime totalitaire qui retient l'attention, à savoir : une révolution nationale destinée à redresser l'ordre moral mis à mal par la démocratie républicaine en lui substituant des valeurs d'ordre, d'obéissance, de soumission, de mise au pas ou au travail, de nationalisme, de discriminations avec pour finalité : ringardiser ce que d'aucuns appelent aujourd'hui le « droitdel'hommisme », et ce que d'autres nomment "défense des droits de l'homme".
Le mot fascisme est pris ici dans son sens large de dictature visant à restreindre ou supprimer les libertés publiques, à accroître les charges et les devoirs, à généraliser l'arbitraire d'un Etat policier, à établir des situations de non-droit, etc...Bien sûr, le terme, d'origine mussolinienne, par référence aux faisceaux des licteurs de la Rome antique, prenait racine dans des frustrations territoriales propres datant de la fin de la 1ère guerre mondiale et dans une volonté de faire barrage au communisme, ce qui n'est plus le cas. Bien sûr aussi, il fit des émules qui en devinrent des variantes : franquisme, nazisme, pétainisme, mais tous ces régimes ont entre eux des points communs : la mystique du chef (cf. l'hyperprésidence), la glorification des rassemblements collectifs (cf. le soutien exceptionnel de la nation à son équipe de football ou sa disgrâce exagérée en cas de fiasco, cf. aussi la lecture obligatoire de la dernière lettre de Guy Môcquet dans les écoles publiques avec salutations au drapeau), la restriction des libertés publiques (censure, surveillance, déchéance des contestataires, promotion des courtisans, restriction des contre-pouvoirs assimilés à de l'obstruction), le retour à l'ordre ancien comme perspective d'ordre nouveau (en finir avec mai 68, avec la laïcité à la française, avec l'école qui réfléchit au lieu de refléter, avec le programme économique et social du comité national de la résistance, etc...), l'obsession de l'unité et de la pureté nationale (cf. les « bons » français d'Eric Besson et les mauvais montrés du doigt, ceux qui restent au fond d'eux-mêmes de vrais étrangers, qui trichent avec les règles en produisant de faux papiers, en contractant de faux mariages, en obtenant de faux avantages sociaux).
Parler de dérive fasciste, ce n'est pas s'enfermer dans une posture du passé privilégiant l'émotion mémorielle à la réalité conceptuelle mais repérer les filiations intellectuelles qui conduisent à l'action politique dont la créativité est faible et le ressort usé.
Lincunable, 6 octobre 2010
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